Higgs a refusé de s’engager à une enquête publique, selon les chefs autochtones

FREDERICTON — Le gouvernement du Nouveau-Brunswick convient que les Premières Nations devraient diriger une forme d’enquête — à définir — sur le décès récent de deux Autochtones, abattus par la police, mais plusieurs chefs sont déçus qu’on ne parle pas d’enquête officielle.

Le ministre des Affaires autochtones de la province, Jake Stewart, a déclaré que plus d’une douzaine de chefs des Premières Nations avaient participé mercredi à une conférence téléphonique avec le premier ministre Blaine Higgs. «Nous avons convenu que des leaders autochtones devraient être à la tête» d’un processus d’enquête, «peut-être une coprésidence», a déclaré le ministre Stewart aux journalistes après la réunion.

«On a entendu des termes comme groupe de travail, examen, enquête, commission. Beaucoup de termes ont été discutés et il y avait un désaccord sur la terminologie. (…) Tout le monde ne peut pas s’entendre lors d’une réunion.»

Mais des chefs représentant six Premières Nations soutiennent qu’ils avaient expressément demandé la création d’une commission d’enquête officielle et indépendante sur les décès de Chantel Moore et de Rodney Levi, abattus par la police le 4 et le 12 juin au Nouveau-Brunswick. «Nous avons été très déçus de la réponse du premier ministre Higgs», ont déclaré les chefs de la nation Wolastoqey, dans un communiqué.

Les chefs ont demandé à M. Higgs et à des ministres, mercredi, que l’enquête soit dirigée par des Autochtones et qu’elle ait un échéancier serré, afin que des gestes concrets soient posés rapidement. Les chefs soutiennent qu’ils ont aussi exprimé leurs préoccupations au sujet de la discrimination et du racisme systémiques dont sont victimes les Autochtones face aux policiers et dans le système judiciaire au Nouveau-Brunswick.

«Notre peuple a déjà participé à des enquêtes nationales et nous avons entendu les paroles prononcées par les gouvernements, et nous en revenons toujours au même point, atteint encore ces dernières semaines. Nous devons agir maintenant», estiment les chefs. «Nous avons demandé au premier ministre Higgs de mettre sur pied une commission d’enquête dès que possible et de s’engager à mettre en oeuvre ses recommandations.»

Enquête sur le racisme systémique?

Le 10 juin dernier — après le décès de Chantel Moore mais avant celui de Rodney Levi —, le ministre Stewart déclarait qu’il ferait pression pour la tenue d’une enquête provinciale sur le racisme systémique au sein de la police et du système judiciaire.

Le ministre a déclaré mercredi que la province était toujours prête à tenir une enquête publique, mais que son gouvernement hésitait à emprunter cette voie, car cela pourrait prendre trop de temps. Après avoir examiné les résultats de plusieurs enquêtes nationales et provinciales et des commissions royales traitant des questions autochtones, le ministre Stewart a soutenu que seulement 20 % des 797 recommandations avaient été mises en oeuvre sur une période de 24 ans.

Les six chefs ont déclaré mercredi qu’ils avaient rappelé au premier ministre Higgs l’engagement de son ministre, il y a une semaine. «Même si son ministre des Affaires autochtones a reconnu l’existence de discrimination et de racisme, le premier ministre Higgs n’est pas prêt à le reconnaître», ont déclaré les chefs dans leur communiqué.

Le ministre Stewart a contesté cette affirmation. «Le premier ministre reconnaît qu’il existe un racisme systémique», a-t-il soutenu.

Plus tôt cette semaine, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a expliqué que les Autochtones du Nouveau-Brunswick se méfiaient de l’enquête en cours sur les deux décès.

Cette enquête est dirigée par le Bureau des enquêtes indépendantes du Québec, parce que le Nouveau-Brunswick ne dispose pas d’une telle «police des polices». Le BEI examine les gestes posés par des policiers au Nouveau-Brunswick qui ont mené à la mort de Rodney Levi, 48 ans, vendredi dernier, et de Chantel Moore, 26 ans, une semaine plus tôt.

Des chefs autochtones contestent l’impartialité du BEI, dont la moitié des enquêteurs sont d’anciens policiers, disent-ils.

Le ministre Stewart a déclaré mercredi que la plupart des chefs avaient accepté de participer à une autre réunion, dans deux semaines.

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