Géorgie : les républicains évoquent des modifications au vote par correspondance

Donald Trump, qui depuis des mois sème des doutes non fondés sur l’intégrité des votes par correspondance, a également lancé des allégations sans fondement de fraude généralisée en Géorgie.

ATLANTA — Après avoir résisté aux critiques pour avoir certifié la défaite électorale serrée du président Donald Trump face au démocrate Joe Biden, les responsables républicains de la Géorgie proposent des exigences supplémentaires pour le processus de vote par correspondance de l’État, malgré l’absence de preuves de fraude ou d’irrégularités systémiques.

Les républicains se concentrent sur un plan visant à exiger une pièce d’identité avec photo pour les bulletins de vote par correspondance. Les militants pour le droit de vote et les démocrates soutiennent que le changement n’est pas nécessaire et qu’il priverait les électeurs de leur droit de vote.

Joe Biden a défait le président Donald Trump par un peu plus de 12 500 voix en Géorgie, le démocrate ayant reçu près de deux fois plus de votes par correspondance que le président républicain, selon le bureau du secrétaire d’État. Un recomptage demandé par M. Trump était en train de se terminer et ne devrait pas changer le résultat global.

Le président Trump, qui depuis des mois sème des doutes non fondés sur l’intégrité des votes par correspondance, a également lancé des allégations sans fondement de fraude généralisée en Géorgie.

Le secrétaire d’État Brad Raffensperger et son personnel ont rejeté avec véhémence ces allégations, déclarant sans équivoque qu’il n’y avait aucune preuve d’erreurs systémiques ou de fraude lors des élections du mois dernier. Pourtant, M. Raffensperger et le gouverneur Brian Kemp, deux républicains qui ont été publiquement critiqués par M. Trump, se sont joints à la pression pour exiger une pièce d’identité avec photo pour le vote par correspondance.

« Les électeurs qui votent en personne doivent montrer une pièce d’identité avec photo, et nous devrions envisager d’appliquer cette même norme au vote par correspondance », a souligné M. Kemp dans des remarques diffusées en ligne.

M. Raffensperger a également suggéré d’autoriser les représentants de l’État à intervenir dans les comtés qui ont des problèmes systémiques d’administration des élections et d’élargir les façons dont des contestations peuvent être déposées concernant des votes émis par des résidants qui ne vivent pas là où ils le disent.

L’idée de réclamer une pièce d’identité avec photo a le soutien de plusieurs membres du Congrès de l’État, dont le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mike Dugan. « Je ne pense pas qu’il devrait y avoir des normes différentes pour le même processus », a déclaré M. Dugan en entrevue.

Le président républicain de la Chambre, David Ralston, s’est montré sceptique quant au vote par correspondance. Il a dit en avril à un média local que l’augmentation du vote par correspondance « serait dévastatrice pour les républicains et les conservateurs en Géorgie ». Selon les analystes politiques, généralement plus de démocrates que de républicains utilisent les bulletins de vote par correspondance.

M. Ralston a déclaré plus tard qu’il ne parlait pas de la perte d’un avantage de son parti, mais du potentiel de fraude. « Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que les votes ne soient pas volés, émis de manière frauduleuse ou minés par des erreurs administratives », a-t-il soutenu dans un communiqué cette semaine.

« Sécuriser toutes les avenues »

La secrétaire d’État adjointe Jordan Fuchs a affirmé dans une entrevue accordée à l’Associated Press que quiconque connaît actuellement le nom, l’adresse et la date de naissance d’une personne peut demander un vote par correspondance au nom de cette personne.

Elle a indiqué que si les correspondances de signatures offrent une certaine sécurité pour les bulletins de vote par correspondance, le processus devrait être renforcé.

Une façon de le faire pourrait être d’exiger le numéro de permis de conduire d’une personne ou une photocopie d’une pièce d’identité distincte, a-t-elle souligné.

« Nous devons sécuriser toutes les avenues pour le vote par correspondance afin de ne plus jamais voir un candidat se présenter dans cet État en disant que l’élection a été volée à cause des votes par correspondance », a-t-elle expliqué.

Des inquiétudes soulevées

Alors que les républicains semblent prêts à aller de l’avant avec l’exigence d’une pièce d’identité avec photo lors de la prochaine session législative, les démocrates et les organisations de défense des droits civiques sonnent l’alarme.

En l’absence de preuve de fraude généralisée ou d’autres problèmes lors des élections, il est insensé de parler de mesures qui pourraient finalement s’avérer des obstacles au vote, a plaidé Andrea Young, directrice générale de l’Union américaine pour les libertés civiles en Géorgie.

« Quel est le problème que vous essayez de résoudre ? », a-t-elle demandé.

« La règle devrait être premièrement: « Ne pas nuire » en matière de démocratie. Et chaque fois qu’il y a plus de restrictions imposées à un processus, vous prenez le risque de priver les citoyens géorgiens de leur droit de vote. »

La sénatrice d’État Jen Jordan, une démocrate d’Atlanta, a fait écho aux préoccupations de Mme Young, affirmant que les républicains proposaient des solutions à la recherche d’un problème.

« Ce que cela me dit, c’est qu’ils ne veulent tout simplement pas que les gens votent, a-t-elle déploré. Et ils ne veulent pas que les démocrates votent, ou que les gens qui ne soutiennent pas leurs candidats choisis votent, et ils vont essayer de rendre les choses aussi difficiles que possible. »