Viol collectif: le grand patron de Hockey Canada refuse de démissionner

OTTAWA — Le grand patron de Hockey Canada, Scott Smith, s’accroche. Il a refusé à de nombreuses reprises de démissionner mercredi, malgré les demandes répétées de nombreux élus devant qui il comparaissait à Ottawa relativement au viol collectif présumé impliquant des membres de l’équipe canadienne de hockey junior en 2018.

Le président-directeur général a expliqué, mercredi, au Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes, être prêt à «mener le changement» et avoir «l’expérience» pour «amener Hockey Canada et notre sport à un autre niveau». Il a cependant déclaré qu’il démissionnera si c’est le souhait du conseil d’administration.

Mais le conseil d’administration manque de pouvoir face à un grand patron «trop puissant», a affirmé le député conservateur et ancien commentateur sportif Kevin Waugh.

Chez les libéraux, le député montréalais Anthony Housefather, qui n’a pas été tendre avec le témoin durant ses trois heures sur le grill, a estimé qu’«il y a des moments où de bonnes personnes doivent céder leur place parce que le public a perdu confiance en elles, et j’ai bien peur que ce soit l’un de ces moments».

Pour le conservateur Richard Martel, il est clair que «ça prend un grand ménage» dans l’organisation qui représente «la suprématie» du hockey junior. Son collègue, le premier vice-président du comité, John Nater, venait d’implorer M. Smith de céder sa place à la relève «pour le bien du hockey».

Le bloquiste Sébastien Lemire a estimé que M. Smith, «ne serait-ce que symboliquement», n’est pas habileté à mener des changements profonds dans l’organisation. Et le néo-démocrate Peter Julian a maintes fois signalé que les Canadiens n’ont plus confiance et qu’«il est temps d’avoir un nouveau leadership».

M. Smith a assuré que Hockey Canada est prêt à prendre «toute action nécessaire» pour regagner la confiance du public et qu’il veut lui aussi «des actions pour mettre fin à la culture du silence qui permet aux comportements toxiques et au sexisme de s’enraciner dans les recoins de notre sport».

Il a dit s’excuser que l’organisation n’en ait pas fait suffisamment et pas assez rapidement à la suite des événements de 2018.

«Je suis là pour mener ce changement», a-t-il tranché dès le début de son témoignage et avant même de répondre à une quelconque question.

Sa comparution, la deuxième en près d’un mois, a été particulièrement houleuse, bien que des élus aient noté une meilleure attitude.

Le gouvernement du Canada avait rapidement gelé le financement de l’organisation et ordonné une vérification comptable. Un certain nombre d’entreprises commanditaires ont aussi suspendu leur financement.

«Le ton et la banalisation» dont M. Smith a fait preuve à l’époque ont marqué les esprits, a déclaré la bloquiste Andréanne Larouche. Selon elle, cela a donné l’impression que «ça a pris un couteau sur votre gorge» pour que l’on ressente plus de «sincérité».

Or, M. Smith a répondu à un autre élu qu’il n’a pas une attitude différente qu’au mois de juin et que les allégations d’agression sexuelle ont toujours été prises au sérieux, y compris au moment du viol collectif présumé, en 2018.

Et alors que le grand patron venait de répéter à plusieurs reprises avoir agi uniquement dans le «meilleur intérêt de la victime» et non pour protéger l’image de son organisation, le libéral Anthony Housefather lui a demandé s’il était justement dans son intérêt d’inscrire une clause de confidentialité l’empêchant de commenter le dossier.

«Je ne crois pas que cela l’empêchait de parler à la police», a répondu M. Smith.

Dans une déclaration transmise à La Presse Canadienne à la suite de la comparution, la ministre des Sports, Pascale St-Onge, n’est pas allée jusqu’à réclamer la démission de M. Smitt, mais a plutôt réitéré ses propos de la veille.

«Les membres du conseil d’administration de Hockey Canada doivent évaluer si les personnes en place sont les bonnes personnes pour opérer le changement de culture qui est réclamé par la population canadienne», a-t-elle écrit.

8,9 millions $ en règlements

Il a été également révélé que Hockey Canada a conclu neuf règlements depuis 1989 dans des affaires d’inconduites sexuelles, pour un montant total de 7,6 millions $ pigé dans le «fonds national d’équité». Cela n’inclut pas le montant payé à la plaignante qui réclamait plus de 3,5 millions $ en dommages-intérêts relativement à l’agression sexuelle de 2018.

Les assureurs de Hockey Canada ont également payé 1,3 million $ pour une douzaine d’affaires. Une personne est responsable de quatre d’entre elles, pour un total d’un million $.

Le dirigeant principal des finances de Hockey Canada, Brian Cairo, a précisé que du montant payé depuis le fonds national d’équité, 6,8 millions $ sont liés à l’affaire Graham James. Ce dernier a plaidé coupable en 1997 et en 2011 à différentes accusations d’agressions sexuelles sur des joueurs, dont certains d’âge mineur, au niveau junior dans les années 1980 et 1990.

Hockey Canada, la Ligue de l’Ouest et d’autres organisations avaient aussi été visées par une poursuite au civil contre James en 1999. L’affaire avait été réglée à l’amiable en 2003.

Plusieurs autres bonzes du hockey canadien avaient également été convoqués devant le comité, y compris le président de la Ligue canadienne de hockey (LCH), Dan MacKenzie, le président de la Fondation Hockey Canada, Dave Andrews, et l’ancien chef de la direction de Hockey Canada, Tom Renney.

«Les joueurs, peu importe les compétences, doivent savoir qu’ils ne peuvent pas agir avec impunité, a déclaré M. MacKenzie. S’ils enfreignent la loi, ils subiront des conséquences criminelles et des sanctions sévères de la LCH ou ses ligues régionales.»

Combien y a-t-il eu de plaintes pour agression sexuelle, combien se sont conclues par un règlement à l’amiable et dans combien de cas Hockey Canada a été informé, se sont fait demander les commissaires des trois ligues régionales de la LCH.

Il y a eu deux plaintes au cours des cinq dernières années, a indiqué Gilles Courteau de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Hockey Canada n’a été informé d’aucune plainte. Dans un cas, les deux joueurs concernés ont été suspendus.

Pour la Ligue de hockey de l’Ontario, le commissaire David Branch a affirmé qu’il n’y a eu aucune plainte pour agression sexuelle dans les cinq dernières années, mais un cas d’inconduite sexuelle, soit un joueur qui a pris une photo inappropriée. Il a été suspendu.

Et dans la Ligue de l’Ouest, Ron Robison a affirmé qu’il y a eu deux cas d’inconduite sexuelle dans les cinq dernières années, que la police a enquêté, que les joueurs ont été suspendus. Son organisation n’a pas signalé les cas à Hockey Canada.

Le commissaire de la LHJMQ a indiqué que son organisation va adhérer au Bureau du Commissaire à l’intégrité dans le sport et respecter le Code de conduite universel pour prévenir et contrer la maltraitance dans le sport.

En référence aux sept dirigeants présents en personne et aux trois en vidéoconférence, tous des hommes, le député Waugh a déclaré que «cette rangée dit tout» sur le fait qu’il manque de femmes dans les hautes sphères du hockey canadien.

Les élus s’intéressaient au cas de Hockey Canada et ses ramifications pour une deuxième journée consécutive. Mardi, il a été révélé que Sport Canada avait été informée de l’agression sexuelle, mais n’avait pas fait de suivi auprès de Hockey Canada à l’époque.

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