Flambée de l’extrême droite en Atlantique, selon des chercheurs

SAINT-JEAN, N.-B. — Des chercheurs de l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB) ont découvert une récente flambée alarmante de l’extrémisme de droite au Canada atlantique alors que les données indiquent que l’activité augmente.

L’activité extrémiste de droite a fait un bond au Canada atlantique en 2016, puis a grimpé plus haut pour chacune des années suivantes, selon le sociologue de l’UNB, David Hofmann. Son équipe de recherche a étudié l’activité d’extrême droite dans la région entre 2000 et 2019 dans le cadre d’un projet dirigé par Barbara Perry, directrice du Centre on Hate, Bias and Extremism à l’Ontario Tech University.

Les chercheurs ont trouvé 29 groupes d’extrême droite actifs dans la région, comme la Northern Guard, que M. Hofmann a décrit comme un mouvement de milice à l’américaine. Le Canadian Anti-Hate Network qualifie Northern Guard de «groupe haineux anti-musulman».

«Nous en avons rencontré au moins une demi-douzaine, sinon plus», a exposé David Hofmann dans une récente entrevue, concernant la prévalence des mouvements de milices dans la région. 

«Ces groupes mélangent certains types de culture du Canada atlantique et la fierté du Canada atlantique dans leur récit, bien que ce ne soit pas un trait distinctif.»

Certains groupes extrémistes ont lancé des campagnes pour nourrir et héberger les sans-abris dans le but, a-t-il affirmé, de paraître soucieux de la communauté. 

«Bon nombre de ces groupes essaient très fort de montrer qu’ils ne sont que de bons vieux Canadiens», a mentionné le chercheur. «Pendant ce temps, dans les cercles privés, ils sont virulents, haineux, et ainsi de suite.»

M. Hofmann a soutenu que si son équipe reconnaissait que les groupes haineux étaient très actifs en ligne, les chercheurs voulaient analyser ceux qui choisissaient de «faire un pas de plus». 

Son équipe a donc répertorié les incidents tels que les manifestations, le vandalisme et la violence. L’article évalué par les pairs du sociologue sur le sujet n’a pas encore été publié.

Brynn Trofimuk, un étudiant diplômé qui a travaillé sur le projet, a expliqué que la perturbation largement médiatisée en 2017 d’une cérémonie mi’kmaq au centre-ville d’Halifax par les soi-disant «Proud Boys» est un bon exemple des types d’incidents étudiés par l’équipe.

«Beaucoup de gens à qui je parle sont surpris d’entendre ce qui se passe», a déclaré M. Trofimuk dans une entrevue récente. «Mais c’est là-bas, c’est répandu, même au Canada atlantique.»

Après avoir parcouru les actualités, les documents judiciaires et gouvernementaux ainsi que les médias sociaux, l’équipe a enregistré 156 incidents au cours des près de deux décennies examinées. Elle a aussi constaté que 60% se sont produits après 2016. Dix-huit ont eu lieu en 2017, 34 en 2018 et 40 incidents liés aux extrémistes se sont produits en 2019.

L’année 2016 a été un tournant pour l’extrémisme de droite, a avancé David Hofmann, en grande partie parce qu’elle coïncidait avec l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis et avec la montée des mouvements nationalistes en Europe.

M. Hofmann détaille qu’à partir de 2016, le nationalisme et la tolérance publique des opinions d’extrême droite ont commencé à se développer à travers le monde. «Ce que nous avons vraiment vu, c’est que le Canada atlantique n’était pas à l’abri de cet effet.»

Il a mentionné que la Nouvelle-Écosse était en tête des quatre provinces de l’Atlantique avec 47,4% des incidents enregistrés par son équipe. Le Nouveau-Brunswick a terminé deuxième avec 41%, tandis que l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador ont été le lieu de 6,4% et 5,1% des incidents respectivement.

Les actes extrémistes les plus répandus étaient les crimes contre les biens, suivis de manifestations et de rassemblements. Les crimes violents représentaient 11% des incidents enregistrés, a révélé M. Hofmann, ajoutant que près de 15% des incidents recensés par l’équipe étaient des actes de harcèlement ou de discours de haine.

David Hofmann a noté que les données n’incluent pas les événements survenus pendant la pandémie de la COVID-19. Il a déclaré que les restrictions à la mobilité provoquées par une pandémie, associées à une augmentation des complots entourant la crise sanitaire, ont «changé la donne massivement, et nous ne savons toujours pas quelles en sont les répercussions».

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