GasLink: des manifestants interpellent le gouvernement néo-démocrate de la C.-B.

VICTORIA — Des centaines de manifestants ont bloqué les accès à l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique, mardi matin, jour du discours du Trône, en appui aux chefs héréditaires autochtones qui s’opposent à un projet de gazoduc dans le nord-ouest de la province.

Les manifestants qui campent devant l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique depuis vendredi ont crié «Honte» aux élus qui tentaient d’entrer dans le bâtiment avec l’aide des agents de sécurité, mardi matin.

Des manifestations semblables sont apparues partout au Canada depuis que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a commencé à appliquer la semaine dernière une injonction du tribunal contre les chefs héréditaires de la communauté autochtone Wet’suwet’en, qui bloquaient la construction du gazoduc Coastal GasLink dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. La GRC a conclu lundi des opérations majeures pour faire respecter l’injonction après avoir arrêté 21 personnes.

Des manifestants ont aussi bloqué les trains de banlieue pour la deuxième journée consécutive, mardi matin, sur la ligne entre Candiac et le centre-ville de Montréal. Et le service de train de Via Rail entre Montréal et Toronto et entre Ottawa et Toronto était toujours interrompu dans les deux directions, mardi, en raison de la présence de manifestants qui bloquent depuis quelques jours la voie ferrée à Belleville, en Ontario. 

Le gouvernement néo-démocrate du premier ministre John Horgan devait prononcer son discours du Trône plus tard mardi, mais la manifestation a forcé les autorités à annuler une partie de la pompe entourant l’événement. Un salut militaire traditionnel et une garde d’honneur pour l’arrivée du lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britannique ont notamment été annulés, et les citoyens qui voulaient assister au discours du Trône devaient présenter leur billet.

Ultimatum à Lametti

À Ottawa, des jeunes Autochtones et des partisans qui ont amorcé lundi un «sit-in» à quelques rues de la colline du Parlement soutiennent qu’ils ont donné au ministre fédéral de la Justice 24 heures pour répondre à leurs demandes, sans quoi ils considéreront que le «processus de réconciliation» avec les Premières Nations est mort et enterré.

Sophia Sidarous a indiqué qu’ils avaient parlé au téléphone avec David Lametti pour faire valoir qu’Ottawa devait intervenir dans ce dossier, et le ministre les aurait assurés qu’il porterait l’affaire au cabinet. Mais cet engagement n’était pas suffisant pour les manifestants. «Nous avons le droit de croire, et tous les Canadiens ont le droit de croire, que le ministre de la Justice a des obligations envers la justice. C’est assez simple, non?», a indiqué Mme Sidarous. «Il y a des injustices à Wet’suwet’en et nous nous attendons à ce qu’elles soient corrigées par le gouvernement fédéral.»

Son groupe a déclaré qu’il mettrait fin à son occupation mercredi si le ministre Lametti ne bougeait pas. Mais pour Gabrielle Fayant, une autre manifestante, cela ne signifie pas que les opposants jettent l’éponge. «Il y aura plus de mobilisation dans 24 heures», a-t-elle soutenu.

Le gazoduc Coastal GasLink de 670 kilomètres fait partie du vaste projet d’exportation de gaz naturel liquéfié de 40 milliards $ de LNG Canada dans le nord de la Colombie-Britannique. Les 20 conseils de bande élus le long du tracé du gazoduc, y compris le conseil de Wet’suwet’en, ont signé des ententes avec Coastal GasLink. Mais les chefs héréditaires Wet’suwet’en affirment que le conseil de bande élu, établi en vertu de la Loi sur les Indiens, n’a d’autorité que sur les terres des réserves. Les chefs héréditaires revendiquent quant à eux la propriété sur une vaste zone de 22 000 kilomètres carrés parce qu’ils n’ont jamais signé de traité pour céder ces territoires ancestraux.

Le premier ministre Horgan a déclaré que le Coastal GasLink était d’une importance économique et sociale vitale pour le nord de la Colombie-Britannique. Il a rappelé que les tribunaux avaient conclu que le gazoduc pouvait aller de l’avant et il estime que l’état de droit doit maintenant prévaloir.

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