Fitzgibbon accuse le Journal de Montréal d’acharnement sur «de vieilles histoires»

MONTRÉAL — Questionné sur des rencontres qu’il a eues avec d’anciens partenaires d’affaires, le ministre de l’Économie et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, affirme n’avoir rien à se reprocher. Il accuse plutôt le «Journal de Montréal» de ressasser de «vieilles histoires» et de ne pas comprendre le processus décisionnel du gouvernement.

Le quotidien rapportait plus tôt lundi que le ministre avait eu 12 entretiens officiels avec des personnes avec qui il avait déjà siégé à des conseils d’administration. Certaines rencontres qui se sont déroulées entre 2018 et 2020 ont précédé des interventions gouvernementales. Ces interventions auraient toutefois été approuvées par un autre ministre, précise l’article. 

Les experts en éthique cités dans le texte sont partagés sur ces rencontres. L’un d’eux estime que le ministre aurait dû prendre ses distances tandis qu’un autre croit que ces rencontres sont un atout, car elles aident à la compréhension des enjeux économiques.

Réagissant à l’article du Journal de Montréal, le principal intéressé affirme que la publication «s’acharne à amener des choses qui n’ont aucun rapport».

«C’est des vieilles histoires, c’est n’importe quoi, a répondu le ministre lors d’une mêlée de presse. Il n’y a pas de réactions à avoir là-dessus.

«Le Journal de Montréal ne comprend pas comment fonctionne le processus décisionnel du gouvernement. (…) Il faut que les gens comprennent comment fonctionne le processus décisionnel. Pour ceux qui le comprennent, il n’y a pas de problème.»

Dans ce processus, M. Fitzgibbon affirme qu’il n’a rien à se reprocher.  «Tous les dossiers émanent d’Investissement Québec ou du ministère. Le ministre n’a jamais… ne dirige pas… Je l’ai dit à plusieurs reprises.»

Pour appuyer son propos, M. Fitzgibbon fait allusion au plus récent rapport de la commissaire à l’éthique et à la déontologie, dont les conclusions ont été diffusées en février. La commissaire Ariane Mignolet a conclu que le ministre ne s’était pas trouvé dans une situation de conflit d’intérêts dans le cas d’un soutien gouvernemental au spécialiste de l’éclairage Lumenpulse.

M. Fitzgibbon a fait l’objet de six enquêtes de la commissaire à l’éthique et à la déontologie. L’une d’elles est en cours et concerne une participation à une partie de chasse au faisan, en octobre 2022, sur une île privée dont les entreprises des propriétaires seraient bénéficiaires de subventions octroyées par le ministère du député de Terrebonne. 

Rappelons que M. Fitzgibbon avait dû se retirer du cabinet Legault au cours de l’été 2021, après avoir été visé par le quatrième rapport de la commissaire à l’éthique, qui lui reprochait à répétition sa négligence à se départir d’actions dans deux entreprises faisant affaire avec le gouvernement, ce qui pouvait le placer dans une situation inacceptable de conflit d’intérêts. 

Il a réintégré le cabinet après s’être conformé aux exigences de la commissaire en se départissent des intérêts qu’il possédait dans White Star Capital et dans ImmerVision.

Le ministre a ajouté qu’il avait un vaste réseau dans le milieu des affaires et qu’il serait donc normal qu’il rencontre des connaissances. «Écoutez, je suis de Montréal. Je connais tout le monde à Montréal.»

Tensions avec le Journal de Montréal

Ce n’est pas la première fois que le ministre interpelle publiquement les journalistes du journal appartenant à Québecor. En décembre, il a dénoncé publiquement les questions d’un journaliste portant sur un don personnel qu’il avait fait à HEC Montréal, son alma mater. 

Cette sortie lui avait valu des critiques de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), qui avait défendu la démarche du journaliste visé personnellement. «Le rôle des journalistes est de poser des questions, dénonçait le vice-président de la FPJQ, Éric-Pierre Champagne. Même si M. Fitzgibbon n’aime pas que l’on regarde les actions qu’il a posées, en tant que ministre, avec des antécédents en matière d’éthique, il est tout à fait normal que des journalistes fouillent les dossiers et lui posent des questions légitimes.»

Au cours de la conférence de presse et de la mêlée de presse de lundi, M. Fitzgibbon n’a pas caché son agacement envers le Journal de Montréal, qu’il dit ne pas lire. Il a répondu aux questions des autres journalistes présents avec le sourire, mais il a critiqué une question du journaliste du Journal de Montréal et a répondu abruptement à ses autres questions.

À une question du journaliste sur l’énergie et les projets d’investissements, M. Fitzgibbon l’a invité à lire le texte publié par son concurrent «La Presse». «Elle (la journaliste) l’a bien écrit, lisez le troisième paragraphe.»

Au Journal de Montréal, on garde le cap en dépit des critiques du ministre. «Nos journalistes font leur travail, réagit le directeur de la section économique du Journal de Montréal, Yves Daoust. On va continuer de faire nos enquêtes.»

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