François Legault demande à Ottawa d’interdire tous les voyages non essentiels

MONTRÉAL — Ça suffit: le premier ministre François Legault demande à Justin Trudeau d’interdire rapidement tous les vols internationaux non essentiels. Il ne veut pas voir la situation de la COVID-19 se détériorer au Québec parce que certains réservent des voyages tout inclus pour aller s’amuser dans le Sud. 

«Je continue à ne pas comprendre (ces gens)», a-t-il déclaré d’un air découragé lors d’un point de presse visant à faire le point sur la situation de la pandémie dans la province, mardi, à Montréal.

Un vol pour aller voir sa mère mourante aux États-Unis, c’est correct, a-t-il illustré. Mais pas pour aller dans un «tout-inclus» à Punta Cana ou à Cancun, «faire le party autour de la piscine» et partager les buffets avec les autres voyageurs.

M. Legault se dit ainsi prêt à discuter avec Ottawa des paramètres de cette interdiction qu’il demande, notamment en ce qui a trait aux destinations qui pourraient être prohibées, ainsi qu’aux raisons de ces voyages. Mais un séjour dans un tout-inclus, «ce n’est pas essentiel», a-t-il déjà tranché.

Bref, il ne veut pas revivre la propagation du virus qui a suivi la semaine de relâche en mars dernier.

Mais il y a autre chose. Il craint que des voyageurs ne rentrent au pays avec l’une des nouvelles souches du virus.

Certaines sont plus contagieuses — comme celle (B-117) venant du Royaume-Uni qui y a fait exploser le nombre de cas. «En Angleterre, c’est la catastrophe dans les hôpitaux», a-t-il dit.

Jusqu’à maintenant, cinq personnes au Québec ont été infectées par un variant du coronavirus, soit justement la souche en provenance du Royaume-Uni, a déclaré le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda. Un autre cas est à l’étude.

Le premier ministre soutient avoir déjà exprimé ces inquiétudes avec le fédéral en privé.

Mais il est maintenant le temps d’agir. «On n’est plus dans des souhaits, on n’est plus à allumer des lampions», a-t-il lancé.

«Je sens que les Québécois sont fâchés, moi je suis fâché, de voir qu’on fait des efforts et qu’il y a des personnes qui voyagent pour « le fun » à l’étranger et qui reviennent ici avec le virus et qui engorgent nos hôpitaux.»

Plusieurs politiciens ont d’ailleurs subi les foudres de leur parti et de la population pour être allés en voyage durant le congé des Fêtes.

C’est aussi le cas d’un élu caquiste. Youri Chassin, député de Saint-Jérôme et adjoint parlementaire du ministre de l’Économie, est allé visiter son mari au Pérou durant la pandémie, ne l’ayant pas vu depuis des mois. C’était pour l’aider à mettre ses papiers en ordre en vue de son immigration au pays, a précisé le premier ministre qui n’a pas sévi contre son député. Il a obtenu la permission avant de s’y rendre, a dit M. Legault, qui considère ce voyage «essentiel».

M. Chassin n’a pas voulu accorder d’entrevue à La Presse Canadienne mardi.

En ce qui concerne la semaine de relâche, le premier ministre n’est pas prêt à l’annuler pour éviter les voyages à l’étranger: les élèves comme les enseignants en ont besoin, a-t-il déclaré. 

Position d’Ottawa

Pour l’instant, le premier ministre Justin Trudeau n’a fait qu’évoquer, mardi, la possibilité d’imposer de nouvelles mesures, sans préavis, pour les voyages à l’étranger.

Il n’a toutefois pas voulu dire ce qu’il avait en tête, malgré l’insistance des journalistes. Et il a fait sa sortie avant que François Legault ne réclame, officiellement, une interdiction de tous les vols internationaux non essentiels.

M. Trudeau a toutefois demandé — une fois de plus — aux Canadiens de rester au pays.

«Surtout que de jour en jour, les ministres continuent d’évaluer les différents enjeux et on pourrait imposer de nouvelles mesures, sans préavis, dépendamment de la situation», a-t-il averti. 

Tout en continuant à souligner que la Constitution canadienne garantit la liberté de se déplacer, M. Trudeau s’est dit prêt à imposer de nouvelles mesures «très sévères».

Pourtant, Ottawa a ce pouvoir d’interdire des vols et l’a déjà exercé, a rétorqué M. Legault, rappelant que le fédéral a notamment empêché fin décembre à des vols en provenance du Royaume-Uni d’atterrir au pays.

Mesures pour la quarantaine

En attendant une décision sur les interdictions de vol, M. Legault croit également que le gouvernement fédéral doit en faire plus en ce qui a trait au suivi des quarantaines, estimant que les appels automatisés au retour des voyages ne suffisent pas.

Un appel qui permet à un voyageur de confirmer sa présence à la maison même s’il n’y est pas, ce n’est pas acceptable, a renchéri le ministre de la Santé, Christian Dubé. Il serait préférable qu’un agent se rende au domicile des voyageurs pour s’assurer de leur présence.

Et si Ottawa n’intervient pas, Québec songe à mettre en place des mesures sanitaires aux aéroports de la province.

M. Legault aimerait mieux que le fédéral s’en charge, mais au cas où, il a demandé à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, de présenter un plan «pour aller faire une partie du travail à la place du fédéral».

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