Forum sur les écrans et la santé des jeunes: les experts sonnent l’alarme

QUÉBEC — Si vous pensiez que les écrans étaient inoffensifs, détrompez-vous.

Lundi, une centaine de chercheurs réunis pour la première fois à Québec à l’occasion d’un forum ont sonné l’alarme sur les nombreux dangers liés à la surutilisation des écrans chez les jeunes.

Pendant huit heures, à l’invitation du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, ils se sont succédé pour parler de l’impact des écrans sur la santé physique et mentale des jeunes.

Et la liste des effets délétères qu’ils ont identifiés est longue, très longue: les écrans affectent la vue, le sommeil, le poids et les habiletés langagières. Ils augmentent le risque de développer une dépendance, de l’anxiété et une mauvaise estime de soi.

Par ailleurs, les écrans modifient le cerveau, produisent de la dopamine et surstimulent les enfants, qui, une fois en classe, ne savent plus comment se satisfaire. Sans surprise, ce sont les enfants issus des milieux défavorisés qui sont les plus vulnérables.  

Le phénomène est comparé à celui du tabagisme, parfaitement accepté dans les années 1960. 

Les parents d’aujourd’hui sont complètement «démunis» et «déboussolés», constatent les chercheurs, qui invitent également les écoles à réfléchir au temps d’écran qu’elles autorisent pour les élèves. La multiplication des outils numériques complique la donne.

«J’ai un de mes enfants qui a développé une cyberdépendance et je n’ai rien vu aller, a témoigné le ministre Éric Caire, rencontré en marge du forum. Les parents ne sont pas outillés. Je pense que l’école peut nous aider là-dedans.»  

Actuellement, c’est le «free-for-all» dans les écoles du Québec, a déploré le porte-parole libéral en santé, le député André Fortin, venu assister avec d’autres élus aux présentations. Il fait partie de ceux qui se questionnent sur la pertinence d’avoir un iPad en éducation physique, par exemple.

En moyenne, un adolescent passe sept à huit heures par jour devant un écran, selon Patricia Conrod, du Département de psychiatrie de l’Université de Montréal.

«Dans la Silicon Valley, les familles les plus favorisées ont commencé à envoyer leurs enfants dans des écoles privées où l’on n’utilise aucune technologie, a signalé la professeure Caroline Fitzpatrick, de l’Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse. Peut-être que ces parents savent quelque chose que les autres ne savent pas.»

Ce n’est pas parce que le contenu numérique est «éducatif» qu’il est meilleur pour la santé. À titre d’exemple, lire un livre sur une tablette fatigue les yeux, qui clignent moins souvent, selon Langis Michaud, professeur à l’école d’optométrie de l’Université de Montréal. En outre, l’oeil perd ses repères et reconnaît moins bien les symboles que sont les mots. «Un enfant de six ans avec -3 de dioptrie, ça n’arrivait pas avant», a-t-il lancé.

Même si le contenu est de qualité, il prive l’enfant d’une interaction et d’une communication réelle, a renchéri la chercheuse Tania Tremblay, du Collège Montmorency. Elle recommande de lire des livres aux jeunes enfants.

«Je suis vraiment soulagée de ce que j’entends, (…) j’en tremble», s’est exclamée la directrice générale du Centre Cyber-aide, Cathy Tétreault, en disant avoir longtemps été traitée d’«alarmiste».  

On assiste même à la naissance d’un nouveau concept, celui de la «technoférence», ou l’interférence de la technologie dans les relations interpersonnelles. Pour l’illustrer, Mme Fitzpatrick a montré aux participants la photo d’un père, les yeux rivés à son téléphone, en train de pousser sa fille sur une balançoire.

Le ministre Carmant, qui s’était fixé comme objectif de définir la cyberdépendance, a paru surpris par l’ampleur du phénomène. «Moi personnellement, ce que j’ai appris le plus, c’est que oui, il y a les dépendances et les symptômes plus sévères, (…) mais aussi toutes sortes d’effets physiques et psychologiques de la surexposition aux écrans», a-t-il déclaré en clôture.  

«Les faits ont été exposés. (…) Il va falloir faire des actions claires, qui vont modifier l’utilisation de ces écrans dans nos milieux de vie et surtout au niveau de l’école», a-t-il poursuivi. 

Le forum de lundi a réuni des experts. Une deuxième journée de consultations est prévue le 20 mars, cette fois avec des groupes communautaires. Le tout devrait déboucher sur un plan d’action gouvernemental d’ici la fin de l’année.