Centres jeunesse: Québec remet en cause la libre circulation des jeunes

QUÉBEC – Pour éviter les fugues et leurs conséquences parfois dramatiques, le gouvernement Couillard remet en question la liberté de circulation actuellement garantie aux jeunes filles en difficulté fréquentant les centres jeunesse.

«Tout est sur la table», a résumé mardi la ministre Lucie Charlebois.

La loi actuelle, en vigueur depuis huit ans, interdit aux centres jeunesse d’empêcher les jeunes d’aller et venir à leur guise, si bien que certaines sortent et ne reviennent pas. Au cours des deux dernières semaines, cinq cas de jeunes filles ayant fait une fugue ont été répertoriés au centre jeunesse de Laval. Certaines adolescentes font des fugues à répétition et deviennent la proie des gangs de rue.

En point de presse mardi, la ministre responsable du dossier a indiqué que le temps était venu d’amorcer une réflexion visant à déterminer comment assurer un meilleur encadrement des jeunes filles placées en centre jeunesse, notamment en ce qui a trait à l’usage des téléphones cellulaire. Grâce au téléphone, les fugueuses ont également accès aux réseaux sociaux.

«Il y a huit ans, on est parti d’une politique d’encadrement très stricte à aujourd’hui une liberté de circulation» sans limite, a fait valoir la ministre Charlebois, disant être à la recherche d’un point d’équilibre entre «l’encadrement excessif et la liberté de circulation».

Une nouvelle approche nécessiterait des modifications à la loi 125 sur la protection de la jeunesse, pilotée à l’époque par la ministre Margaret Delisle.

Cette réflexion à venir sur d’éventuelles limites à imposer au principe de la liberté de circulation sera menée notamment avec l’ensemble des directeurs de la protection de la jeunesse et des directions des centres hospitaliers.

La ministre n’a pas donné d’échéancier pour faire connaître les conclusions de cette réflexion.

À court terme, Québec nommera aussi un vérificateur qui se rendra au centre jeunesse de Laval pour voir si les mesures d’encadrement déjà en vigueur ont été observées dernièrement. Un rapport est attendu d’ici 30 jours.

Par ailleurs, un plan d’intervention interministériel sera élaboré en vue de dresser une liste des moyens à mettre en place pour éviter que les jeunes fugueuses des centres jeunesse tombent aux mains des gangs de rue et des proxénètes déterminés à les amener à se prostituer.

Le plan d’action sera axé à la fois sur la prévention et la répression, a indiqué pour sa part le ministre Coiteux, qui n’a pas fixé de date pour annoncer le contenu de ce projet.

«Si on ne peut pas enrayer complètement le proxénétisme, (on cherchera), à tout le moins, à le réduire de façon importante», a ajouté la ministre Charlebois, qui n’a voulu nommer aucun moyen envisagé.

Jeudi dernier, lors d’une mêlée de presse, la ministre Charlebois avait semé la confusion en affirmant qu’un réseau de proxénètes s’était infiltré au centre jeunesse de Laval. Son collègue de la Sécurité publique, Martin Coiteux, l’avait contredit le lendemain.

Lundi, M. Coiteux a échangé sur ces questions avec la direction du service de police de Montréal et celui de Laval.

Par ailleurs, les coupes de 20 millions $ imposées par le gouvernement libéral aux centres jeunesse n’ont entraîné aucune baisse de services aux jeunes, selon la ministre Charlebois. Il s’agissait d’un changement «purement administratif», selon elle.

Dans l’ensemble, l’opposition péquiste s’est montrée déçue des mesures annoncées, jugées trop timides et vagues à souhait.

Cependant, le porte-parole péquiste en ce domaine, le député de Rosemont, Jean-François Lisée, partage l’avis de la ministre quant à la nécessité d’amorcer une réflexion sur la liberté totale de mouvement assurée aux jeunes filles des centres jeunesse.

Il se demande si le Québec n’a pas «envoyé le balancier trop loin» en laissant ces jeunes en difficulté totalement libres et laissées à elles-mêmes.

Devant l’urgence de la situation, M. Lisée reproche au gouvernement d’avoir sabré les budgets des centres jeunesse et il dit qu’il se serait donc attendu du gouvernement qu’il annonce un réinvestissement immédiat.

«C’est pas sorcier. C’est sûr que ça prend plus de police contre les proxénètes. Ca prend plus d’intervenants pour aider les jeunes filles. Ca prend plus de gens sur le terrain pour les sortir des griffes des gangs de rue», a énuméré le député en point de presse.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’est dit déçu lui aussi, en se demandant ce que le gouvernement attendait pour lutter efficacement contre les gangs de rue. «Tous les Québécois sont inquiets» en raison de ce qui se passe dans les centres jeunesse, a-t-il commenté en point de presse.