Glyphosate: un groupe veut inciter les consommateurs à dire non à cet herbicide

MONTRÉAL — Inquiet des pesticides toujours utilisés en agriculture, comme le glyphosate, le groupe Vigilance OGM veut sensibiliser les consommateurs québécois aux risques associés à ces produits — et à leur dire non.

Dénonçant le manque de recherches scientifiques sur l’impact du glyphosate chez les êtres humains, il souhaite aussi que les gouvernements du Québec et du Canada prennent cette responsabilité sur leurs épaules.

Le glyphosate est l’ingrédient actif d’un herbicide commercialisé notamment sous la marque Roundup.

Thibault Rehn, coordinateur de Vigilance OGM, a dit que l’organisme s’est concentré sur le glyphosate, car il est le «symbole de l’agrochimie», et aussi parce selon lui, 40 % des pesticides vendus au Québec sont à base de glyphosate.

Pour donner de la visibilité à sa campagne, Vigilance OGM a fait tester l’urine de 40 personnes, dont des personnalités connues, comme la comédienne Ève Landry. Les résultats ont été dévoilés lors d’une conférence de presse tenue en mode virtuel mercredi.

Si des traces de glyphosate, un herbicide, étaient présentes dans les deux tiers des personnes qui se sont prêtées au jeu, les responsables de Vigilance OGM ne prétendent pas qu’il s’agit d’une étude scientifique, notamment en raison de la petite taille de l’échantillon. Et puis, ils ne peuvent dire si les taux relevés sont néfastes pour la santé des humains.

Sauf qu’il s’agit d’un marqueur d’une exposition au produit dans les jours précédents, a insisté le Dr Éric Notebaert, médecin urgentologue et vice-président de l’Association québécoise des médecins de l’environnement. Il relève que parmi le groupe, les deux résultats les plus élevés ont été notés chez deux agriculteurs.

«On doit s’inquiéter d’être exposés à ces produits-là», a-t-il fait valoir en conférence de presse mercredi, décrivant les recherches qui ont associé le glyphosate à divers problèmes de santé, dont le lymphome non hodgkinien, un type de cancer, et la maladie de Parkinson.

Il précise qu’il s’agit d’une association entre le glyphosate et les ennuis de santé et non d’une relation de cause à effet: le modèle scientifique utilisé ne permet pas de tirer de telles conclusions fermes, a-t-il expliqué.

Mais «le principe de précaution doit prévaloir», insiste le docteur.

Surtout qu’il existe des modèles d’agriculture alternatifs qui sont financièrement viables, a-t-il ajouté.

Selon Serge Giard, un agriculteur depuis converti à l’agriculture biologique, ceux qui travaillent sur les fermes sont les premières victimes de ces pesticides.

Il juge que les gouvernements devraient faire plus de recherche et trouver des alternatives, pour la santé de toute la population: pour ceux qui travaillent sur les fermes et pour ceux qui mangent les produits alimentaires qui en sont issus.

«Les gouvernements québécois et canadien devraient cesser de se laisser séduire par les lobbyistes des agrochimies», a-t-il tranché.

Interrogé à ce sujet mercredi, le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a déclaré que les pesticides et la qualité des aliments sont des enjeux qui préoccupent les Québécois, tout comme le gouvernement.

Il a indiqué que la pandémie a retardé le dépôt du plan d’agriculture durable du gouvernement, qui prévoit entre autres une diminution de l’utilisation des pesticides. Il sera déposé cet automne, a-t-il ajouté.

Le glyphosate, premier pesticide au monde, a été déclaré «cancérogène probable» par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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