Fonderie Horne: la Ville souhaite suspendre le processus de rachat des maisons

Devant les nombreuses inquiétudes des citoyens de Rouyn-Noranda qui doivent être relocalisés en raison de la contamination de l’air, la Ville souhaite que soit suspendu temporairement le processus de rachat des maisons par Glencore, mais la multinationale continuera de négocier avec ceux qui souhaitent quitter le quartier rapidement.

L’annonce de la relocalisation de 200 familles qui vivent près de la fonderie Horne a provoqué une onde de choc dans le quartier Notre-Dame il y a deux semaines et les autorités ont tenu à rassurer les citoyens mercredi lors d’une conférence presse.

«Je veux aujourd’hui lancer un appel au calme et rappeler que nous sommes au balbutiement de cette vaste opération», a indiqué le conseiller du quartier Noranda, Réal Beauchamp.

La Ville est bien consciente des préoccupations des citoyens, «mais en date d’aujourd’hui, nous n’avons pas les réponses à toutes les questions», a pour sa part indiqué la mairesse suppléante Samuelle Ramsay-Houle.

Quelques instants avant la conférence de presse, la porte-parole du comité citoyen «Arrêt des rejets et émissions toxiques», Nicole Desgagnés, avait résumé ainsi les questions que se posent les citoyens du quartier Notre-Dame: «Où je vais aller? C’est quoi mes droits? Est-ce que je suis mieux de vendre tout de suite, ou alors je suis mieux d’attendre? Si je suis locataire, où est-ce que je vais me retrouver si mon propriétaire vend? Si je reste, ça va faire quoi? Est-ce que je vais me retrouver toute seule dans un quartier à moitié vide?».

Glencore négocie l’achat de maisons

Le mois dernier, le gouvernement du Québec a annoncé qu’il débourserait 58 millions $ pour créer de nouvelles habitations pour les 200 familles qui vivent dans le secteur Notre-Dame et qui sont exposées aux émissions d’arsenic de la fonderie Horne. 

L’entreprise Glencore, qui est propriétaire de la fonderie, a déjà commencé à négocier l’acquisition de bâtiments, à ses frais et de gré à gré.

«Nous continuerons de répondre aux propriétaires qui nous contactent» et «le processus de rachat se poursuit tel quel», a indiqué la porte-parole de Glencore dans un échange avec La Presse Canadienne mercredi.

Cindy Caouette a précisé que «depuis l’annonce, aucune promesse d’achat n’a été déposée».

L’administration municipale souhaite que le processus de rachat des maisons soit «connu et transparent» et «que les mesures de compensations soient mieux définies et que tous les propriétaires et locataires soient bien au fait de leurs droits avant cette étape importante».

C’est ce qu’indique un document publié mercredi par la Ville, dans lequel il est également écrit que «les gens qui ont contacté la Fonderie ou leur représentant ont été invités à attendre la présentation de l’ensemble des mesures». Toutefois l’administration municipale se dit «sensible (au fait) que des gens ne peuvent pas attendre pour des raisons personnelles et donc le processus de gré à gré se poursuit à leurs demandes».

Suspendre temporairement le processus de rachat pour donner le temps aux citoyens de bien cerner les enjeux légaux, mais aussi d’organiser leur déménagement, était l’une des demandes du groupe «Arrêt des rejets et émissions toxiques».

«Ils sont en rattrapage, ils n’avaient pas mesuré l’ampleur du problème», a indiqué la porte-parole Nicole Desgagnés après la conférence de presse.

Des citoyens s’organisent

Alors que la Ville met en place une équipe pour accompagner les citoyens dans le processus de relocalisation, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation doit amorcer bientôt un «exercice de collecte d’information» auprès des citoyens visés par la relocalisation afin de connaître leurs besoins en matière de logement et d’habitation. 

«Chacun d’entre eux sera contacté personnellement par le ministère», selon un communiqué publié par la Ville de Rouyn-Noranda.

Entre-temps, des groupes de citoyens ont décidé d’organiser des rencontres d’information.

«Ça n’a pas de bon sens de laisser les gens dans l’ignorance comme ça» a indiqué Nicole Desgagnés, alors «on a organisé une rencontre qui a lieu jeudi soir pour donner de l’information juridique aux citoyens concernés, tant les locataires que les propriétaires».

Elle a expliqué qu’un avocat participera à cette rencontre citoyenne, mais il y aura également des témoignages d’anciens résidants de Malartic, une ville située à 70 km à l’est de Rouyn-Noranda.

Il y a une dizaine d’années, quelque 200 maisons de Malartic avaient été déménagées pour faire place à la plus grande mine d’or à ciel ouvert au Canada.

À l’époque, des citoyens avaient refusé de quitter leur quartier. Le dernier résistant, Ken Massé, avait été sorti de force de sa résidence par des policiers en août 2010.

Questionné à savoir comment les autorités réagiraient si des citoyens du quartier Notre-Dame refusaient de quitter la «zone tampon» qui sera aménagée entre le centre-ville et la fonderie Horne après la démolition des résidences, le conseiller municipal Réal Beauchamp a répondu ainsi: «C’est un dossier qui est long et qui est complexe et je pense qu’on aura tous les arguments pour faire en sorte que l’offre qu’on va leur présenter est intéressante et bonne, si on doit jaser pendant un an, deux ans, trois ans, alors on jasera pendant un an, deux ans, trois ans».

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