Hôpitaux: la situation est critique et les patients risquent d’en payer le prix

MONTRÉAL — La hausse des cas d’hospitalisations causées par la COVID-19 a fragilisé les hôpitaux qui se retrouvent sur une ligne «très critique», alors que les autorités sanitaires craignent qu’il y ait bientôt plus de patients aux soins intensifs que de lits disponibles. Ce qui pourrait mener le réseau de la santé à prendre des décisions «encore plus difficiles».

C’est ce qu’a résumé la sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux, Dre Lucie Opatrny, en point de presse lundi.

«Malheureusement, certains patients risquent d’en subir les conséquences», a soufflé la docteure.

Il s’agissait d’une première apparition en conférence de presse pour elle, sa présence ayant été requise vu la gravité de la situation hospitalière. Elle y accompagnait le premier ministre Francois Legault, le ministre de la Santé Christian Dubé et le directeur national de la santé publique Horacio Arruda.

La hausse du nombre de cas d’infection à la COVID-19, jumelée à l’augmentation notable des hospitalisations (plus de 1400 en date de lundi) et au manque «important» de personnel, a mis une pression énorme sur le système de soins. Par exemple, à Montréal, il y avait 472 personnes hospitalisées à la mi-décembre alors qu’on en comptait plus du double dimanche, soit 1071.

«La majorité des hôpitaux au Québec en ce moment se situent au niveau maximal de délestage et réussissent avec difficulté à réaliser les chirurgies urgentes et oncologiques.»

«Si la tendance se maintient», a-t-elle insisté, il pourrait y avoir un dépassement des capacités de lits d’hospitalisation et de soins intensifs pour les malades de la COVID-19, comme pour ceux souffrant d’autres problèmes médicaux.

«Cela pourrait amener le réseau à prendre des décisions encore plus difficiles».

Alors qu’il y a déjà 114 000 chirurgies en attente, plusieurs activités seront délestées en partie ou en totalité: les chirurgies semi-urgentes et non urgentes, le dépistage du cancer du côlon, les greffes de rein de donneurs vivants et de nombreuses consultations en clinique externe dont en médecine familiale, a énuméré la docteure.

Ces reports vont se faire sentir pour des mois, voire des années à venir, a-t-elle ajouté.

Elle a toutefois précisé que les hôpitaux n’étaient pas encore rendus à ce point redouté qui est de devoir choisir de soigner un patient plutôt qu’un autre.

Le «protocole national de triage pour l’accès aux soins intensifs» n’a pas encore été déployé, dit-elle. Mais des formations et des simulations sur papier ont actuellement lieu. «C’était purement hypothétique il y a quelques mois» mais c’est de plus en plus une possibilité d’y avoir recours. On parle en termes de semaines, a-t-elle précisé.

Pour ne pas en arriver là, le premier ministre François Legault a demandé aux Québécois de protéger les gens de 65 ans et plus. Pourquoi ce groupe d’âge? Parce qu’il représente 80 % des hospitalisations et 95 % des décès enregistrés dans la province.

Il a donc insisté sur l’importance de limiter les contacts avec les gens plus vulnérables. Les enfants doivent éviter à tout prix de voir leurs grands-parents, a ajouté M. Legault.

En ce qui concerne le retour à l’école ce lundi pour les enfants du primaire, le premier ministre Legault a reconnu qu’il avait pris un risque, mais le qualifie de «risque calculé». 

Il a rappelé qu’il y a de nombreux inconvénients à garder les enfants à la maison. 

«Moi j’assume ce choix-là.»

La vaccination

La vaccination des Québécois va bon train, estime M. Legault. Environ 80 % des doses reçues ont déjà été administrées, ce qui fait du Québec la province qui a utilisé le plus gros pourcentage de son inventaire, soutient-il.

Et puis, environ la moitié des résidents des CHSLD ont été inoculés avec une première dose, a-t-il ajouté. 

Vacciner 250 000 personnes d’ici le 8 février demeure donc un objectif réalisable si toutes les doses promises par Ottawa arrivent en sol québécois selon le calendrier prévu, juge le ministre Dubé. Alors que Québec a déjà reçu 115 375 doses, il doit en obtenir 80 000 cette semaine.

En ce qui concerne le débat sur la fameuse «deuxième dose», à savoir si le vaccin demeure suffisamment efficace si la seconde dose est administrée hors de la période de trois ou quatre semaines recommandée par les entreprises pharmaceutiques, la stratégie récemment adoptée par Québec est actuellement en discussion, a dit M. Dubé.

Vu la lenteur de l’approvisionnement, Québec a choisi fin décembre de prendre les deuxièmes doses — qui devaient être réservées pour ceux ayant déjà reçu la première — pour plutôt offrir une dose de vaccin à un plus grand nombre de personnes.

Mais vendredi, Ottawa a signalé qu’outre la question de l’efficacité du vaccin si la deuxième dose n’est pas administrée dans le délai indiqué par les fabricants, il pouvait être plus ardu de négocier la livraison rapide de quantités supplémentaires si leurs directives n’étaient pas suivies.

Interrogé à ce sujet lundi, le premier ministre a répondu que si la façon de faire du Québec a pour conséquence d’arrêter les livraisons de vaccin des fabricants pharmaceutiques, «on va se conformer».

Mais si le choix lui revient, indique-t-il, il préfère vacciner avec une première dose un maximum de personnes — «c’est une question de solidarité», dit-il — ainsi qu’une décision prise selon les avis des experts de la Santé publique.

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