Gazoduc controversé en C-B: les opposants reçoivent des appuis ailleurs au pays

VANCOUVER — Les opposants à un gazoduc dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique estiment que des manifestations à travers le pays suscitent une prise de conscience croissante des droits des peuples autochtones qui entraînera des changements à long terme.

Des manifestants ont bloqué le trafic ferroviaire dans l’est de Vancouver lundi après-midi pour soutenir les chefs héréditaires Wet’suwet’en qui s’opposent au gazoduc Coastal GasLink. La manifestation est intervenue plusieurs heures après que près de 60 personnes eurent été arrêtées pour obstruction aux activités de ports très fréquentés à Vancouver et à Delta, ville située à proximité.

Les manifestants se sont regroupés et ont entravé une voie ferrée majeure qui alimente le port. La porte-parole Natalie Knight a indiqué qu’environ 150 personnes étaient présentes lundi après-midi.

«Nous voulons envoyer un signal clair dans au moins deux directions différentes. Nous voulons nous rappeler que nous sommes forts, que nous n’avons pas peur des tribunaux coloniaux et que nous sommes aux côtés des Wet’suwet’en», a-t-elle fait valoir.

Des manifestants se sont réunis dans les marches devant l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique à Victoria, où la circulation a également été bloquée par des activistes sur deux ponts lundi soir.

Des manifestations ont également eu lieu à Ottawa, Montréal et Saint-Jean, Terre-Neuve.

Jen Wickham, porte-parole de l’un des cinq clans qui composent la nation Wet’suwet’en, a affirmé que ses membres dirigés par des chefs héréditaires défendaient leur territoire contre la construction du gazoduc Coastal GasLink.

«Nous sommes les propriétaires légitimes de notre territoire et nous continuerons à affirmer notre souveraineté, a-t-elle déclaré. Ce n’est pas une question de protester. Il s’agit de leur domicile.»

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a commencé à appliquer une injonction de la cour la semaine dernière contre des personnes campant près d’un chantier du gazoduc à Houston.

La GRC a déclaré lundi dans un communiqué qu’elle avait conclu d’importantes opérations pour faire respecter l’injonction, à la suite de l’arrestation de sept autres personnes plus tôt dans la journée.

La GRC a indiqué que les employés de Coastal GasLink avaient retiré une barricade du pont de la rivière Morice, et qu’elle continuera de surveiller la route pour s’assurer qu’elle demeure ouverte.

Des manifestants ont commencé à perturber les activités au port de Vancouver vendredi en solidarité avec les chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en opposés à la construction du gazoduc sur leurs territoires ancestraux dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique.

«Nous perturbons activement l’argent qui entre et sort du port pour envoyer un message clair que le statu quo ne peut pas continuer si les peuples autochtones sont attaqués», a déclaré une porte-parole des manifestants, Natalie Knight, dans un communiqué.

Le soutien aux chefs héréditaires Wet’suwet’en a déclenché un mouvement de protestation d’un bout à l’autre du pays. Le service de Via Rail entre Montréal et Toronto et entre Ottawa et Toronto était encore interrompu dans les deux directions, lundi, en raison de manifestants qui bloquent depuis quelques jours la voie ferrée à Belleville, en Ontario. La circulation des trains de banlieue de la ligne exo 4, entre Candiac et le centre-ville de Montréal, a également été paralysée lundi matin par la présence de manifestants aux abords de la voie ferrée.

Rencontrer des responsables

Une trentaine de personnes ont attendu six heures dans le hall de l’édifice du ministère fédéral de la Justice à Ottawa lundi jusqu’à ce qu’un trio de fonctionnaires du ministère vienne pour entendre leurs préoccupations. Les responsables ont déclaré que le ministre de la Justice David Lametti était en déplacement et n’était pas disponible, mais les manifestants ont déclaré qu’ils ne partiraient pas avant d’avoir parlé à une personne en position d’autorité.

Mme Wickham a estimé que les Canadiens non autochtones comprenaient de plus en plus les enjeux entourant les droits des Premières Nations.

«Je pense que les gens commencent à prendre conscience du fait que nous avons droit à notre territoire, a-t-elle déclaré. Ils sont bouleversés et ils descendent dans la rue. Ils occupent des bureaux, ils arrêtent la circulation et ils arrêtent les trains. Ils disent haut et fort: « Ce n’est pas bien ».»

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, affirme que le gazoduc, qui fait partie du vaste projet de terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié de 40 milliards $ de GNL Canada, est d’une importance économique et sociale vitale pour le nord de la province. Il a souligné que le projet avait déjà été approuvé par 20 conseils élus des Premières Nations le long du tracé du gazoduc, en rappelant que les tribunaux avaient statué que le pipeline pouvait aller de l’avant.

Les 20 conseils de bande élus le long du tracé du gazoduc, y compris le conseil de Wet’suwet’en, ont signé des accords avec Coastal GasLink pour tirer des bénéfices du projet. Cependant, les chefs héréditaires Wet’suwet’en affirment que le conseil établi par la Loi sur les Indiens n’a d’autorité que sur les terres des réserves.

Les chefs héréditaires revendiquent les droits sur une vaste zone de 22 000 kilomètres carrés parce qu’ils n’ont jamais signé de traité de cession de leurs territoires traditionnels.

Mme Knight a soutenu que la situation lui rappelait des moments charnières de l’histoire, comme la crise d’Oka en 1990, une impasse de 78 jours ayant impliqué un groupe de Mohawks qui avait amené le gouvernement fédéral à examiner de plus près ses relations avec les peuples autochtones.

Dans les années qui ont suivi, les pensionnats ont été fermés et la Commission de vérité et réconciliation a été lancée, a souligné Mme Knight.

«Les effets d’entraînement de ce type d’actions pour la souveraineté autochtone sont beaucoup plus importants que ce que nous pouvons prédire ou voir en ce moment.»

La GRC a indiqué dimanche que 14 personnes arrêtées avaient été transportées ou devaient être transportées pour comparaître, lundi, devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique. Six autres personnes ont été libérées sans inculpation et une a été libérée sous certaines conditions avec une future date d’audience.

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