GNL Québec: plus de risques que d’avantages, conclut le rapport du BAPE

QUÉBEC — La somme des risques du projet controversé de complexe de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec à Saguenay dépasse largement ses avantages, conclut un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) rendu public mercredi.

Le rapport démonte plusieurs des arguments du promoteur. Le gouvernement Legault, qui s’est toujours montré favorable à ce chantier de 10 milliards $, estime que le promoteur a maintenant le fardeau de la preuve contre lui. 

GNL Québec a pour sa part fait savoir qu’il améliorera le projet pour qu’il soit autorisé.

«Nous sommes toujours convaincus que notre projet peut faire une différence à l’échelle mondiale et qu’il fait partie d’un ensemble de solutions qui vont permettre (…) de réussir cette nécessaire lutte contre les changements climatiques», a fait valoir le vice-président finances et développement et président par intérim de GNL Québec, Tony Le Verger.

L’entreprise n’a pas réussi à démontrer que l’opinion publique était favorable, que le projet servirait à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde et qu’il permettrait d’accélérer la transition vers des énergies propres, trois conditions définies par le gouvernement, a rappelé le ministre de l’Environnement, Benoit Charette. 

Occasion manquée

«Le promoteur avait de belles occasions (de démontrer la validité de ses arguments), il n’a pas réussi», a-t-il tranché en conférence de presse. 

GNL Québec a jusqu’à cet été pour avancer ses contre-arguments. Le ministre déposera son évaluation environnementale cet été, après quoi le gouvernement tranchera sur l’autorisation ou non. 

Le projet GNL Québec vise à liquéfier du gaz naturel acheminé de l’Ouest canadien par pipeline, pour ensuite l’exporter à l’étranger par bateau en descendant le fjord du Saguenay.

Le promoteur soutient que le bilan carbone sera positif parce que son  énergie servira de substitut à des énergies plus polluantes à l’étranger. Mais la commission du BAPE affirme plutôt que les émissions de GES associées à l’approvisionnement en gaz naturel en amont ne permettent pas de confirmer ce bilan positif. 

«Le gouvernement ne peut escompter des réductions nettes de GES au niveau mondial. La valeur de référence associée au projet qui devrait être retenue pour la prise de décision gouvernementale serait plutôt un ajout net d’émissions de GES.»

En outre, ces nouvelles infrastructures d’approvisionnement en GNL risquent de retarder la transition vers des énergies plus propres dans le monde, sur les marchés d’exportation visés.  

Le BAPE soutient aussi que le gouvernement devra prendre en compte les risques que fait poser le trafic maritime sur la survie des bélugas qui fréquentent le Saguenay et l’estuaire du Saint-Laurent. 

Le BAPE estime que le débat est fortement polarisé et que ses audiences n’ont pas permis de se prononcer sur l’acceptabilité sociale du projet. 

Tous les partis à l’Assemblée nationale sont contre ce projet, sauf la Coalition avenir Québec (CAQ). 

«Éléphant blanc» et «canard boiteux»

C’est un rapport «dévastateur» sur un «projet obsolète», qui deviendrait un «éléphant blanc dans les prochaines années», a exprimé le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, un des adversaires de la première heure de ce chantier gazier.  

Il a rappelé que la durée de vie de l’usine serait très limitée parce que le marché sera saturé par l’offre de gaz naturel, selon les prévisions que retient le BAPE.

Selon M. Gaudreault, il faut décoder le message du ministre qui a pratiquement condamné le projet. Le député péquiste appelle maintenant la région à se rallier après cet épisode clivant pour trouver des projets plus porteurs. 

«Le ministre s’entête à garder ce canard boiteux en vie, il devrait plutôt mettre le dernier clou dans le cercueil de GNL Québec», a plaidé la députée Ruba Ghazal, de Québec solidaire. 

«Le ministre Benoit Charette a maintenant toutes les informations et la documentation nécessaires pour refuser ce projet en s’appuyant sur un argumentaire solide et basé sur la science», ont fait valoir un collectif d’organismes écologistes, dont Greenpeace et Nature Québec.

La semaine dernière, même le Parti libéral (PLQ), qui avait pourtant appuyé le projet lors de la dernière campagne électorale, a finalement fait volte-face et s’est rangé parmi les opposants.

Réactions à Ottawa

À Ottawa, le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, estime plutôt que le rapport est un pas de plus vers la réalisation de l’usine. 

«Le BAPE ne rejette pas le projet, mais demande à GNL Québec de démontrer son impact positif à l’échelle planétaire, a-t-il déclaré. J’ai tout à fait confiance que l’entreprise va être en mesure de faire cette démonstration.»

Le Bloc québécois (BQ) affirme quant à lui que le verdict du BAPE contre le projet est «sans appel».

«Ni les vertus écologiques ni les vertus économiques du projet ne sont au rendez-vous», a déclaré le chef bloquiste Yves-François Blanchet en conférence de presse. 

«Il y a tout lieu de faire le constat qu’il ne se réalisera pas», a-t-il ajouté, tout en reconnaissant «le désir légitime» du Saguenay-Lac-Saint-Jean d’avoir de grands projets de développement.

Une consultation record

Aucune consultation du BAPE n’a enregistré une participation aussi forte: 2500 mémoires ont été déposés et 91 % d’entre eux étaient contre.  

Sur le cycle complet du projet, de l’extraction du gaz à sa liquéfaction au Saguenay, le projet émettrait près de 7,8 millions de tonnes de CO2 par an, donc il annulerait en un an tous les efforts de réduction des gaz à effet de serre (GES) du Québec depuis 1990.

Le BAPE signale que pendant la période de construction, qui s’échelonnerait sur quatre ans, le projet Énergie Saguenay devrait générer 6000 emplois directs et indirects, de même que 1350 emplois directs et indirects en période d’exploitation.

Le projet GNL Québec et son pendant Gazoduq consistent en la construction d’un gazoduc de 750 km transportant du gaz naturel de l’Ouest, à partir de l’Ontario, jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay, pour acheminer ensuite le gaz naturel liquéfié (GNL) à l’étranger par bateau.

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