Frais d’avocat: la famille de Pierre Coriolan demande le respect de la loi

MONTRÉAL — La famille de Pierre Coriolan, mort aux mains des policiers montréalais lors d’une intervention en 2017, demande à Québec d’honorer sa parole et de défrayer ses frais d’avocat pour être représentée à l’enquête du coroner.

L’enquête du coroner sur cette triste affaire s’ouvre le 17 février au palais de justice de Montréal, soit dans trois semaines, et le gouvernement n’a toujours donné aucun signe de vie à la famille Coriolan. La famille a dû communiquer elle-même avec le ministère de la Sécurité publique lundi dernier et n’a obtenu comme seule réponse que quelqu’un avait le dossier entre les mains.

Or, en 2013, l’Assemblée nationale avait adopté à l’unanimité le projet de loi 12 qui prévoyait, notamment, que l’État assumerait les frais d’avocat des familles de victimes de gestes policiers devant le coroner. Cependant, sept ans et trois gouvernements plus tard, le règlement devant mettre en vigueur cette disposition n’a jamais été adopté.

Plusieurs groupes réunis sous l’égide de la Ligue des droits et libertés réclament la mise en application de cette disposition immédiatement pour la famille Coriolan.

Quatre avocats pour chaque policier

L’avocat représentant la famille, Me Alain Arsenault, fait valoir que chaque policier impliqué dans le décès de Pierre Coriolan sera représenté par au moins quatre avocats, soit son propre avocat personnel, celui de la Fraternité des policiers et deux de la Ville de Montréal, tous des juristes payés par l’État.

«Il est important d’avoir des moyens comparables à ceux des policiers dont nous allons étudier le comportement», a-t-il fait valoir, d’autant plus que «l’un des objectifs des avocats des policiers, c’est de dénigrer la victime (…) pour faire en sorte que les policiers puissent trouver justification de leur intervention dans l’état de la victime».

Me Arsenault, qui agit présentement sur une base bénévole, fait valoir qu’une telle cause implique un important travail de préparation et que rien ne justifie un tel déséquilibre en faveur des policiers.

Policier contre-interrogé par la mère d’une victime

Le porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), Alexandre Popovic, a donné l’exemple de l’enquête du coroner tenue en 2018 à Gatineau sur la mort de Brandon Maurice, 17 ans, abattu par la Sûreté du Québec, pour illustrer les conséquences de ce refus de payer de l’État.

«L’État québécois a été trop « cheap » pour s’assurer qu’elle bénéficie des services d’un avocat. Comme la mère du défunt n’avait pas d’avocat, elle a dû elle-même contre-interroger le policier qui avait tué son seul et unique enfant.»

Rejoint par La Presse canadienne, le bureau de la ministre de la Sécurité publique a simplement répondu que la demande de la famille Coriolan faisait l’objet d’une analyse.

Le 27 juin 2017, Pierre Coriolan, 58 ans, était en crise et tenait un couteau et un tournevis lorsque six policiers sont arrivés à son logement dans l’est de Montréal. Les policiers ont d’abord utilisé une arme à impulsions électriques et des balles en caoutchouc pour tenter de maîtriser l’homme, mais sans succès. M. Coriolan se serait alors dirigé vers les policiers, et deux d’entre eux ont tiré avec leur arme de service. Alors qu’il était à genoux puis étendu au sol, avec le couteau, d’autres policiers ont utilisé à nouveau une arme à impulsions électriques et un bâton télescopique pour le désarmer.

L’homme avait ensuite été transporté à l’hôpital où son décès avait été constaté un peu plus tard.

En mars dernier, le Directeur des poursuites criminelles et pénales avait décidé de ne porter aucune accusation contre les policiers, estimant que la force utilisée était justifiée et raisonnable compte tenu des circonstances.

La famille Coriolan a toutefois intenté une poursuite civile de 150 000 $ contre la Ville de Montréal.

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