Floride: l’appui des Latinos à Biden pourrait glisser

MIAMI — Le cortège de la sénatrice Kamala Harris a rapidement dépassé les quartiers colombiens et fait un arrêt éclair pour de la nourriture à Doral — ou «Doral-zuela» comme on l’appelle localement en raison de sa grande population vénézuélienne — avant de traverser le bastion cubain de Hialeah.

Mais lors de son premier voyage en Floride en tant que colistière de Joe Biden la semaine dernière, Mme Harris n’a pas fait grand-chose pour courtiser la population latino en plein essor — et politiquement influente — de cette région. Elle s’est plutôt concentrée sur les dirigeants afro-américains.

«Vous êtes vraiment l’avenir de notre pays, a déclaré Mme Harris quand le cortège s’est arrêté à l’université Florida Memorial, où elle a été sérénadée par une fanfare avant une discussion d’une heure avec les dirigeants noirs locaux. C’est vous qui allez nous inspirer et vous battre pour les idéaux de notre pays.»

Sur le plus important champ de bataille présidentiel américain, les démocrates craignent de plus en plus que la position de la campagne Biden parmi les Latinos soit en déclin, ce qui pourrait donner au président Donald Trump une ouverture dans sa campagne de réélection. Cela alimente un effort urgent de M. Biden, Mme Harris et leurs alliés pour consolider leurs appuis auprès des électeurs plus âgés, des banlieusards et des Afro-Américains, afin de combler des lacunes potentielles ailleurs.

Le milliardaire new-yorkais Mike Bloomberg s’est engagé ce week-end à dépenser au moins 100 millions $ US en Floride pour aider le ticket démocrate. M. Biden devrait effectuer sa première visite dans l’État en tant que candidat démocrate mardi. Il participera à une table ronde avec d’anciens combattants à Tampa, avant d’assister à un événement du Mois du patrimoine hispanique à Kissimmee.

Si M. Biden récupère le Haut Midwest pour les démocrates, il n’aura pas besoin de la Floride pour prendre la présidence. Mais M. Trump n’a pratiquement aucune chance d’être réélu sans la Floride; c’est pourquoi l’État reste une priorité absolue pour les démocrates.

Les inquiétudes concernant la force de M. Biden en Floride ont été en partie alimentées par un sondage NBC-Marist publié la semaine dernière, qui révélait que les Latinos de l’État étaient à peu près également répartis entre MM. Biden et Trump.

Hillary Clinton menait M. Trump par une marge de 59 % à 36 % parmi les Latinos dans le même sondage en 2016. M. Trump a finalement battu Mme Clinton en Floride par un peu plus d’un point de pourcentage.

Les électeurs hispaniques de la Floride ont tendance à être un peu plus républicains que les électeurs hispaniques d’ailleurs au pays, en raison de la population cubano-américaine de l’État. À l’échelle nationale, peu de sondages sont disponibles pour mesurer les opinions des électeurs latinos cette année et voir si elles diffèrent d’il y a quatre ans.

Mais les proches de la communauté latino préviennent qu’il y a des raisons de s’inquiéter.

«À l’heure actuelle, je pense que la campagne Biden a du travail à faire», a déclaré Javier Fernandez, un candidat démocrate du comté de Miami-Dade, où 7 résidents sur 10 s’identifient comme Latino ou Hispanique. Je ne sais pas s’ils sont très enthousiasmés par Joe Biden.»

Le sénateur Bernie Sanders, qui a mené parmi les Latinos pendant les premières étapes de la primaire démocrate, a averti dimanche que M. Biden devrait «tendre la main plus agressivement aux électeurs latinos de la base».

Cela exigerait un effort ciblé — et coûteux — qui reconnaît la complexité du vote latino en Floride. Une campagne gagnante nécessiterait probablement une sensibilisation variée auprès des Américains cubains, dominicains et vénézuéliens à Miami; des immigrants d’Amérique centrale de première et de deuxième génération dans l’État; et des déplacés portoricains qui se sont installés dans le centre de la Floride après l’ouragan Maria.

La campagne a répondu en partie avec des publicités mettant en vedette des narrateurs aux accents différents pour plaire à différents auditeurs.

Certains membres de l’équipe de M. Biden reconnaissent en privé qu’il ne ralliera peut-être pas les Latinos aussi facilement que Mme Clinton, bien qu’ils ne concèdent pas encore la défaite. Le stratège principal Cristobal Alex a rappelé que la campagne inondait les ondes avec de la publicité en espagnol depuis des mois, en plus de lancer des «conseils de direction latino» à travers le pays.

«À l’approche du mois de novembre, vous allez voir une activité encore plus grande pour attirer les électeurs latinos», a prévenu M. Alex.

Pourtant, M. Trump flaire une vulnérabilité potentielle. Au cours d’une visite électorale dans l’Ouest, il a tenu une table ronde avec des Latinos à Las Vegas dimanche et en avait une autre prévue lundi à Phoenix.

«Ils comprennent la situation à la frontière sud. Ils veulent que les gens viennent, et moi aussi, mais ils veulent qu’ils le fassent légalement, a déclaré M. Trump à un petit groupe de supporters à Las Vegas. Alors que Joe Biden a échoué, j’ai livré pour les Latinos.»

Le statut incertain de M. Biden auprès des Latinos mystifie de nombreux démocrates qui évoquent la rhétorique anti-immigrés répétée de M. Trump, ses difficultés à contenir la pandémie et sa lenteur à réagir à l’ouragan qui a dévasté Porto Rico. La décision la plus ahurissante de M. Trump, selon ses détracteurs, a été sa politique de tolérance zéro à la frontière américano-mexicaine, menant à une séparation des enfants immigrants de leurs parents.

Les alliés de M. Biden dans la communauté latino-américaine sont francs concernant les défis qui l’attendent.

Domingo Garcia, le président de la Ligue des citoyens latino-américains unis, a expliqué que les électeurs latinos avaient bien répondu à l’adoption par M. Trump de positions religieuses conservatrices et à ses avertissements sur la violence et le socialisme liés aux manifestations.

«Vous avez besoin d’un message qui excite la communauté latino-américaine, comme les soins de santé pour tous ou la gestion de l’immigration dans les 100 premiers jours. M. Biden a été vraiment tiède sur ces questions», a déploré M. Garcia.

Une partie du scepticisme des Latinos envers M. Biden découle de politiques de l’administration Obama. Sous la pression de manifestants pro-immigration lors de la primaire démocrate, M. Biden s’est excusé pour le taux élevé de déportations lorsque le président Barack Obama était à la Maison-Blanche.

Mais sur plusieurs questions spécifiques, M. Biden a refusé d’adopter les positions les plus libérales de son parti.

Il soutient, par exemple, que la traversée illégale de la frontière américaine devrait être poursuivie au pénal plutôt qu’au civil. Il ne prône pas non plus les soins de santé gratuits ou l’éducation gratuite pour ceux qui sont au pays illégalement, contrairement à ce que peut prétendre M. Trump.

Lors de son passage en Floride la semaine dernière, Mme Harris n’a pas complètement ignoré la communauté latino-américaine.

Elle a fait un arrêt imprévu dans un restaurant vénézuélien local pendant environ 20 minutes pour prendre le déjeuner. Elle a saupoudré quelques mots espagnols lors de brèves conversations avec la foule, présentant son mari comme «mi esposo» et disant «gracias» à un homme qui l’a accueillie à «Doral-zuela».

«Il y a tellement de problèmes importants, lui a dit Mme Harris sans être plus précise. Il y a tellement en jeu.»

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