George Floyd: un jury diversifié décidera du sort de l’ex-policier blanc

MINNEAPOLIS — Le jury qui décidera du sort d’un ex-policier blanc de Minneapolis accusé dans la mort de l’Afro-Américain George Floyd est particulièrement diversifié par rapport aux standards locaux, et insuffle de l’espoir aux militants sur une possible condamnation.

Le groupe de 15 personnes comprend neuf individus blancs et six noirs ou multiraciaux, selon le tribunal. Si le tribunal suit la pratique courante et que les suppléants sont les trois derniers choisis, les 12 qui délibèrent seraient répartis également entre les Blancs et les personnes de couleur. 

Les déclarations d’ouverture ont lieu lundi.

Trahern Crews, organisateur et porte-parole de Black Lives Matter, estime qu’il s’agit d’un «petit pas dans la bonne direction».

Les Afro-Américains apportent «une mémoire institutionnelle de la police» aux salles de jurés que les Blancs et même d’autres personnes de couleur ne partagent pas, a-t-il indiqué.

Il est très rare de faire siéger un jury aussi mixte dans le Minnesota, a souligné Mary Moriarty, ancienne défenseure publique en chef du comté de Hennepin, qui comprend Minneapolis. C’est important parce qu’ils apporteront une «lentille très différente» à leurs délibérations, a-t-elle dit, même si elle croit que c’est une erreur de penser que les gens de couleur voient tous les choses de la même manière.

Une sous-représentation chronique

Les archives judiciaires obtenues par Mme Moriarty démontrent que les personnes noires sont chroniquement sous-représentées dans les jurys du comté de Hennepin, qui est composé à 74 % de Blancs et à 14 % de Noirs. Le bassin de jurés en 2019 — créé à partir de listes de personnes titulaires d’un permis de conduire ou de cartes d’identité d’État, ainsi que de listes d’inscription des électeurs — était composé de 79 % de personnes blanches et de 8 % de personnes noires.

Les personnes qui ne figurent pas sur ces listes ne sont pas convoquées.

Les universitaires, les tribunaux et les groupes juridiques ont de plus en plus plaidé pour une plus grande diversité des jurés — non seulement pour l’ethnie, mais aussi pour le sexe et l’origine socio-économique. Les experts disent que lorsque les jurés partagent les mêmes antécédents, ils sont moins susceptibles de remettre en question leurs propres préjugés et idées préconçues avant les délibérations. Et ils affirment que les jurés d’horizons différents peuvent évaluer les témoins différemment, notamment en ce qui a trait au poids à accorder à leur témoignage.

Derek Chauvin est accusé de meurtre et d’homicide involontaire relativement à la mort de George Floyd le 25 mai. L’homme noir a été déclaré mort après que Derek Chauvin, qui est Blanc, a pressé son genou contre son cou pendant environ neuf minutes. George Floyd était alors menotté et disait qu’il ne pouvait pas respirer. 

Une vidéo de l’incident, largement partagée, a déclenché des manifestations dans les rues de Minneapolis, certaines violentes, qui se sont propagées ailleurs aux États-Unis et dans le monde.

Plus de diversité, plus de condamnations?

Il est rare que des policiers soient jugés pour des fusillades mortelles. Quand ils le sont, l’histoire récente suggère qu’un jury plus diversifié augmente les chances de condamnation, bien que le bilan soit mitigé.

Au Minnesota, le policier Jeronimo Yanez, un Latino, a été acquitté de l’homicide involontaire au deuxième degré de Philando Castile, un homme noir, en 2017. Le jury était formé de dix Blancs et deux Noirs.

Le jury qui a condamné le policier noir de Minneapolis Mohamed Noor, un Américain d’origine somalienne, en 2019 pour meurtre au troisième degré et homicide involontaire au deuxième degré dans la mort par balle de Justine Ruszczyk Damond, une Australienne blanche, comprenait six personnes de couleur, dont deux hommes philippins, un Éthiopien et une Pakistanaise.

Ailleurs, le jury du Texas qui a condamné la policière blanche de Dallas Amber Guyger en 2019 pour la mort par balle de Botham Jean, un homme noir, était en grande partie composé de femmes et de personnes de couleur. Les observateurs ont cité la composition du jury comme un facteur clé de sa condamnation.

Deux personnes noires faisaient partie des 12 jurés et deux suppléants choisis dans un jury du Texas en 2019 qui a condamné le policier blanc Roy D.Oliver II pour avoir tiré sur une voiture remplie d’adolescents dans la banlieue de Dallas, tuant Jordan Edwards, un adolescent noir de 15 ans. 

Lors de l’interrogatoire pour le jury au procès de Derek Chauvin, certaines personnes dans le lot ont directement exprimé comment la couleur de leur peau affectait leur vision de l’affaire.

Un homme noir dans la trentaine qui a immigré aux États-Unis il y a plus de 14 ans a déclaré avoir parlé de l’affaire avec sa femme. «Nous avons parlé de la façon dont cela aurait pu être moi ou quelqu’un d’autre», a-t-il déclaré.

Un autre homme noir dans la trentaine, interrogé sur sa réponse à un questionnaire du jury sur l’étendue de la discrimination aux États-Unis, a dit que cela va «bien au-delà de ce que les médias peuvent même rapporter». 

Les deux font partie du jury.

– Par Steve Karnowski et Amy Forliti, The Associated Press

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