Génocide: près du tiers des Canadiens croit qu’on ne devrait pas intervenir

OTTAWA — Un sondage qui devait mesurer le degré de connaissance des Canadiens sur l’Holocauste révèle que près d’un Canadien sur trois pense qu’on ne devrait pas intervenir militairement pour stopper un génocide quelque part dans le monde.

Le sondage, commandé par l’Association d’études canadiennes, a révélé que 29 % des répondants étaient en désaccord avec l’idée que le Canada devrait déployer des soldats là où un génocide se produit. Par ailleurs, 11 % des répondants ont préféré s’abstenir, ce qui fait dire au président de l’association que davantage de Canadiens pourraient bien être en désaccord avec une intervention mais qu’ils ne veulent tout simplement pas l’admettre.

Le sondage en ligne a été mené par la firme Léger auprès de 2295 Canadiens pendant la semaine du 11 novembre 2019. Les experts en recherche et en méthodologie estiment qu’il est impossible d’attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne, puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste.

Les résultats du sondage sont publiés alors que l’on s’apprête à souligner le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz-Birkenau, un camp d’extermination nazi de la Seconde Guerre mondiale. La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, assistera en Pologne à la commémoration le 27 janvier, jour où les troupes soviétiques avaient libéré le camp en 1945.

Selon le site du Musée d’État Auschwitz-Birkenau, quelque 120 survivants, dont certains du Canada, devraient faire le déplacement pour les événements commémoratifs. Il y a 15 ans, les Nations unies avaient adopté la date du 27 janvier comme Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste.

Si l’on se fie au sondage, les Canadiens comprennent bien en général la notion de génocide. L’opposition à l’intervention militaire découle donc moins de l’ignorance que du principe voulant que «ce ne soit pas notre affaire», a estimé Jack Jedwab, président de l’Association d’études canadiennes.

Il est par ailleurs difficile de nos jours, avec les technologies de l’information, de faire semblant qu’on n’est pas au courant de tels génocides ailleurs dans le monde, soutient-il. «Tout cela est très regrettable, car les leçons de ce qui s’est passé il y a 75 ans (…) c’est que si ces personnes ont pu être victimes du crime le plus horrible du 20e siècle, c’est justement parce que beaucoup de gens savaient mais n’ont rien fait.»

Six millions de Juifs

Le camp d’Auschwitz-Birkenau était le plus important des centres d’extermination établis par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Environ 1,1 million de personnes, la grande majorité des Juifs, ont été exterminées au sinistre camp d’Auschwitz-Birkenau. Environ six millions de Juifs ont par ailleurs été tués pendant toute la Seconde Guerre, un chiffre que les répondants au sondage ont réussi à bien identifier dans une proportion de 43 %.

Quelques jours avant les commémorations de la semaine prochaine, la Cour internationale de justice rendra jeudi une décision importante sur la campagne menée au Myanmar contre la minorité musulmane rohingya.

En prévision de cette décision, un rapport publié lundi par une commission gouvernementale du Myanmar a conclu qu’il n’y avait aucune preuve de génocide dans ce pays. Mais la commission a des raisons de croire que les forces de sécurité ont commis des crimes de guerre dans des opérations de contre-insurrection, qui ont fait fuir plus de 700 000 musulmans vers le Bangladesh voisin.

En septembre 2018, à Ottawa, la Chambre des communes avait adopté à l’unanimité une motion qualifiant de génocide les crimes commis contre les Rohingyas.

Les résultats du sondage suggèrent que ceux qui ne se disaient pas d’accord avec une intervention militaire pour stopper un génocide étaient plus susceptibles d’être opposés à l’immigration et méfiants à l’égard des Juifs. M. Jedwab croit aussi que cette insouciance peut provenir d’une croyance selon laquelle les événements qui surviennent ailleurs dans le monde sont des conflits entre différents groupes ethniques avec lesquels nous ne nous sentons pas liés. «Il y a un certain nombre de gens qui croient que ce n’est pas notre affaire.»

Les plus jeunes répondants au sondage, les 18 à 24 ans, étaient les moins susceptibles d’être en désaccord avec l’envoi de troupes pour stopper un génocide; ils étaient aussi les plus nombreux à s’abstenir de répondre à la question. Les 45-54 ans étaient les plus susceptibles d’être en désaccord avec l’envoi de troupes.

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