Harjit Sajjan a demandé à l’armée de lui fournir un adjoint à plein temps à Vancouver

OTTAWA — Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a demandé à l’armée de créer pour l’assister à Vancouver un poste qui a ensuite été occupé par un officier de réserve de son ancienne unité, selon des notes d’information récemment obtenues. Cet adjoint avait aussi été déjà suspendu de la Police de Vancouver pour une relation inappropriée avec une subalterne.

Moins de deux mois après l’embauche du major Greg McCullough, le ministre a aussi souhaité que l’armée fasse de ce poste à temps partiel un poste à temps plein, car il souhaitait encore plus de soutien dans sa circonscription de Vancouver, selon les notes — bien que cette demande ne se soit pas concrétisée.

La note d’information a été obtenue au milieu de questions persistantes sur les raisons pour lesquelles M. McCullough a été nommé à ce poste qui n’existait pas auparavant. Il a finalement été écarté le mois dernier lorsqu’on a appris qu’il avait été visé par des mesures disciplinaires lorsqu’il était sergent à la police de Vancouver.

L’opposition demandait déjà la démission de M. Sajjan pour sa gestion des allégations d’inconduite sexuelle impliquant des officiers supérieurs de l’armée. Certains évoquent aussi un réseau de vétérans qui protégerait les hauts gradés.

M. McCullough avait été embauché pour soutenir le ministre Sajjan en mars 2020, malgré une enquête externe qui l’avait reconnu coupable en 2018 de deux chefs d’inconduite pour sa relation avec l’agente Nicole Chan, qui s’est suicidée plus tard en janvier 2019.

Le cabinet de M. Sajjan a reconnu que le ministre et M. McCullough se connaissaient, en tant qu’officiers du régiment de la réserve «British Columbia (Duke of Connaught’s Own)», et qu’ils avaient tous les deux été en même temps au Service de police de Vancouver. Mais le cabinet du ministre soutient que c’est l’armée qui était responsable du processus qui a conduit à l’embauche de M. McCullough. On assure que ni le ministre ni son personnel n’étaient au courant de la plainte et des mesures disciplinaires prises contre lui à la police de Vancouver.

Le ministère de la Défense nationale a annoncé le mois dernier que M. McCullough ne travaillait plus comme assistant du ministre Sajjan, bien qu’il demeure membre de la réserve de l’armée.

Un poste créé de toutes pièces

Préparée pour le chef d’état-major de la Défense de l’époque, Jonathan Vance, et datée du 6 mai 2020, la note d’information, obtenue par La Presse Canadienne grâce à la Loi sur l’accès à l’information, ne mentionne pas le nom de M. McCullough, mais elle révèle que le ministre avait personnellement demandé d’obtenir un assistant à Vancouver.

M. Sajjan disposait déjà à l’époque de quatre adjoints militaires à Ottawa. Le ministère de la Défense affirme qu’il n’a aucune trace d’un tel poste créé en dehors de la capitale. Mais «le ministre a déterminé qu’un soutien supplémentaire à temps plein était nécessaire pendant qu’il est à Vancouver», lit-on dans la note.

Le document indique qu’un «candidat approprié» a été sélectionné en mars 2020 et travaille déjà avec le ministre, mais que «sur la base de la récente orientation du ministre», M. Sajjan aurait besoin d’encore plus de soutien — et le poste à temps partiel devrait donc être reclassé temps plein. Une telle requalification aurait nécessairement représenté une augmentation de salaire substantielle.

La note d’information recommande que le poste soit reclassé et pourvu par le biais d’un affichage «ouvert, juste et équitable», mais le porte-parole du ministère de la Défense, Daniel Le Bouthillier, a déclaré que le reclassement n’avait pas eu lieu, car de tels postes à temps plein ne sont attribués que dans des circonstances exceptionnelles.

Le porte-parole du ministre Sajjan, Daniel Minden, a défendu la création du poste d’adjoint militaire à Vancouver, «afin d’éviter les coûts élevés de déplacement à Vancouver du personnel militaire basé à Ottawa». Dans un courriel, M. Minden explique que «pendant la pandémie de COVID-19, le ministre Sajjan a passé une partie de la dernière année à travailler à distance depuis sa circonscription de Vancouver, où ce soutien était encore plus important». La note d’information ne fait toutefois pas état de la pandémie. 

M. Le Bouthillier a déclaré que le poste demeurait vacant. «Des adjoints militaires d’Ottawa se rendent à Vancouver au besoin pour effectuer ces tâches», a-t-il expliqué dans un courriel. «La fonction est toujours requise, mais une analyse mise à jour de la faisabilité et de l’efficacité (après plusieurs mois de restrictions COVID-19) est en cours par les Forces armées canadiennes pour prendre une décision sur la meilleure façon de structurer le bureau de l’adjoint militaire.»

Joint par téléphone, jeudi, M. McCullough a refusé de commenter, affirmant qu’il avait eu des ennuis après avoir précédemment parlé à La Presse Canadienne et qu’il n’était pas autorisé à commenter davantage. «Le ministre Sajjan n’avait rien à voir avec mon processus d’embauche, déclarait-il le mois dernier. Il avait besoin d’un adjoint militaire sur la côte ouest en raison du temps qu’il passe ici, et c’est tout. Je n’ai pas parlé avec le ministre Sajjan de ce processus, et je sers les Forces armées canadiennes.»

Justin Trudeau a toujours défendu M. Sajjan, qui est ministre de la Défense depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux en octobre 2015. Le premier ministre estime qu’il est l’homme de la situation pour transformer la culture militaire et éradiquer les inconduites sexuelles et les comportements haineux au sein de l’armée.

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