Fonderie Horne: il faudra attendre avant de connaître le seuil d’émissions d’arsenic

MONTRÉAL — Plus la diminution d’émissions d’arsenic dans l’air de Rouyn-Noranda sera rapide et importante, plus il y aura un gain pour la santé publique, selon les chercheurs de l’INSPQ, mais les autorités ne peuvent se prononcer sur le moment où la population de Rouyn-Noranda pourra respirer de l’air qui ne présente pas un danger pour la santé. 

Le premier ministre François Legault estime que la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, n’aurait jamais dû être autorisée à rejeter une concentration aussi élevée d’arsenic dans l’air, soit  33 fois plus que la limite recommandée par la santé publique.  

En marge d’un point de presse jeudi matin, il en a rejeté la faute sur l’ancien gouvernement libéral qui a paraphé l’entente de cinq ans qui vient à échéance en novembre prochain. 

«On est tous d’accord, et moi le premier, que la norme qui a été acceptée en 2017 pour cinq ans était beaucoup trop élevée», a indiqué le premier ministre. L’entente entre le gouvernement précédent et Glencore, propriétaire de la fonderie, présente une cible de 100 ng/m3. 

«Cette attestation est à renouveler. Oui en bout de ligne, c’est le gouvernement qui va décider, mais sur recommandation de la santé publique, donc on va prochainement fixer un niveau, donc l’entreprise va avoir deux choix: ou elle ajuste ses façons de produire pour respecter la nouvelle norme, ou elle ne pourra pas opérer», a dit le premier ministre. 

Il est donc clair pour le chef de la Coalition avenir Québec que si son gouvernement est réélu, l’entreprise Glencore devra se conformer aux nouvelles normes ou plier bagage. 

Quel serait un seuil acceptable?

Ni la santé publique, ni le premier ministre, ni le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ne se sont prononcés sur ce que serait un seuil acceptable d’émissions d’arsenic. 

«Si la santé publique nous dit qu’on doit être à 30 nanogrammes (10 fois plus que la norme provinciale) dans la prochaine période d’attestation, ce sera 30 nanogrammes. Encore une fois, nous, on n’est pas des spécialistes sur les impacts de la santé des gens, c’est là où le travail se fait en collaboration avec le ministère de la Santé», avait indiqué le ministre de l’Environnement Charette mercredi.

Selon le directeur national de la santé publique, Luc Boileau, il revient à la communauté «de convenir avec les autorités responsables et le gouvernement de ce qui est acceptable».

Les autorités ne peuvent pas non plus se prononcer sur le moment où une éventuelle cible acceptable serait respectée par l’entreprise Glencore et le docteur Boileau a indiqué jeudi qu’il pourrait y avoir un délai avant que l’entreprise parvienne à réduire suffisamment ses émissions d’arsenic. 

«Mettons la situation très claire et en toute raisonnabilité, de penser qu’une entreprise peut changer tous ces processus en l’espace de quelques jours, c’est invraisemblable, alors il faut se donner un regard qui est quand même réaliste pour pouvoir descendre ça le plus vite possible et tendre où atteindre le 3 nanogrammes éventuellement par mètre cube, c’est l’objectif, mais il peut y avoir des étapes et c’est ce qu’on doit regarder», a indiqué le docteur Boileau en marge d’une conférence de presse sur la COVID-19. 

Des actions rapides sont importantes

Pourtant, si on se fie à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le temps presse. 

Dans une étude très attendue publiée mercredi sur la concentration d’arsenic dans l’air produit par la Fonderie Horne, l’INSPQ souligne «l’importance de prendre des actions rapides pour diminuer le plus possible les émissions actuelles qui sont déjà trop élevées et l’exposition de la population locale en découlant». 

Ce n’est pas d’hier que la Fonderie Horne émet des émissions d’arsenic qui mettent en danger la santé de la population.  

Selon l’INSPQ, au tournant des années 2000, la population a été exposée à des émissions qui ont parfois atteint 1000 ng/m3, donc 330 fois plus élevés que la norme provinciale actuelle. 

L’étude conclut également que «toutes les actions visant la réduction des émissions auront un impact positif sur le risque cancérigène futur des plus jeunes et des prochaines générations». 

Toujours selon l’étude de l’INSPQ, sur une période de 70 ans, un nombre excédent de citoyens de Rouyn-Noranda, entre un et 14, développera un cancer si l’entreprise Glencore ne diminue pas la concentration d’arsenic dans l’air produit par la Fonderie Horne.

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