GCM: Desjardins se retire, le Fonds FTQ remet en question sa participation

MONTRÉAL — Même s’il a l’appui du gouvernement Legault, le projet des employés et cadres de Groupe Capitales Médias (GCM) visant à reprendre le groupe de presse et ses six quotidiens voit son montage financier se fragiliser.

Après une analyse du dossier, le Mouvement Desjardins a choisi de ne pas sauter dans l’aventure, une décision qui a d’importantes répercussions, puisqu’elle incite le Fonds de solidarité FTQ à remettre en question sa participation.

«Nous croyons davantage à une approche globale plutôt qu’à une approche par projet, a expliqué mardi une porte-parole du groupe financier coopératif, Chantal Corbeil. Ce qu’on a dit au gouvernement, c’est que nous serions prêts à participer à la création d’un fonds visant à aider la presse écrite.»

Desjardins, le Fonds solidarité et Fondaction CSN étaient pressentis comma bailleurs de fonds du projet ayant été favorisé par Québec par rapport à celui de Métro Média — seule autre entreprise à avoir déposé une offre.

Mais la décision de la coopérative financière de demeurer à l’écart a changé la donne pour le Fonds de solidarité FTQ, qui évaluait une implication à hauteur de 3 millions $. Pour l’investisseur institutionnel, cela fait en sorte que certaines conditions de son offre, comme la présence de partenaires aux reins solides, ne sont pas respectées.

«Nous avons été avisés qu’un partenaire s’était retiré et cela remet en question la participation du Fonds», a expliqué le porte-parole du Fonds de solidarité FTQ, Patrick McQuilken.

Dans un communiqué diffusé en soirée, Desjardins dit avoir «avisé le promoteur le 8 novembre de sa décision d’affaires. Desjardins a également avisé au même moment le gouvernement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ de sa décision.»

«Il est donc inexact d’affirmer que Desjardins s’est retiré d’un projet dans lequel il ne s’est jamais engagé et que cette décision a été prise dans les dernières heures», ajoute la coopérative.

À l’abri de ses créanciers depuis le mois d’août, GCM compte quelque 350 employés permanents et publie les quotidiens régionaux «Le Soleil», «La Tribune», «La Voix de l’Est», «Le Droit», «Le Nouvelliste» et «Le Quotidien».

Mercredi, PricewaterhouseCoopers, le syndic au dossier, fera sa recommandation à la Cour supérieure du Québec dans le cadre d’une audience prévue au palais de justice de Québec.

Initialement, on souhaitait que la transaction soit conclue le 27 novembre, mais un délai pourrait être demandé, puisque GCM dispose de liquidités suffisantes pour être en mesure de poursuivre ses activités jusqu’à la troisième semaine de décembre.

«Il faut comprendre que l’offre qui serait déposée (mercredi) est sujette à des conditions de financement, a expliqué le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, en mêlée de presse à l’Assemblée nationale. Il est possible qu’il n’y ait pas de transaction de clôture.»

Sommes perdues

Jusqu’à présent, Investissement Québec (IQ) a déjà accordé des prêts totalisant environ 15 millions $ à GCM. M. Fitzgibbon a déjà signalé que l’État québécois n’allait pas récupérer sa mise et n’a pas fermé la porte à une nouvelle contribution d’IQ.

Selon le ministre de l’Économie, il faudra injecter entre 10 millions $ et 15 millions $ dans le fonds de roulement du groupe de presse. L’aide annoncée par Québec à la presse écrite, combinée à ce qui a été promis par le gouvernement Trudeau, fait en sorte qu’«entre 50 pour cent et 55 pour cent des pertes» seront couvertes.

La nouvelle mouture de GCM prévoit toutefois l’abandon des régimes de retraites à prestations déterminées, ce qui signifie que les retraités de l’entreprise pourraient voir leur rente amputée de façon significative.

Le groupe de presse est confronté à un lourd déficit actuariel du régime de retraite des employés, qui atteignait pas moins de 65 millions $, d’après la plus récente évaluation, qui remonte à la fin de la dernière année.

«Heureusement, les rendements boursiers sont meilleurs qu’anticipés, a indiqué M. Fitzgibbon. Le fameux 30 pour cent (de réduction des rentes) est plus rendu à entre 25 pour cent et 27 pour cent. Des discussions sont en cours avec Retraite Québec.»

Au cours d’un entretien téléphonique, le porte-parole du comité des employés et cadres de GCM, Louis Tremblay, également président du syndicat des employés chez «Le Quotidien», a accueilli favorablement l’appui du gouvernement Legault.

Interrogé à propos du montage financier, ce dernier a toutefois joué de prudence, indiquant ne pas être impliqué dans cet aspect.

«Depuis le début (du projet), le montage financier représente un défi, a dit M. Tremblay. Desjardins a fait ses propres choix. Notre objectif demeure de présenter quelque chose qui sera viable pendant au moins cinq ans.»

Au terme des sept premiers mois de l’exercice en cours, les pertes de l’entreprise sont estimées à environ 6 millions $. GCM traîne des créances approximatives de 26 millions $.

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