Haïti demanderait l’envoi de militaires de l’étranger pour dénouer la crise sociale

PORT-AU-PRINCE, Haïti — Le gouvernement haïtien a convenu de demander l’aide de militaires de l’étranger alors que les gangs criminels et les manifestants paralysent le pays et que les fournitures de base, y compris le carburant et l’eau, diminuent, selon un document dévoilé vendredi.

Le document, signé par le premier ministre Ariel Henry et 18 hauts responsables, indique qu’ils sont alarmés par «le risque d’une crise humanitaire majeure» qui menace la vie de nombreuses personnes.

Il autorise M. Henry à demander aux partenaires internationaux «le déploiement immédiat d’une force armée spécialisée, en quantité suffisante», pour arrêter la crise à travers le pays causée en partie par les «actions criminelles de bandes armées».

Le document juge «impératif» de redémarrer les activités pour éviter une asphyxie complète de l’économie nationale.

Il n’était pas clair vendredi si la demande avait été officiellement soumise, à qui elle était soumise et si cela signifiait l’activation des troupes de maintien de la paix des Nations unies, dont la mission en Haïti a pris fin il y a cinq ans après onze années tumultueuses.

Cette demande interviendrait après que Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains, a tenu jeudi, au Pérou, une rencontre avec des responsables de pays membres, dont le ministre haïtien des Affaires étrangères, Jean Victor Généus, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, et la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly, pour discuter de la détérioration de la situation dans le pays.

M. Almagro a écrit jeudi soir sur Twitter qu’Haïti «doit demander l’aide urgente de la communauté internationale pour aider à résoudre les crises de sécurité, déterminer les caractéristiques d’une force de sécurité internationale».

De nombreux Haïtiens ont rejeté l’idée d’une nouvelle intervention internationale, notant que les Casques bleus de l’ONU avaient été accusés d’agression sexuelle et avaient provoqué une épidémie de choléra, il y a plus de dix ans, qui a fait près de 10 000 morts. 

«Je ne crois pas qu’Haïti ait besoin d’une autre intervention, a déclaré Mathias Pierre, ancien ministre délégué chargé des questions électorales en Haïti. Nous avons traversé tant de choses et rien n’a été résolu (…) Si nous ne le faisons pas en tant qu’Haïtiens, dans 10 ans, nous serons à nouveau dans la même situation.»

M. Pierre a plutôt pressé le gouvernement américain à contribuer à réduire la quantité de munitions et d’armes à feu qui arrivent à Haïti, et à équiper davantage les policiers afin qu’ils disposent de plus d’armes et qu’ils puissent recueillir des renseignements sur les gangs.

Il s’est également inquiété de la situation que rencontrerait une force de sécurité internationale, qui ne serait pas confrontée à une armée conventionnelle, mais à «des gangs, situés dans des zones pauvres et qui utilisent la population comme bouclier pour se protéger».

Ces gangs n’ont fait que gagner en puissance depuis l’assassinat en juillet 2021 du président Jovenel Moïse.

Mercredi, le Bureau de la Coordonnatrice résidente des Nations unies en Haïti a proposé un «couloir humanitaire» pour fournir du carburant et de l’aide à ceux qui en ont besoin. Le Bureau a noté que le pays faisait également face à une nouvelle épidémie de choléra, avec plusieurs décès signalés et des dizaines de patients traités.

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