Les travailleurs de l’usine CAMI de GM sont en grève dans un contexte incertain

INGERSOLL, Ont. — Le constructeur automobile GM Canada est touché par la première grève de son usine de montage CAMI en plus de 20 ans, alors que la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) pèse de plus en plus sur les travailleurs d’Ingersoll, en Ontario, qui renégocient leur convention collective.

Les 2500 membres de la section locale 88 du syndicat Unifor ont quitté le travail dimanche soir, à 22h59, après que leurs négociateurs et ceux de l’entreprise eurent été incapables de s’entendre sur le contenu d’une nouvelle convention de travail.

Le président de la section locale, Dan Borthwick, a expliqué que le syndicat réclamait que l’usine soit le producteur principal du Chevrolet Equinox pour s’assurer que les emplois ne soient pas déplacés au Mexique.

En entrevue depuis la ligne de piquetage, il a ajouté que cet enjeu devenait de plus en plus pressant puisque plus tôt cette année, GM a transféré la production du GMC Terrain au Mexique. Cette décision a entraîné l’abolition de 600 postes en juillet à l’usine d’Ingersoll.

«Nous avons besoin de sécurité d’emploi et d’engagement», a-t-il martelé.

«GM doit contourner sa cupidité. (Les dirigeants) doivent commencer à partager les 12 milliards $ qu’ils font chaque année», a-t-il soutenu.

Par communiqué, l’entreprise a dit être déçue que les deux parties n’aient pu s’entendre. Elle a toutefois rappelé qu’elles étaient récemment parvenues à réaliser des progrès à la table de négociations.

Le constructeur automobile indique qu’il s’est engagé à débourser 800 millions $ en 2015 pour préparer l’usine CAMI à fabriquer le dernier modèle Equinox. Mais alors qu’une partie de la production se fait maintenant au Mexique, M. Borthwick n’a pas été rassuré par cet investissement.

«Les 800 millions $ ont été dépensés quand le Terrain était ici, alors il n’y a aucune garantie», a-t-il fait remarquer.

Contexte incertain

Le transfert des emplois vers le Mexique est l’un des enjeux clés de la renégociation de l’ALÉNA qui se déroule en ce moment, et cela crée de plus grandes complications dans les pourparlers des travailleurs, selon Brendan Sweeney, chargé de projet au Centre de recherche sur les politiques de l’automobile à l’Université McMaster.

«Il y a tellement d’incertitude. Comment peuvent-ils s’engager aujourd’hui quand, manifestement, l’ALÉNA sera renégocié? Je ne sais pas comment ils peuvent faire cela; ils sont un peu paralysés», a-t-il souligné.

M. Sweeney a rappelé que GM et les autres constructeurs automobiles étaient arrivés à une entente sur les contrats de travail l’année dernière, alors qu’Unifor avait réussi à obtenir d’importants investissements dans les activités de l’entreprise au Canada, dont celles à Oshawa.

Mais les travailleurs de l’usine CAMI ont un contrat de travail distinct des autres employés de GM et la reprise des négociations arrive à un moment délicat pour eux puisque les constructeurs automobiles ne savent pas encore combien de voitures ils pourront exporter aux États-Unis à partir du Canada et du Mexique — et si elles feront l’objet de tarifs douaniers.

«Tout mouvement d’un côté ou de l’autre sur cet enjeu aura un impact sur ce que les entreprises font. Mais les entreprises ne feront rien jusqu’à ce qu’elles sachent. Alors c’est vraiment un mauvais moment pour négocier», a poursuivi M. Sweeney.

Dan Borthwick dit être optimiste à l’idée que les deux parties puissent arriver à une entente malgré le contexte, mais le syndicat s’attend à ce que les patrons fassent des concessions.

«Nous tiendrons bon jusqu’à ce que nous atteignions notre objectif», a-t-il conclu.