Fraîchement nommé, Lafrenière refuse de reconnaître le racisme systémique

QUÉBEC — Le nouveau ministre des Affaires autochtones refuse de reconnaître qu’il y a du racisme systémique au Québec.

«Je reconnais que présentement le terme « racisme systémique » ne fait pas l’unanimité», a déclaré Ian Lafrenière, quelques minutes après sa nomination en point de presse avec François Legault.

Sous pression depuis le décès tragique de Joyce Echaquan, le premier ministre a annoncé vendredi qu’il dégommait Sylvie D’Amours de son poste de ministre des Affaires autochtones au profit de M. Lafrenière.

Il a dit vouloir donner un «nouvel élan à nos relations avec les 11 Nations autochtones» en montrant également la porte à la sous-ministre aux Affaires autochtones, Marie-José Thomas.

«On pense qu’une nouvelle équipe pourrait aider à relancer les discussions.» 

M. Lafrenière a été policier pendant 28 ans avant d’être élu député de la Coalition avenir Québec dans la circonscription de Vachon en 2018.

«Ian Lafrenière, du temps qu’il était porte-parole au SPVM, a nié l’existence du profilage racial», a souligné sur les réseaux sociaux la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé.

«Son premier geste à titre de nouveau ministre des Affaires autochtones doit être de reconnaître le racisme systémique. Il en va de sa crédibilité. On a des ponts à rebâtir», a-t-elle insisté. 

Depuis la mort de Mme Echaquan à l’Hôpital de Joliette sous les insultes du personnel soignant, les rapports déjà difficiles entre le gouvernement caquiste et les représentants autochtones se sont détériorés.

Lors de son point de presse, M. Legault a répété à plusieurs reprises que la situation n’était «pas simple». Il a dit cependant avoir confiance au «leadership» et à «l’humanité» de M. Lafrenière.

Pour sa part, M. Lafrenière a dit accepter son mandat avec «beaucoup d’humilité». Il a souligné sa capacité à travailler de façon «non partisane», par exemple à la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs.

«Un premier pas serait de reconnaître un concept de racisme systémique», a quant à lui réagi le porte-parole libéral en matière d’affaires autochtones, Gregory Kelley, qui qualifie le remaniement d’«aveu d’échec».

De plus en plus de voix s’élèvent pour que le gouvernement Legault reconnaisse le racisme systémique.

D’ailleurs, dans une lettre ouverte publiée vendredi, 470 professeurs d’université et professionnels de la santé ont déclaré ne plus vouloir vivre «dans un Québec qui n’ose pas affronter ses démons».

«Quand un groupe de citoyens est marginalisé à répétition (…) par les institutions publiques en raison de sa race, comme le démontre le rapport (…) Viens, il s’agit bel et bien de racisme « systémique »», peut-on y lire.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador voit tout de même «d’un bon oeil» la nomination de M. Lafrenière. Elle la considère comme «une opportunité de renouveler des relations mises à mal au cours des derniers mois».

De son côté, le Conseil de la Nation Atikamekw a dit espérer «faire avancer les choses», en l’honneur de Joyce Echaquan. «Pour les Autochtones victimes de discriminations systémiques, il faut maintenant entreprendre le changement, drastiquement», a déclaré le Grand Chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

Parité

Mme Massé a par ailleurs déploré que le remaniement de vendredi réduise à 11 le nombre de femmes au sein du conseil des ministres, contre 16 hommes, incluant le premier ministre.

«Cette nouvelle nomination éloigne encore de plus en plus (…) M. Legault de la parité. Les femmes dans les personnes qui sont proches du premier ministre se font de plus en plus rares», a-t-elle fait remarquer.

Visiblement préparé à affronter les questions sur la parité, M. Legault s’est défendu devant les journalistes en disant que son conseil des ministres restait tout de même dans la zone paritaire, avec 40 % de femmes.

Pas si mal, a-t-il dit, compte tenu que 39 % des 76 députés de la Coalition avenir Québec sont des femmes. «Est-ce qu’on peut en faire plus? Oui, on peut en faire plus», a-t-il convenu. 

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