Gaspésie: des élèves autochtones toujours coupés de leur école au Nouveau-Brunswick

Un différend intergouvernemental empêche une centaine d’élèves d’une communauté autochtone du Québec de fréquenter leur école secondaire au Nouveau-Brunswick depuis plus d’un mois.

Le chef de la communauté mi’kmaq de Listuguj affirme qu’une leçon de discrimination se dégage de cette expérience pour certains jeunes, qui réalisent pour la première fois qu’ils reçoivent un traitement différent.

En entrevue, cette semaine, le chef Darcy Gray a souligné que leurs résultats scolaires et leur sentiment d’appartenance «en ont vraiment pris un coup».

Les élèves de Listuguj ont basculé vers l’enseignement à distance depuis que la communauté a été informée il y a cinq semaines que l’école secondaire Sugarloaf de Campbellton, située à environ 10 minutes de route, au Nouveau-Brunswick, leur était désormais fermée par crainte de propagation de la COVID-19.

Il n’y a aucun calendrier prévu pour leur retour en classe et les élèves assistent aux cours en ligne tout en étant accompagnés en personne par des membres du personnel de l’école, dont certains vivent à Listuguj, indique le chef autochtone.

Darcy Gray rapporte que la situation a été éprouvante pour les jeunes, mais que la communauté tente d’incorporer un peu de normalité et de routine dans leur vie quotidienne.

Le ministre néo-brunswickois de l’Éducation, Dominic Cardy, avance que le différend découle du refus du Québec d’établir un point de contrôle qui permettrait à la communauté de Listuguj et à la ville voisine de Pointe-à-la-Croix, en Gaspésie, d’être comprises dans la bulle atlantique.

Le Nouveau-Brunswick a besoin de l’assurance que la COVID-19 ne gagnera pas Listuguj et Pointe-à-la-Croix par l’entremise de personnes asymptomatiques en provenance d’autres régions du Québec, plaide-t-il.

M. Cardy ajotue que le libellé de l’ordonnance d’état d’urgence du Nouveau-Brunswick permettrait aux élèves de Listuguj de revenir en classe dès maintenant. «Nous sommes prêts à le faire à partir de demain matin si le gouvernement (du Québec) est prêt à remettre en place l’unique point de contrôle qui était déjà là», a-t-il avancé.

Un point de contrôle avait effectivement été instauré, mais il a été retiré au début du mois d’octobre après que des communautés québécoises avoisinantes se soient plaintes d’avoir perdu l’accès à Pointe-à-la-Croix.

Le porte-parole de la municipalité régionale de comté d’Avignon, Mathieu Lapointe, affirme qu’il n’était pas acceptable que les personnes résidant dans les villes voisines ne puissent plus obtenir de services à Pointe-à-la-Croix afin que cette ville soit incluse dans la bulle atlantique.

M. Lapointe s’explique mal pourquoi les élèves de Listuguj ne peuvent plus se rendre à leur école. Il souligne que 120 résidants de Pointe-à-la-Croix travaillent à l’hôpital de Campbellton et sont autorisés à traverser la frontière. Au-delà des travailleurs essentiels, les résidents du côté québécois de la frontière peuvent aussi entrer au Nouveau-Brunswick à raison de deux fois par semaine, sous réserve d’approbation pour des motifs essentiels.

Le chef Darcy Gray note que la situation sanitaire ne s’est pas aggravée depuis le début de l’année scolaire dans sa communauté, où on n’a signalé que deux cas du nouveau coronavirus.

Le gouvernement du Québec dit poursuivre ses discussions avec le Nouveau-Brunswick.

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