GNL Saguenay: les libéraux attendent les évaluations avant de trancher

QUÉBEC — Si Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) sont résolument contre le projet d’usine d’exportation de gaz naturel au Saguenay, l’opposition libérale y voit plusieurs «drapeaux rouges», sans le condamner.

Le Parti libéral (PLQ) déplore aussi le silence des députés caquistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean sur le projet. Le PLQ dit partager les «préoccupations environnementales des scientifiques» qui ont publié une lettre lundi dans «Le Devoir» réclamant le rejet du projet.

Ces chercheurs rappellent que 7,8 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES) par an seront générées, de l’extraction du gaz à sa sortie de l’usine — et que seulement une partie de cette production remplacera des énergie plus polluantes.

Le projet dans son ensemble consiste en la construction d’un gazoduc de 750 kilomètres qui irait de l’Ontario, transportant du gaz de l’Ouest, jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay, pour acheminer ensuite le gaz naturel liquéfié (GNL) par bateau vers l’Europe notamment.

En entrevue avec La Presse canadienne lundi, la porte-parole libérale en matière d’Environnement, Marie Montpetit, a reconnu que c’est un projet qui peut augmenter les émissions de GES, mais son parti exige une évaluation globale des impacts environnementaux «pour pouvoir prendre une décision éclairée» sur la qualité du projet.

On veut «une évaluation en amont jusqu’en aval, tout le gazoduc jusqu’à l’usine, le plus largement possible», ce que le gouvernement n’a pas encore garanti à l’opposition libérale, a expliqué Mme Montpetit, qui est députée de Maurice-Richard.

«Drapeaux rouges»

«Il y a des drapeaux rouges qui sont soulevés, par rapport par rapport à hausse du bilan de GES, aux risques pour la faune marine, il y a beaucoup de préoccupations. (…) Et à l’heure actuelle, on va se retrouver avec la moitié de la réponse.»

Le gouvernement Legault a manifesté son intérêt à plusieurs reprises envers le projet. Encore lundi à la période de questions, le premier ministre François Legault y est allé d’une réponse favorable, à une question de la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé.

«Au total, on parle d’une réduction très importante des émissions de GES pour notre planète. Donc, c’est un projet important. C’est un projet, en plus, qui va créer des milliers d’emplois très payants en région. Pour nous, c’est important.»

Son ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a quant à lui déjà laissé entendre qu’il pouvait dire non au projet.

Élus régionaux

Toutefois, Marie Montpetit veut également entendre les élus caquistes locaux, parce qu’ils ont une «responsabilité de porter les préoccupations locales» et de s’exprimer sur les impacts économiques.

«Il faut pas perdre de vue que le député de Lac-Saint-Jean, Éric Girard, a nié l’existence du réchauffement climatique», a t-elle rappelé, en évoquant aussi le silence de la ministre des Affaires municipales et députée de Chicoutimi, Andrée Laforest, ainsi que de la députée de Roberval, Nancy Guillemette. Un autre siège, Dubuc, est détenu par un élu caquiste, François Tremblay.

Lundi après-midi, QS a déposé, conjointement avec le PQ, une motion en Chambre pour que l’Assemblée prenne acte de la lettre des scientifiques. La motion affirmait «que le gaz naturel issu de la fracturation hydraulique qui circulera dans le gazoduc GNL Québec est constitué à 95 pour cent de méthane, un gaz à effet de serre 84 fois plus puissant que le CO2 sur un horizon de 20 ans, et qu’en ce sens, il n’est pas une énergie de transition énergétique viable pour l’avenir du Québec et de la planète».

La motion demandait au gouvernement caquiste de rejeter le projet, mais les caquistes ont refusé d’en débattre.