Force jeunesse demande aux partis d’instaurer la gratuité des psychothérapies

MONTRÉAL — À la veille du lancement des élections provinciales, Force jeunesse réclame une couverture universelle des soins en santé mentale au Québec.

«La balle est vraiment dans le camp des partis politiques, et on pense que la campagne électorale, c’est le moment de passer de la parole aux actes», a déclaré le président de l’organisme de défense des droits, Simon Telles, en entrevue téléphonique. Il leur a enjoint de «prendre des engagements concrets à mettre en place un programme qui serait un vaste chantier».

Même si le Québec offre techniquement des consultations dans le cadre de son régime public, «les lignes d’attente sont très longues en ce moment et le nombre de séances couvertes est limité», a-t-il rappelé. Ainsi, le privé est souvent la seule option viable, «donc la majorité de la population qui n’a pas accès à un régime d’assurance qui va couvrir les soins de psychothérapie doit débourser une moyenne de 120 $ par séance», ce que tous ne peuvent pas se payer.

Le prix de l’inaction

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, financer des psychothérapies permettrait à l’État d’économiser de l’argent, a affirmé M. Telles.

En effet, un rapport de 2018 de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) intitulé «Accès équitable aux services de psychothérapie aux Québec» estimait qu’au Canada et au Québec «le retour sur l’investissement serait de 2 $ pour chaque dollar investi dans les services psychologiques pour le traitement de la dépression».

De son côté, Force jeunesse a fait affaire avec la firme PBI Conseillers en actuariat pour évaluer les coûts de plusieurs scénarios de couverture, inspirés de programmes déjà mis sur pied au Royaume-Uni et en Australie. Leur scénario le plus coûteux ― vingt séances gratuites pour tous, indépendamment du problème de santé ― reviendrait à 4,8 milliards $.

Cependant, le prix de l’inaction serait encore plus élevé, avec 18 milliards $ perdus chaque année à cause de problèmes en santé mentale, selon le rapport. «On parle uniquement des coûts directs, a précisé M. Telles, c’est-à-dire les soins médicaux et de santé, le coût des services communautaires, des services sociaux et des programmes de soutien au revenu pour ceux qui quittent le marché du travail» pour des raisons de santé psychologique.

M. Telles a aussi fait remarquer que la limite de 20 séances ne devrait pas être coulée dans le béton. «C’est pour avoir une estimation et une évaluation des coûts, a-t-il dit. Il y a des gens après 10 ou 12 qui en auront suffisamment, il a des gens qui vont avoir besoin de plus de 20 séances, donc c’est une moyenne qu’on fait».

Thérapeutes recherchés

Mais le financement n’est pas le plus gros obstacle pour offrir une couverture universelle, alors que le nombre de psychothérapeutes est bien inférieur à ce qu’il faudrait pour offrir des services à la population complète.

Pour contrer cela, M. Telles propose d’améliorer les conditions de travail des professionnels du secteur public, afin d’attirer et de garder des recrues.

Il souhaite aussi «la reconnaissance des diplômes des acquis des personnes à l’étranger», comme «il y a encore beaucoup de formations de personnes qui pourraient donner des soins de psychothérapie qui ne sont pas reconnus au Québec».

Il a aussi expliqué qu’«en plus des psychologues, il y a d’autres professionnels, comme les travailleurs sociaux, qui peuvent donner des services de psychothérapie moyennant d’avoir complété un certain cursus». Mais pour ces autres métiers, «il n’existe pas de programme universitaire en tant que tel qui permet de respecter tous les critères où à la fin d’un cursus on est garanti de pouvoir donner des soins de psychothérapie». Il devrait donc selon lui exister un programme unifié qui offre cette garantie.

La téléthérapie pourrait aussi être mise à contribution, notamment dans les régions où l’accès aux soins de proximité est plus difficile.

Le rapport «Pour un accès universel à la psychothérapie» a été commandé par Force jeunesse à la firme PBI Conseillers en actuariat. Il a été publié en juillet 2022.

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