Hong Kong: les défis des écoles fermées et de l’enseignement à distance

MONTRÉAL — Les écoliers de Hong Kong doivent composer avec l’équivalent, pour leurs camarades québécois, d’une tempête de neige qui durerait depuis six semaines et dont la fin ne serait prévue que dans un mois — au plus tôt.

C’est la comparaison que proposent deux Québécoises qui enseignent de l’autre côté du globe depuis quelques années, pour illustrer l’impact de la décision des responsables de l’ancienne colonie britannique, au retour du congé du Nouvel An chinois, de fermer toutes les écoles pour freiner la propagation du coronavirus.

Tous les élèves suivent maintenant leurs cours virtuellement, à la maison, et le retour en classe est pour le moment prévu pour le 20 avril, mais seulement si rien ne change d’ici là.

«On peut penser, au Québec, à une tempête de neige, tout le monde aime ça, mais une tempête de neige de six semaines, ça fait long pour des enfants!», a dit Hélène Bibeau, une Montréalaise qui est déménagée à Hong Kong avec son copain à la fin de leurs études à McGill.

«Au début on se dit ‘oh mon Dieu c’est super, c’est comme une tempête de neige’, sauf qu’on réalise ben non, c’est pour un mois que les écoles sont fermées, c’est considérable», a lancé la Shawiniganaise d’origine Karine Dessureault.

Les deux enseignantes ont donc dû développer de nouvelles stratégies pour permettre à leurs élèves de poursuivre tant bien que mal leur apprentissage à distance, par le biais de différentes technologies.

Mme Dessureault et un autre Québécois expatrié à Hong Kong portent le double chapeau de parent et d’enseignant, ce qui signifie que la fermeture des écoles les touche aussi bien personnellement que professionnellement.

«Je suis sensé m’occuper de mes élèves, mais comme je suis aussi papa à la maison, je m’occupe beaucoup de mes enfants pour faire leurs leçons, a ainsi expliqué Jocelyn Gagnon, qui vit et enseigne à Hong Kong depuis 2003. Je me retrouve à plutôt essayer de préparer mes leçons et donner le ‘feedback’ à mes élèves en fin de journée, quand ils sont couchés. Ça me donne des journées très pleines et épuisantes.»

Soupe à l’alphabet

Google, Zoom, Seesaw… C’est dans une véritable soupe à l’alphabet technologique que nagent les enseignants qui doivent continuer à faire progresser à distance l’apprentissage de leurs étudiants.

Mme Bibeau commence sa journée à 8h avec une rencontre virtuelle de 45 minutes par le biais de Google Meet, et à laquelle participent habituellement entre 90% et 95% de ses petits amis de première année.

«Pendant ces 45 minutes, je prends le temps d’expliquer les activités de la journée, a-t-elle révélé. On utilise l’application Seesaw, qui est un portfolio électronique qu’on utilisait déjà à l’école. Ça permet de mettre les activités en ligne, les enfants peuvent répondre, ils peuvent faire des vidéos, ils peuvent enregistrer leur voix, et moi je vois tous les travaux qui passent, je peux mettre un commentaire et c’est très pratique.»

Une deuxième rencontre virtuelle a été ajoutée depuis peu, mais en plus petits groupes, trois fois par semaine à raison de 30 minutes chaque fois.

M. Gagnon a été en mesure de conserver essentiellement le même fonctionnement que celui qu’il utilisait en classe, avec quelques petits ajustements.

«J’avais déjà une structure où je suivais un livre qui existe en version électronique, je vais donner à mes élèves exactement le nombre de pages que je veux qu’ils fassent, ils vont aller se brancher sur l’interface qui est le livre électronique et qui contient aussi des enregistrements, et je leur demande de le faire en ligne avec un produit comme Google Drive ou Google Docs», a-t-il dit.

Ses fils ont cinq et huit ans. Si le premier est un peu trop petit pour être vraiment affecté par la situation, le deuxième a besoin de leçons «plus structurées», puisqu’il est en train «d’apprendre des notions assez solides de base», comme la grammaire, le participe passé avec avoir et être et les multiplications à deux chiffres.

«Tout ça se fait via Google Classroom, a indiqué M. Gagnon. C’est l’équivalent de Gmail, mais plutôt que d’être des messages, ce sont des devoirs, donc tu vois ta liste qui s’allonge comme une liste de courriels, tu fais ton devoir, quand tu as fini il y a un bouton ‘remettre le devoir’, le prof reçoit le travail, le corrige, a l’option de mettre un commentaire ou une note, et tout ça se compile comme un dossier de travail.»

Mme Dessureault enseigne le français langue seconde de la maternelle à la sixième année. En plus de YouTube, qu’elle utilise pour transmettre ses instructions par vidéo, elle a aussi recours à «des plates-formes qu’on utilisait déjà en classe (…) donc c’est les outils qu’on avait déjà en place, mais que là maintenant on utilise à la maison».

Certains de ses collègues ont recours au service de téléconférence Zoom pour rejoindre leurs élèves.

«Ma fille, à 8 h 20, tout de suite elle voit son enseignant titulaire, ils ont une première leçon, ensuite de ça ils ont la classe de chinois, donc c’est tout en direct que ça se fait, ce qui fait qu’on progresse aussi rapidement que si on était en classe régulière», a-t-elle expliqué.

Multiples problèmes

Si les trois enseignants s’entendent pour dire qu’ils ont maintenant atteint une vitesse de croisière, après des débuts un peu chaotiques, et que les enfants de niveau moyen ou fort ne devraient pas trop pâtir de la situation, il n’en va pas ainsi pour tout le monde.

«Les plus faibles ont souvent besoin d’un soutien de plus en classe, a expliqué M. Gagnon. Et parmi ces élèves-là, il y en a qui me disent qu’ils ne sont carrément pas capables de suivre. Ils sont un peu victimes de la situation et ça va demander beaucoup de rattrapage quand on va revenir.»

Le thème du manque de contact personnalisé avec les élèves revient d’ailleurs souvent.

«Différencier l’apprentissage en ligne c’est plus difficile qu’en classe, a ajouté Mme Bibeau. Oui, je fais des petits groupes en ligne, et oui, j’essaie de les regrouper un peu par niveau, mais les activités sont quand même les mêmes pour tout le monde. En classe, je peux voir facilement ceux qui ont besoin d’aide.»

Elle prévient ensuite que ce n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser de demander à des enfants de six ou sept ans d’utiliser un ordinateur ou une tablette quand, dans certains cas, ils maîtrisent à peine l’anglais et que leurs parents ne le parlent pas du tout.

M. Gagnon doit aussi composer avec des enfants éparpillés aux quatre coins du monde depuis que leurs parents expatriés ont décidé de quitter Hong Kong par crainte du virus. Certains se retrouvent maintenant dans des pays où l’accès à internet est plus difficile ou encore dans des fuseaux horaires complètement différents.

Mais les enfants ne vont pas uniquement à l’école pour apprendre. Ils y vont aussi pour rencontrer des amis avec qui ils socialisent et jouent — et certains commencent à trouver que «la tempête de neige» a assez duré.

«C’est très difficile, a confié Mme Dessureault au sujet de sa fille. À chaque fois qu’on a des nouvelles et que la rentrée des classes est retardée, ce sont des pleurs à la maison. Elle ne voit absolument personne d’autre que nous (…). C’est l’aspect socialisation qui est très, très difficile pour les enfants.»

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