GNL Québec: le ralliement du PLQ aux opposants isole la CAQ

QUÉBEC — Le ralliement du Parti libéral (PLQ) jeudi aux opposants au projet de terminal gazier GNL Québec à Saguenay «renforce l’isolement du gouvernement» caquiste sur cet enjeu. 

La Coalition avenir Québec (CAQ) est maintenant le seul parti à l’Assemblée nationale qui appuie ce chantier très controversé, tandis qu’ensemble, les trois partis d’opposition «ont une très grande légitimité», a plaidé le porte-parole du Parti québécois (PQ) en environnement, Sylvain Gaudreault.  

Le contexte a changé

En campagne électorale en 2018, le chef libéral et premier ministre sortant Philippe Couillard avait vanté les mérites de ce vaste chantier gazier estimé à 10 milliards $ sur les bords de la rivière Saguenay. 

Jeudi matin toutefois, la cheffe libérale Dominique Anglade a dit que le contexte avait changé et que ce projet ne permet pas d’accélérer le virage vert et la transition énergétique au Québec. 

«Les conditions ne sont pas réunies pour la réussite de ce projet, a-t-elle justifié en conférence de presse à l’Assemblée nationale. Le progrès économique ne doit pas seulement se confiner aux dimensions comptables et financières.» 

Elle dit comprendre l’appétit pour ce chantier au Saguenay, mais souligne qu’il n’a «pas reçu l’assentiment de la population», en rappelant que 91 % des 2500 mémoires déposés au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) étaient contre.  

En outre, elle condamne le recours massif à une énergie propre, l’hydroélectricité, pour une énergie fossile non renouvelable, du gaz naturel liquéfié.  

Légitimité

Adversaire de la première heure de GNL Québec, le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a salué le revirement du PLQ. 

Il a rappelé que les caquistes étaient peut-être majoritaires en Chambre, mais ils n’avaient pas obtenu la majorité des voix aux élections: la CAQ a raflé 37 % des suffrages, mais les trois autres partis ont recueilli ensemble 58 %.

«On a une légitimité très grande sur ce genre de question, a plaidé M. Gaudreault, en entrevue avec La Presse Canadienne. Ça devient de plus en plus difficile pour le gouvernement et ça envoie le signal qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale.» 

Parti dogmatique

Le gouvernement caquiste et le premier ministre François Legault ont toujours signifié leur appui au projet.

À la période de questions, Mme Anglade a demandé au premier ministre de reconnaître que le projet n’aura pas lieu et qu’il a lu le rapport du BAPE prévu pour être déposé au plus tard le 25 mars.    

«C’est important de créer des emplois payants au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a répondu M. Legault en Chambre. (…) Le Parti libéral a déjà été le parti de l’économie. On a un parti qui est rendu dogmatique et qui prend position avant même l’analyse du BAPE.»

Il a reconnu que les promoteurs du projet avaient du mal à boucler le financement.

«Les écologistes se réjouissent

Dans un communiqué conjoint, les organismes écologistes Greenpeace, Nature Québec, Équiterre et Coalition Fjord ont demandé jeudi au gouvernement caquiste de larguer une fois pour toutes le projet.

«L’entêtement du gouvernement Legault (…) est de plus en plus indéfendable», a plaidé la porte-parole de Nature Québec, Alice Simard, en évoquant le «recours à la fracturation hydraulique, son utilisation faramineuse d’hydroélectricité, l’abandon de ses investisseurs, son impact négatif sur le béluga ou son bilan carbone désastreux». 

Le projet GNL Québec et son pendant Gazoduq consistent en la construction d’un gazoduc de 750 km transportant du gaz naturel de l’Ouest, à partir de l’Ontario, jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay, pour acheminer ensuite le gaz naturel liquéfié (GNL) à l’étranger par bateau.

Sur le cycle complet du projet, de l’extraction du gaz à sa liquéfaction au Saguenay, le projet émettrait près de 7,8 millions de tonnes de CO2 par an, donc il annulerait en un an tous les efforts de réduction des gaz à effet de serre (GES) du Québec depuis 1990.

La quasi-totalité des mémoires déposés lors des consultations du BAPE étaient contre le projet, alors que le gouvernement fixe l’acceptabilité sociale comme une des conditions de sa réalisation.

Le BAPE signale que pendant la période de construction, qui s’échelonnerait sur quatre ans, le projet Énergie Saguenay devrait générer 6000 emplois directs et indirects, de même que 1350 emplois directs et indirects en période d’exploitation.

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