Foyers pour aînés: les restrictions sur les visites font augmenter la dépression

VANCOUVER — Une barrière en plexiglas sépare Debbie Drew de son père lors de ses visites dans la salle d’accueil du foyer de soins de longue durée où est décédé le premier Canadien des suites de la COVID-19.

Neuf mois plus tard, Mme Drew estime que les restrictions sur les visites font maintenant plus de mal que de bien.

Elle craint que Graham Drew, 96 ans, ne meure seul au Lynn Valley Care Center, où la plupart des résidents sont confinés dans leur chambre.

«C’est très difficile parce qu’il devient déprimé. Il est triste. Il a besoin de socialiser parce qu’il a été une personne très sociale toute sa vie», explique-t-elle à propos de son père connu pour son sens de l’humour et son amour de chansons comme «Take Me Out to Ball Game».

Selon l’Institut national sur le vieillissement de l’Université Ryerson à Toronto, les familles de la Colombie-Britannique composent avec les restrictions les plus sévères au pays par rapport aux visites dans les centres de soins de longue durée. L’institut a préparé des lignes directrices pour soutenir la réouverture des foyers  aux aidants naturels et aux visiteurs, même pendant des éclosions.

Debbie Drew affirme que sa sœur, son frère et elle rendaient régulièrement visite à leur père depuis qu’il a été placé dans le foyer il y a trois ans. Pendant la crise, ils ont décidé qu’elle serait la visiteuse désignée admise dans une salle commune à raison de 30 minutes, une fois par semaine.

La protectrice des aînés en Colombie-Britannique, Isobel Mackenzie, constate une flambée de solitude et de dépression parmi les résidents. Selon un sondage mené par son équipe auprès de 15 000 résidents, parents et membres du public, l’utilisation d’antipsychotiques a augmenté de 7% et celle d’antidépresseurs, de 3 % entre les mois de mars et de septembre pour les résidents en manque de contacts avec leurs proches aidants.

L’absence d’une association pour représenter les résidents et leurs familles à travers les 300 foyers de soins de la Colombie-Britannique signifie qu’ils n’ont pas voix au chapitre dans les discussions entre le gouvernement, les exploitants d’établissements et les syndicats de personnel, relève Mme Mackenzie. 

Elle demande au gouvernement de créer une telle association, semblable à celle de l’Ontario, pour inclure les familles dans les futures consultations.

Questionné sur cette possibilité, le ministère de la Santé n’a pas répondu directement, disant seulement reconnaitre le rôle important des conseils de familles déjà en place dans les établissements agréés.

Mme Mackenzie signale que les exploitants de foyers de soins déterminent arbitrairement qui est admissible comme visiteur essentiel ou désigné. 

Environ 80% des résidents n’ont eu aucune visite entre mars et juin, signale-t-elle.

Le Dr Samir Sinha, directeur de la gériatrie au Sinai Health System et University Health Network de Toronto, estime que les répercussions sur les résidents sont passées sous le radar pendant que les bilans d’infections quotidiennes retiennent l’attention.

«Combien de familles place-t-on en situation de détresse et de perturbations extrêmes? Combien de résidents fait-on encore plus souffrir en raison de restrictions draconiennes?»

Le Dr Sinha avance que les risques de contagion n’ont pas toujours été soupesés par rapport aux risques posés par l’isolement social.

C’est d’autant plus important en raison des pénuries chroniques de main-d’oeuvre qui ont été mises en évidence pendant la pandémie, expose-t-il.

« Si on le fait de certaines manières, on devrait être en mesure de faciliter beaucoup plus de visites et un niveau de socialisation beaucoup plus élevé parce que beaucoup de personnes âgées meurent littéralement de solitude, et c’est la plus grande aberration de toutes.» 

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