Greenpeace dénonce le prélèvement de 30 millions de litres d’eau à Anticosti

QUÉBEC – Anticosti et le golfe du Saint-Laurent seront pollués aux frais des contribuables, a dénoncé Greenpeace en apprenant que Québec a autorisé le prélèvement de plus de 30 millions de litres d’eau pour les premiers forages avec fracturation sur l’île.

La nouvelle a été rapportée lundi matin par le Devoir, qui indiquait aussi que la majorité de cette eau serait puisée dans des rivières d’Anticosti abritant une population de saumon en voie de disparition.

Quant aux eaux usées, elles seront traitées sur place selon une méthode encore inconnue, puis rejetées directement dans le golfe du Saint-Laurent, ajoute le quotidien.

Pour Greenpeace, il est complètement «illogique et inacceptable» que le gouvernement québécois aille de l’avant avec le projet, a indiqué en entrevue à La Presse canadienne Patrick Bonin, le responsable de la campagne climat et énergie de l’organisation environnementale.

Il dénonce les décisions contradictoires du gouvernement.

«Il dit qu’il ne voulait plus exploiter le pétrole, mais permet l’exploration, l’utilisation de la fracturation hydraulique à haut risque dans un environnement fragile, avec des espèces menacées.»

M. Bonin fait aussi valoir qu’il y aura des rejets d’eau avec des produits chimiques et potentiellement des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent, là où se trouvent des bélugas.

Le gouvernement est complètement incohérent, a-t-il martelé.

«Il dit ne pas vouloir exploiter le pétrole de schiste, qui est l’un des plus polluants au monde, et dit vouloir lutter contre les changements climatiques, mais autorise actuellement des prélèvements d’eau massifs pour une des technologies, la fracturation hydraulique, la plus inquiétante dans l’exploitation du pétrole».

Si on ne va pas exploiter, pourquoi permettre l’exploration, demande-t-il.

Patrick Bonin rappelle le manque de consensus social pour ce projet.

«Ce n’est pas le bien commun, le bien public, qui est défendu ici: c’est le portefeuille des pétrolières».

De plus, ces 30 millions de litres d’eau ne représentent qu’une infime partie de l’eau qui serait nécessaire en cas d’exploitation d’énergies fossiles sur Anticosti, précise Le Devoir. Selon les résultats de l’évaluation environnementale stratégique menée par le gouvernement, un total d’environ 4155 puits pourraient être nécessaires pour cette phase, qui durerait plus de 50 ans. Pour chacun, la quantité d’eau nécessaire pourrait atteindre 16 millions de litres.

Or, les rivières de l’île ne suffiraient pas pour répondre à une telle demande, qui dépasserait les 45 milliards de litres, ou 15 000 piscines olympiques. Le rapport publié à la fin du mois de mai suggérait donc d’envisager l’utilisation de l’eau du golfe du Saint-Laurent, ou encore de recourir au gaz propane.

Il n’est pas trop tard pour que le gouvernement recule et interdise l’exploration, juge toutefois M. Bonin.

«Il n’est jamais trop tard pour reculer quand on a un mauvais projet et quand on voit qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale».