Huawei, la 5G et les «deux Michael»: O’Toole accentue la pression sur les libéraux

OTTAWA — Le chef conservateur, Erin O’Toole, estime que le géant chinois des télécommunications Huawei a établi sa domination mondiale en volant la technologie du défunt géant canadien Nortel. 

M. O’Toole a lancé ces accusations d’espionnage industriel contre Huawei et le Parti communiste chinois en annonçant, mardi matin, que les conservateurs exigeront des libéraux qu’ils décident d’ici 30 jours quelles entreprises pourront fournir la technologie internet sans fil 5G de nouvelle génération au Canada. 

«La montée en puissance de Huawei a elle-même été facilitée par des années d’espionnage industriel menées par la Chine contre Nortel», a soutenu M. O’Toole lors d’une conférence de presse sur la colline du Parlement. «Le vol de propriété intellectuelle, la contrefaçon et le piratage informatique ne font pas exception à nos relations avec la Chine: c’est la réalité et il est grand temps que notre gouvernement et de nombreux chefs d’entreprise le réalisent», a-t-il ajouté. «Nous avons peut-être perdu Nortel au profit de Huawei (…) mais nous pouvons et devons en tirer des leçons. Parce que si nous ne le faisons pas, nous devons accepter qu’une autre société subisse le même sort.» 

Nortel Networks, jadis le géant canadien des télécommunications, a déclaré faillite en 2009 — l’une des faillites commerciales les plus spectaculaires du pays. Deux ans plus tard, Nortel a réalisé la plus grande vente de brevets de l’histoire, récoltant des milliards de dollars en espèces lorsqu’elle a vendu aux enchères 6000 brevets à un consortium comprenant Apple et Microsoft. 

Les conservateurs déposent mardi une motion à la Chambre des communes qui demande au gouvernement libéral de décider s’il interdira ou non à Huawei de participer au vaste chantier technologique de l’implantation de la 5G — alors qu’Ottawa et Pékin sont toujours plongés dans un différend diplomatique. La Chine a emprisonné deux Canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, en représailles apparentes à l’arrestation à Vancouver de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, il y a près de deux ans, en vertu d’un mandat d’extradition américain. 

Par ailleurs, les États-Unis font pression sur le Canada et ses alliés du réseau d’échange de renseignements stratégiques «Five Eyes» pour qu’ils se tiennent loin de Huawei, que Washington considère comme un service d’espionnage de l’État chinois, une accusation que nie l’entreprise. 

Sécurité nationale 

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu s’engager, mardi, sur un échéancier dans le dossier de la 5G. Il a réitéré la position de son gouvernement selon laquelle il se fie aux conseils des agences de sécurité et de renseignement, consulte ses alliés et s’engage à assurer la sécurité des Canadiens et de leurs entreprises. 

M. O’Toole veut que la question soit débattue en Chambre et il souhaite une nouvelle stratégie pour traiter avec la Chine, parce que les libéraux, selon lui, n’ont pas suffisamment résisté à l’intimidation exercée par Pékin. Bien qu’il ait qualifié M. Trudeau de «faible» et soutenu que son gouvernement avait besoin de «se tenir debout» face à la Chine, M. O’Toole a exhorté les députés libéraux à voter pour la motion, afin de protéger les intérêts du Canada en matière de sécurité. 

Le chef conservateur a soutenu que la Chine faisait peser depuis longtemps des risques à la sécurité nationale, notamment des menaces de la part de ses agents étrangers envers les Canadiens d’origine chinoise et la propagande anti-occidentale de l’Institut Confucius ainsi que de médias chinois, par le biais de partenariats avec des institutions d’enseignement. 

«Il est maintenant à la mode, dans certains milieux, de dire que défendre les droits de la personne constitue du racisme antichinois et que dénoncer l’intimidation de l’État chinois est paternaliste», a déclaré M. O’Toole. «Lorsqu’une dictature commence à avoir autant d’influence, au point que la protection des citoyens canadiens en sol canadien est maintenant une question ouverte à débats, on sait qu’il y a un problème.» 

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, déclarait lundi soir aux journalistes, après une réunion du cabinet, que le gouvernement prenait très au sérieux les informations faisant état d’intimidation étrangère chinoise et qu’il travaillait avec le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, la Gendarmerie royale du Canada et le service d’espionnage pour y remédier. 

«En ce qui concerne l’ingérence étrangère, nous prendrons toutes les mesures appropriées pour y répondre, pour protéger les Canadiens, pour nous assurer que les actions des acteurs étatiques et non étatiques au Canada ne seront pas tolérées», a affirmé M. Champagne. «Nous avons entendu (des plaintes d’intimidation) et chaque fois, j’ai dit aux Canadiens: si jamais vous vous sentez intimidé, menacé, vous devriez contacter la police locale et signaler ces cas afin qu’ils puissent faire l’objet d’une enquête et d’un suivi appropriés.» 

M. O’Toole admet qu’il pourrait y avoir un coût économique si le Canada adoptait une ligne plus dure envers la Chine, mais il en minimise les effets potentiels. Lorsqu’on lui a demandé si la position de son parti exposerait MM. Kovrig et Spavor aux représailles de l’État chinois, il a accusé M. Trudeau de ne pas en faire assez pour obtenir la libération des deux Canadiens. «Je pense aux deux Michael tous les jours, et je pense que beaucoup de Canadiens le font», a-t-il dit. 

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