Gardes du corps pour les ministres: une question «personnelle», dit Trudeau

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau estime que plus doit être fait pour protéger les élus fédéraux, mais soutient que tous les ministres ne s’accordent pas sur le besoin d’être accompagnés d’un garde du corps.

En point de presse mercredi en marge d’un remaniement ministériel mineur, il a évoqué des divergences d’opinions à ce sujet, notamment entre les hommes et les femmes.

«Je pense que c’est une décision extrêmement personnelle pour bien des ministres. Je pense qu’on devrait avoir plus de possibilités d’en avoir.»

Au Québec, tous les ministres provinciaux ont un garde du corps assigné.

«(Il y a) des gens qui se sentent plus vulnérables, qui ont vécu plus de discrimination et plus de moments de peur dans leur vie que d’autres. Nous nous devons d’en faire plus et le ministre de la Sécurité publique est en train de regarder ça», a dit M. Trudeau.

Il a ajouté que l’accessibilité des ministres auprès du public est «une force dans notre démocratie (et) notre société». Le premier ministre a fait valoir que bien des Canadiens se réjouissent de pouvoir croiser ces politiciens à l’épicerie, par exemple.

«En même temps, on doit reconnaître que les conversations politiques (et) le débat deviennent plus amers, plus agressifs», a-t-il poursuivi.

Il a réitéré son appel à ce que tous les élus se dissocient de ce climat «de toxicité» et montrent l’exemple en débattant dans le respect. Il a martelé que «c’est l’affaire de tous».

«On est en train de voir comment on peut offrir plus de sécurité (aux élus) de façon plus structurée. Ce sont des dépenses qu’on aimerait ne pas avoir à faire», a insisté M. Trudeau en mentionnant que ces sommes pourraient autrement être investies dans des mesures de réduction des violences par armes à feu au sein des communautés.

La vice-première ministre Chrytia Freeland a été invectivée à coups d’insultes, il y a quelques jours, à Grande Prairie, en Alberta. Questionnée mercredi à savoir si elle avait l’intention de recourir à des mesures de sécurité accrues, elle a répondu qu’elle continuera de suivre les conseils de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Dans un courriel, la GRC a affirmé qu’elle «adapte sans cesse ses mesures de protection au contexte actuel afin d’assurer un niveau adéquat à toutes les personnes qu’elle protège».

Dans cette déclaration envoyée mardi, la GRC n’a pas répondu à une demande de La Presse Canadienne d’indiquer combien de menaces envers des élus lui ont été signalées au cours des dernières années.

«Pour protéger les fonctionnaires, ainsi que nos membres, nous ne divulguons aucune information sur les menaces, les évaluations des menaces, sur des sujets connexes ou sur des mesures de protection précises», peut-on lire.

Mercredi, la vice-première ministre a insisté pour dire que l’«incident désagréable» qui l’a visée n’est pas représentatif de la population albertaine et des autres interactions qu’elle a eues durant la suite de son séjour dans la province de l’Ouest canadien.

«La chose la plus importante pour moi est l’accueil généreux et chaleureux que j’ai reçu (…) (dans) la province dans laquelle je suis née et dans laquelle j’ai grandi», a-t-elle résumé en point de presse à Calgary.

Dans une vidéo qui a largement circulé dès vendredi sur Twitter, on peut voir Mme Freeland entrer dans un ascenseur tandis qu’un homme de grande taille s’approche d’elle, lançant des sacres et la traitant de «traître».

L’homme dans la vidéo se dresse devant les portes ouvertes de l’ascenseur et dit à Mme Freeland de quitter l’Alberta, tandis qu’une femme lui lance qu’elle n’a pas sa place ici.

Celle qui est aussi ministre des Finances a par ailleurs noté mercredi que d’autres femmes et membres de minorités visibles qui peuvent être particulièrement vulnérables à des agressions verbales ou des menaces ont accès à «beaucoup moins de soutien» qu’elle.

Un peu plus tôt, à Ottawa, la ministre Filomena Tassi a dit qu’elle ne croit pas que d’être entourée de personnel de sécurité «24 heures sur 24, 7 jours sur 7» soit la solution pour mettre un terme aux comportements inappropriés.

«Bien que je reconnaisse que des mesures sont importantes et fournissent un certain niveau de sécurité comme la surveillance par caméras de nos maisons, cela ne sera pas suffisant à la fin de la journée», a-t-elle soutenu après avoir été assermentée comme ministre responsable de l’Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l’Ontario.

À son avis, les politiciens doivent encourager tous les Canadiens à dénoncer tout comportement harcelant et menaçant afin d’y mettre fin.

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