Guilbeault parle d’un plafond d’ici la fin 2023 pour le secteur pétrolier et gazier

OTTAWA — Le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a déclaré lundi que le plafond d’émissions promis par le Canada pour le secteur pétrolier et gazier sera prêt d’ici la fin de l’année prochaine.

Dans une entrevue depuis l’Égypte, où il participe à la 27e conférence sur le climat des Nations unies, M. Guilbeault a indiqué que son gouvernement élaborait cette réglementation en «un temps record».

Le règlement final devrait donc être dévoilé au moins deux ans après que les libéraux ont promis pour la première fois, lors de la campagne électorale en 2021, de plafonner les émissions du secteur pétrolier et gazier.

«Nous aurons un projet de règlement peut-être d’ici le printemps, au plus tard dans la première moitié de l’année, a déclaré M. Guilbeault. Et ensuite, l’objectif est d’avoir la réglementation complète avant Noël, ce qui est, vous savez, un temps record pour élaborer une réglementation.» Le ministre a ainsi noté qu’il avait fallu plus de cinq ans pour élaborer le Règlement sur les combustibles propres.

De nombreuses organisations environnementales canadiennes parties pour cette COP27 à Charm el-Cheikh espéraient que le ministre Guilbeault utilise au moins cet événement international pour fixer le début du plafonnement.

Keith Brooks, responsable des programmes chez Environmental Defence, a rappelé que les pétrolières avaient réalisé des bénéfices records l’année dernière, mais qu’elles n’avaient montré aucune urgence à consacrer une grande partie de ces bénéfices à l’action climatique. «Je pense que si elles savaient où le plafond va être fixé, cela pourrait injecter chez eux une certaine urgence dans le débat.»

M. Guilbeault lui-même avait fortement critiqué les pétrolières canadiennes pour avoir dirigé plus de leurs bénéfices records vers les actionnaires que vers les programmes climatiques.

Les seuls indices laissés jusqu’ici par le gouvernement sur les objectifs du plafond se trouvent dans le plan de réduction des émissions, publié en mars. Ce plan fixait un objectif provisoire d’émissions pour le secteur pétrolier et gazier de 110 millions de tonnes en 2030, soit une réduction de 46 % par rapport aux niveaux de 2019 et de 32 % par rapport à 2005.

Le Canada vise à réduire les émissions dans tous les secteurs de 40 à 45 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030. Environmental Defence et le Réseau action climat Canada rappelaient au début de cette COP27 que le secteur pétrolier et gazier devrait réduire de 60 % ses émissions d’ici 2030 par rapport à 2005.

Les émissions en hausse

Les émissions provenant de la production de pétrole et de gaz représentent environ le quart de l’empreinte carbone totale du Canada; elles sont aussi 83 % plus élevées qu’il y a 30 ans. Les émissions globales au Canada ont augmenté d’environ 23 % au cours de la même période.

Le ministre Guilbeault, qui siégeait du côté des militants écologistes lors des réunions précédentes de la COP avant d’être élu député en 2019, se retrouve maintenant à accuser ses anciens camarades de lutte d’être «malhonnêtes» en exigeant qu’il produise des informations sur le plafond dès maintenant.

«Écoutez, les gens qui disent que nous devrions le faire maintenant seraient les premiers à me critiquer si je ne faisais pas de consultations appropriées avec, par exemple, les Autochtones du Canada — comme nous avons le devoir constitutionnel de le faire, a-t-il soutenu lundi. Ils savent très bien comment fonctionne notre système.»

La procédure au Canada pour décréter de nouveaux règlements exige un certain nombre de consultations, y compris la publication d’un projet de règlement et l’acceptation des commentaires du public sur le projet, avant la publication de la version finale.

«Franchement, je pense que c’est un peu malhonnête de dire: ‘nous voulons le plafond maintenant», a estimé M. Guilbeault. Ils savent clairement comment cela fonctionne. Et nous réduisons de moitié le temps nécessaire pour élaborer des réglementations.»

Le plafond n’est pas le seul point de friction entre le gouvernement fédéral et les écologistes en Égypte. Plusieurs groupes ont fortement critiqué le Canada pour avoir invité dans la délégation des sociétés pétrolières et gazières et des banques qui financent des projets de combustibles fossiles.

Vendredi, le pavillon canadien à la COP27 a accueilli un événement avec la Pathways Alliance, un consortium des principales sociétés de sables bitumineux du Canada. Plusieurs groupes environnementaux ont organisé une sortie bruyante lors de l’événement.

Le ministre Guilbeault a soutenu lundi que tout le monde devrait avoir un siège à la table. «Je suis respectueusement en désaccord avec mes anciens collègues du mouvement écologiste, a-t-il dit. Je pense que c’est une pente très glissante lorsque les gouvernements commencent à décider, dans une société démocratique, qui peut participer et qui ne peut pas.»

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