Gaspésie: atterrissage réussi, mercredi, d’un avion en difficultés

MONTRÉAL – Un avion transportant une douzaine de personnes, dont un moteur avait cessé de fonctionner 40 minutes plus tôt en plein vol, a réussi son atterrissage mercredi soir à l’Aéroport de Bonaventure, en Gaspésie.

L’avion de la compagnie Pascan, un bimoteur Jetstream 32 parti de l’Aéroport de Saint-Hubert, près de Montréal, avait fait escale à Québec. Le vol 6481 devait se rendre aux Îles-de-la-Madeleine.

L’un des passagers, Denis Fréchette, était le beau-frère du commentateur politique Jean Lapierre, mort dans l’écrasement d’avion, mardi, aux Îles-de-la-Madeleine, en compagnie de sa conjointe, de ses deux frères, de l’une de ses soeurs et des deux pilotes de l’appareil. Il allait retrouver son épouse, Laure, la seule qui soit encore vivante parmi les frères et soeurs de M. Lapierre.

Moteur coupé volontairement

En entrevue avec l’animateur Paul Arcand au 98,5 FM, jeudi matin, M. Fréchette a loué le travail de l’équipage de l’appareil.

«Il y a eu une secousse, comme une poche d’air. Le personnel de l’avion nous a avisés. Ils ont été très transparents», a-t-il raconté.

«Le moteur a cessé. Je pense qu’ils l’ont arrêté pour qu’il n’y ait pas de problème. C’est un geste volontaire, a dit croire M. Fréchette. Ce sont des gens extrêmement compétents et ils nous ont sécurisés et ils ont appliqué au complet le protocole.»

Le transporteur aérien a d’ailleurs confirmé cette perception en début d’après-midi, jeudi: «L’appareil amorçait sa descente lorsque les paramètres du moteur gauche ont démontré une perte de puissance. L’équipage a immédiatement appliqué le protocole standard et a initié la fermeture d’urgence du moteur par précaution», peut-on lire dans un communiqué diffusé par la compagnie Pascan, dans lequel on souligne également le professionnalisme de l’équipage.

Les mesures d’urgence avaient été déployées à l’aéroport de Bonaventure et l’atterrissage s’est bien déroulé.

«Quand on est arrivés à l’aéroport, les services d’incendie étaient là, les ambulanciers étaient là. Les ambulanciers ont questionné chacune des personnes, mais il n’y avait pas eu de panique à bord… un peu d’inquiétude, bien sûr», a dit M. Fréchette, tout en reconnaissant qu’une avarie d’avion, après la tragédie qui a frappé ses proches, avait de quoi faire croire à un acharnement du mauvais sort.

«Dans les circonstances où j’étais, j’étais fort ému, évidemment (…) On se pose toujours ces questions-là: qu’est-ce qui arrive?»

Cependant, il dit ne pas avoir été inquiet de la tournure des événements en raison de son expérience.

«Une chance que j’ai déjà vécu ce genre de problème-là dans le transport en région: trop de vent à Baie-Comeau; trop de brouillard aux Îles-de-la-Madeleine on rebrousse chemin. J’avais de l’entraînement un peu.»

«Les gens des régions, on s’habitue à ça, un gouvernail brisé, surtout aux îles-de-la-Madeleine, on est très isolé», a-t-il dit, tout en affirmant qu’il faudrait revoir les transports en région pour assurer une plus grande sécurité, laissant entendre que les lacunes actuelles encouragent les gens à se tourner vers des solutions plus à risque.

«S’il y avait plus de services, peut-être que ma famille n’aurait pas pris un vol privé. Ce ne sont pas les mêmes règles pour les transporteurs privés et les transporteurs de ligne.»

Le Jetstream 32 à bord duquel il prenait place est fabriqué par l’avionneur britannique British Aerospace.

Pascan, une entreprise basée à l’aéroport de Saint-Hubert, effectue quotidiennement deux vols en direction des Îles-de-la-Madeleine avec des escales à Québec et à Bonaventure.

Son vice-président, Yani Gagnon, a indiqué dans le communiqué que «l’incident (de mercredi soir) est un cas isolé et nous en investiguons présentement les causes.»

L’entreprise a mis à la disposition des passagers un nouvel avion qui a quitté Bonaventure à 14h15, jeudi.

Un deuil immense

Interrogé par l’animateur sur l’état dans lequel se trouvent sa conjointe et sa belle-mère à la suite de la tragique perte de leurs proches, M. Fréchette n’a pas caché que la douleur était très vive.

«Ils sont sous le choc. C’est du monde solide, les Madelinots. Les pays de pêcheurs, ils en perdent du monde chaque année. C’est du monde solide et résilient, mais là ils sont sous le choc. C’est incommensurable la peine qu’on a.»

Le père Réjean Coulombe, qui oeuvre aux Îles, a confirmé cette réalité, lui qui a pu rencontrer la mère de Jean Lapierre.

«Madame Lapierre est comme toute maman qui vit un pareil deuil. C’est le questionnement, le silence», a confié l’homme de foi à la journaliste Julie-Christine Gagnon, dépêchée aux Îles par Cogeco Nouvelles.

«Ce sont des épreuves qui dépassent l’entendement. L’émotion est là», a dit le père Coulombe.

Cette émotion atteint d’ailleurs une grande partie d’une population qui est tissée serré, de dire le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, qui a rappelé à la journaliste que le temps n’efface pas toutes les blessures.

«Il y a un cinquantaine d’années, il y avait eu une catastrophe, un naufrage de bateau, le Marie-Carole, et encore aujourd’hui, il y a beaucoup de plaies qui sont demeurées ouvertes.»

«Un accident de cette ampleur vient rouvrir des plaies qui avaient peine à se cicatriser et vient en créer d’autres, a-t-il fait valoir. Par contre, les Madelinots sont des gens très résilients», a conclu le maire Lapierre.