Fusillades en C.-B: des militants déplorent la violence contre les sans-abri

LANGLEY, C.-B. — Des militants de Vancouver et de l’île de Vancouver affirment que la violence contre les sans-abri n’est pas un problème isolé à Langley, en Colombie-Britannique, et qu’il est temps de changer les choses. 

Kelly Morris dit croire qu’elle aurait été tuée dans une fusillade dans un campement près de Qualicum Beach en 2020, qui a coûté la vie à trois autres personnes, si elle n’avait pas reçu un appel téléphonique l’avertissant de rester en dehors de la zone.

Les solutions à l’itinérance et aux problèmes de sécurité qui en découlent ne sont pas hors de portée, dit-elle. Mme Morris, une ancienne toxicomane qui est maintenant travailleuse communautaire, dit qu’elle a aidé plus de 600 personnes vulnérables à se connecter à des services, mais il y a un besoin désespéré de logements pour des personnes à faible revenu et de lits de traitement de désintoxication.

«Les gens font ce qu’ils peuvent, mais malheureusement, ce n’est pas suffisant. Pour moi, ce que je vois ici, c’est que nous avons besoin de logements sociaux, de traitements et de désintoxication», a déclaré Mme Morris. 

Un homme armé a tué deux personnes et en a blessé deux autres dans une série de fusillades, lundi, à Langley. Les fusillades ont duré six heures à divers endroits, dont un casino, près d’un débarcadère d’autobus et d’un centre de logement avec services pour des personnes en processus de se sortir de l’itinérance.

La police n’a pas encore identifié les victimes, mais elle pense que ce sont des personnes sans-abri, bien que cela n’a pas encore été confirmé. 

Les policiers n’ont pas établi de motif pour les violences dans la banlieue de Vancouver, mais ils affirment que l’homme qu’ils ont atteint mortellement par balle, Jordan David Goggin, 28 ans, était le tueur.

L’équipe intégrée d’enquête sur les homicides a publié mardi des photos d’une vidéo en circuit fermé de M. Goggin et d’une berline blanche de marque Mazda. Il demande à quiconque l’a peut-être vu d’appeler la police alors qu’elle tente de reconstituer une chronologie de ses mouvements.

Mme Morris a dit qu’elle n’était au courant d’aucune condamnation pour le triple homicide commis au campement de Whiskey Creek, sur l’île de Vancouver, il y a près de deux ans. Elle a dit qu’un ami l’a avertie qu’elle devrait éviter le secteur, mais elle a supposé que c’était à cause d’incidents où des gens avaient pointé des feux d’artifice sur des personnes sans-abri.

Elle croit qu’il est faisable de résoudre le problème. «Pourquoi ne pas créer un établissement capable de prendre en charge ces personnes?», propose-t-elle. 

Ceux qui essaient de demander de l’aide de manière plus formelle sont généralement confrontés à un processus d’admission d’une semaine pour des lits limités, a-t-elle expliqué. 

L’itinérance en croissance 

L’itinérance est intrinsèquement dangereuse, selon l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance (ACMFI). 

Les statistiques montrent que les hommes sans-abri sont neuf fois plus susceptibles d’être assassinés que les hommes qui ne sont pas sans-abri, tandis que 75 % des femmes ayant besoin d’un logement déclarent avoir été victimes de violence, selon l’organisation.

Le président de l’ACMFI, Tim Richter, souligne que la pauvreté et les politiques de logement sont au cœur du problème. 

«Je pense qu’il est important que nous réalisions que l’itinérance au Canada, telle que nous la voyons aujourd’hui, n’a pas toujours existé. Cela a vraiment commencé à la fin des années 80, s’est accéléré jusqu’aux années 90, au point où il en est aujourd’hui», a-t-il indiqué. 

La clé pour réduire l’itinérance est l’accès à un logement abordable et un soutien du revenu adéquat indexé sur l’inflation, a expliqué M. Richter. 

«Même aujourd’hui, nous constatons qu’avec le coût de la vie qui augmente avec l’inflation, nous savons que les ménages aux revenus les plus faibles sont touchés de manière disproportionnée et qu’une augmentation de 1 % de l’inflation entraîne souvent une augmentation de 2 % de la prévalence de l’itinérance», détaille le président.

La porte-parole de l’Union Gospel Mission à Vancouver, Rachael Allen, constate que la violence contre les membres de la communauté en situation d’itinérance s’est intensifiée et qu’il est temps de faire preuve de plus de compassion.

«Notre communauté est souvent victime de jugement, de stigmatisation et même de violence», explique Mme Allen, qui travaille dans le Downtown Eastside à Vancouver.

«Entendre parler de cela nous rappelle simplement que tout le monde mérite de la dignité et de la sécurité.»

Des exemples récents d’attaques contre des membres de la communauté incluent une personne frappée à la tête avec des pierres pendant qu’elle dormait, un délit de fuite, une attaque avec un vaporisateur de poivre de cayenne et une femme qui a été incendiée pendant qu’elle dormait, a énuméré Mme Allen.

«Cela souligne simplement pour nous que chaque personne mérite dignité, respect et attention, peu importe son apparence ou l’endroit où elle pose la tête la nuit et les batailles auxquelles elle est confrontée.»

Un événement de sensibilisation communautaire était prévu mardi pour les personnes touchées à Langley en réponse aux fusillades. Des représentants des services aux victimes, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), des conseillers en situation de crise et d’autres groupes de soutien communautaire devaient offrir des services.

Le premier ministre Justin Trudeau a publié mardi un message sur Twitter disant qu’il était «horrifié» par la série de fusillades qui a duré six heures.

Le message dit que son cœur est brisé pour les proches et les communautés des victimes, et il souhaite un prompt rétablissement aux personnes blessées. «Cette violence n’a pas sa place dans nos communautés», ajoute-t-il. 

Le ministre de la Sécurité publique, Mike Farnworth, a déclaré que «l’acte de violence insensé est extrêmement troublant».

M. Farnworth mentionne qu’il comprend que les Britanno-Colombiens sont inquiets et effrayés lorsque des fusillades se produisent dans leurs quartiers.

Les meurtres à Langley sont survenus un jour après que deux hommes ont été tués par balle dans la station balnéaire de Whistler. La police a déclaré que cela était lié à des gangs.

Le 15 juillet, un homme acquitté dans deux attentats à la bombe de 1985 visant des avions d’Air India, Ripudaman Singh Malika, a été abattu devant son lieu de travail à Surrey.

«Nous ne connaissons pas encore le motif des fusillades. Cependant, avec les événements tragiques (de lundi), je veux que les Britanno-Colombiens se sentent rassurés qu’au fur et à mesure que de plus amples informations seront disponibles, nous les ferons savoir au public», a indiqué le ministre Farnworth.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.