François Gendron s’excuse d’avoir utilisé le mot «nègre» devant des élèves

QUÉBEC — Le député du Parti québécois (PQ) et doyen de l’Assemblée nationale, François Gendron, s’est excusé mercredi d’avoir utilisé le mot «nègre» lors d’une présentation dans une école secondaire.

Élu la première fois en 1976, M. Gendron est également troisième vice-président de l’Assemblée nationale.  

C’est dans le cadre de ses fonctions de vice-président qu’il a visité l’école secondaire La Camaradière, à Québec, le mois dernier. Parlant de son expérience de ministre au parlement, M. Gendron a dit aux élèves avoir «travaillé comme un nègre».

Dans une plainte écrite obtenue par le réseau CTV, l’école mentionne que «quelques élèves d’origines africaine et haïtienne ont été choqués d’entendre l’expression (…) qui n’a pas sa place, le terme nègre étant péjoratif».

En mêlée de presse mercredi, M. Gendron a affirmé avoir présenté ses excuses à l’école. Il s’est aussi excusé du bout des lèvres devant les journalistes, disant regretter d’avoir utilisé l’expression, qui signifie «travailler fort».

«Dans le contexte d’aujourd’hui, je reconnais que certaines personnes peuvent prétendre, alors que ce n’était pas du tout mon intention, et vous me connaissez, s’il y a quelqu’un qui est authentique, qui est ce qu’il est, c’est bien celui qui vous parle», a-t-il déclaré, avant d’ajouter avoir compris «qu’on n’a pas le droit d’utiliser cette expression-là dans le contexte d’aujourd’hui».  

M. Gendron a du même souffle dénoncé qu’on «ait tenté de donner des proportions exagérées à l’affaire».

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a pour sa part invité les personnalités publiques à bannir l’expression «travailler comme un nègre» de leur vocabulaire.

«La société évolue, on a toutes sortes d’expressions qui viennent de notre passé. À mesure que la société évolue, on a plus conscience de l’importance de l’égalité et de l’impact de certains mots face à certaines communautés», a-t-il dit, estimant le dossier clos.

Mais ni le ministre de l’Immigration, David Heurtel, ni le président de la Ligue des Noirs du Québec n’étaient satisfaits des excuses de M. Gendron mercredi, les qualifiant de «premier pas».

«Ce mot-là est complètement inacceptable, a affirmé d’emblée M. Heurtel. M. Gendron est un député du Parti québécois alors d’abord et avant tout je suggère justement que peut-être qu’il a besoin d’être plus sensibilisé à l’emploi de ces termes-là.»

Profondément heurté, le président de la Ligue des Noirs, Dan Philip, a également encouragé les élus à s’informer et faire preuve d’une plus grande sensibilité. Le mot «nègre» n’est pas banal; il a longtemps servi à justifier l’esclavage des Noirs, a-t-il dit en entrevue téléphonique.

«C’est totalement inacceptable, a poursuivi M. Philip. Il y a du travail à faire pour sensibiliser dans ces cas-là même les gens à l’Assemblée nationale pour comprendre notre histoire.»

Selon lui, les jeunes Noirs qui assistaient à la présentation de M. Gendron ont été «dévalorisés» et se sont probablement sentis «diminués». «C’est vraiment dommage pour ces jeunes-là», a-t-il dit.

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