Gilbert Rozon quitte ses fonctions à la suite «d’allégations (le) concernant»

MONTRÉAL — Le président du Groupe Juste pour rire, Gilbert Rozon, a annoncé mercredi soir qu’il se retirait de ses fonctions dans la foulée «d’allégations (le) concernant».

Dans une déclaration officielle diffusée sur sa page Facebook, Gilbert Rozon a affirmé quitter «dès maintenant» ses fonctions de président du Groupe Juste pour rire, de commissaire aux célébrations du 375e de Montréal et son poste de vice-président de la Chambre de Commerce du Montréal métropolitain.

Le producteur s’est dit «ébranlé par les allégations» le concernant.

«Je me retire par respect pour les employés et les familles qui travaillent pour ces organisations ainsi que tous nos partenaires», a indiqué M. Rozon.

Un attaché de presse du Groupe Juste pour rire, Jean-David Pelletier, a confirmé l’authenticité de la publication Facebook de M. Rozon. Il a aussi indiqué que Juste pour rire ne ferait pas de commentaire pour l’instant.

Par voie de communiqué, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain a confirmé en soirée que Gilbert Rozon «avait remis sa démission à titre d’administrateur du conseil d’administration» et que cette dernière prenait effet immédiatement.

La Chambre et ses administrateurs ont ajouté qu’ils n’émettraient aucun autre commentaire à ce sujet pour le moment.

Même son de cloche du côté de la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, qui a dit «accuser réception de la démission de M. Rozon».

Cette annonce est survenue quelques heures seulement après que l’humoriste Guillaume Wagner eut commenté sur sa page Facebook les allégations d’inconduites sexuelles rapportées mercredi par «La Presse» envers l’animateur et producteur Éric Salvail.

Guillaume Wagner ajoutait à la fin de sa publication: «Maintenant parlons du prochain. Gilbert Rozon», affirmant qu’il avait «entendu des histoires», dont certaines «récentes».  

M. Wagner concluait en disant qu’il ne travaillerait «plus pour Juste pour rire tant et aussi longtemps qu’un agresseur en serait le patron».

Plus tard en soirée, le quotidien «Le Devoir» et le 98,5 FM rapportaient avoir parlé à neuf femmes qui se disaient victimes de harcèlement ou d’agressions sexuelles de la part de Gilbert Rozon.

Les allégations rapportées par les présumées victimes se seraient déroulées dans différentes circonstances et à différentes époques — les plus récentes remonteraient à 2016.

Certaines des femmes citées par les deux médias allèguent qu’elles étaient adolescentes au moment des faits et la majorité d’entre elles œuvrent de près ou de loin dans le milieu artistique.

Parmi les neuf témoignages recueillis, on compte celui de Marlène Bolduc, qui a dévoilé sur son compte Twitter avoir «été harcelée sexuellement par Gilbert Rozon sur (son) lieu de travail».

«Je travaillais pour un organisme en tant qu’animatrice-cycliste. Cet été-là, notre équipe a été embauchée par le Festival Juste pour rire», raconte-t-elle dans sa publication.

Elle allègue qu’un soir où elle doit transporter sur son vélo le président du Groupe Juste pour rire et deux de ses employés, Gilbert Rozon lui aurait fouetté le dos avec son foulard, disant qu’elle a un «beau dos cambré».

Gilbert Rozon n’a pas offert davantage d’explications.

«À toutes celles et ceux que j’ai pu offenser au cours de ma vie, j’en suis sincèrement désolé», écrit-il en conclusion de son message.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a refusé d’indiquer si une enquête avait été ouverte concernant M. Rozon, mais le 98,5 FM affirme qu’une enquête policière est en cours pour des événements qui se seraient produits en 1994.

Dans un message publié mercredi soir sur Twitter, le maire de Montréal, Denis Coderre, a pour sa part déclaré avoir accueilli la nouvelle des allégations contre Gilbert Rozon avec «consternation et déception».

«Je soutiens totalement toutes ces femmes et ces hommes qui décident de s’exprimer concernant les agressions qu’elles ou qu’ils ont subies», a affirmé M. Coderre, ajoutant avoir une politique de «tolérance zéro» pour ce type de comportement «qu’on connaisse les personnes concernées ou pas».

En novembre 1998, Gilbert Rozon avait plaidé coupable à des accusations d’agression sexuelle relativement à un incident survenu en février 1998 lors d’une réception pour le 15e anniversaire du Festival Juste pour rire au Manoir Rouville-Campbell.

Durant la fête, l’homme d’affaires avait tenté de caresser une croupière âgée de 19 ans après l’avoir invitée dans sa chambre. La jeune femme avait toutefois réussi à s’enfuir et à aviser le personnel de l’établissement de ce qui venait de se produire.

Condamné à verser une amende, M. Rozon avait obtenu trois mois plus tard une absolution inconditionnelle de la part de la Cour supérieure du Québec.