Fortnite: un testeur de jeux vidéos montréalais traîné devant les tribunaux

MONTRÉAL — Le studio derrière le populaire jeu vidéo Fortnite intente une action en justice contre un Montréalais, lui reprochant d’avoir enfreint son contrat en divulguant un nouvel environnement du jeu avant sa date de sortie.

L’entreprise américaine Epic Games International a déposé une plainte contre Lucas Johnston devant la Cour supérieure du Québec à la fin du mois d’octobre, alléguant qu’il est responsable de la publication d’«informations hautement confidentielles» qui relèvent du secret commercial.

Le document indique que M. Johnston aurait pris une capture d’écran d’une nouvelle carte de Fortnite le 30 août dernier, quand il vérifiait le bon fonctionnement de certaines modalités du jeu pour le compte de Keywords Studios, qui offre des «services d’assurance qualité».

Deux semaines plus tard, une image de la carte s’est retrouvée sur un forum officiel des utilisateurs de Fortnite Competitions, plus d’un mois avant sa sortie, prévue le 15 octobre.

La société affirme que cette fuite a terni sa réputation, l’a privée de «l’effet de surprise» escompté pour la mise en marché, en plus de permettre à ses concurrents «d’avoir une longueur d’avance et d’être mis au courant de la stratégie de développement».

Selon les allégations — qui n’ont pas encore subi l’épreuve des tribunaux —, une enquête interne menée par Keywords Studios a retracé les origines de la fuite jusqu’à M. Johnston, qui aurait été filmé par une caméra de surveillance en train de prendre la capture d’écran.

L’utilisateur ayant dévoilé l’image de la carte sur le forum publie sous le pseudonyme «chaad4» et compte trois amis en commun avec un utilisateur nommé «FloocasJ», dont le compte est lié au courrier électronique de M. Johnston.

L’enquête a donc conclu que ce dernier avait partagé la capture d’écran avec ses partenaires de jeu. Il a été congédié le 13 septembre, soit le lendemain de la fuite sur le forum.

Selon les documents judiciaires, M. Johnston aurait admis avoir pris la capture d’écran et se l’être envoyée à son propre courriel, mais il dit ignorer comment elle s’est retrouvée en ligne.

Les appels et un courriel transmis à M. Johnston grâce aux coordonnées inscrites dans les documents de la cour sont restés sans réponse et La Presse canadienne n’a pas été en mesure de vérifier s’il est représenté par un avocat.

Epic Games International lui réclame des dommages-intérêts non spécifiés d’au moins 85 000 $.

Le jeu interactif multijoueur Fortnite est devenu un phénomène mondial, avec plus de 250 millions de téléchargements à ce jour, toujours selon le document de la cour. Un porte-parole d’Epic Games a confirmé qu’il s’agit de la troisième fois que la société intente une action en justice contre des employés dans des circonstances similaires. Les deux autres cas étaient aux États-Unis.

Michael Shortt, avocat montréalais du cabinet Fasken, croit que l’entreprise veut envoyer un message à son personnel.

«S’ils ont subi de sérieuses pertes commerciales à une échelle mondiale, le défendeur n’aura pas les actifs nécessaires pour les rembourser», fait valoir le spécialiste des questions de propriété intellectuelle dans le domaine des jeux vidéos.

«La raison est probablement qu’ils veulent envoyer un message à toutes les personnes avec qui ils travaillent, comme quoi les gens à l’origine de fuites en subiront les conséquences légales.»

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