Hymne national: une sénatrice demande à Scheer de prouver qu’il est féministe

OTTAWA — Une sénatrice indépendante met Andrew Scheer au défi de prouver qu’il mérite bel et bien le titre de «féministe» qu’il a lui-même revendiqué.

La sénatrice Frances Lankin a écrit une lettre ouverte jeudi pour l’exhorter à rappeler à l’ordre le caucus conservateur au Sénat, qui multiplie les manoeuvres dilatoires dans l’objectif avoué de bloquer un vote sur le projet de loi C-210.

Cette mesure législative d’initiative parlementaire visant à rendre l’hymne national «plus inclusif» a été adoptée par les députés de la Chambre des communes en troisième lecture le 15 juin 2016.

Or, depuis ce temps, elle est dans les limbes au Sénat en raison de l’obstruction des sénateurs conservateurs — désormais minoritaires à la chambre haute — qui multiplient les tactiques procédurales pour empêcher un vote final.

Dans sa missive, la sénatrice Lankin soutient qu’il est temps, pour le chef Scheer, de rappeler les sénateurs conservateurs à l’ordre afin que puisse enfin se tenir le vote en troisième lecture.

«Que l’on soit en faveur du projet de loi C-210, ou contre, après 16 mois d’examen au Sénat, un vote libre, et non une obstruction systématique des procédures, doit en déterminer le résultat», plaide-t-elle.

Le projet de loi C-210 a été parrainé en Chambre par le député Mauril Bélanger, qui s’est éteint en août 2016 après une bataille publique contre la sclérose latérale amyotrophique (SLA), communément appelée maladie de Lou Gehrig.

Il propose d’éliminer toute référence au genre en modifiant deux mots dans la version anglaise du «Ô Canada».

«True patriot love in all thy sons command» («un vrai amour de la patrie anime tous tes fils») deviendrait «true patriot love in all of us command» («un vrai amour de la patrie nous anime tous»).

Le chef conservateur a revendiqué le titre de «féministe» dans une entrevue accordée à la version anglaise du magazine Châtelaine.

Dans la lettre qu’elle a rédigée à l’intention d’Andrew Scheer, la sénatrice Lankin suggère que le mois d’octobre — mois de l’histoire des femmes — est le moment idéal pour prouver qu’il l’est.

Elle fait remarquer qu’un sénateur conservateur a fait valoir pour justifier son opposition à C-210 que la campagne pour l’égalité hommes-femmes dans l’hymne national est mue par la mode politique du jour.

«À titre de féministe, vous conviendrez, j’en suis sûre, que nous devons transcender ce genre de réflexions et affirmer que l’égalité des femmes n’a rien à voir avec la mode du jour», écrit-elle.

«Vous feriez plutôt valoir, comme vous l’avez fait dans votre entrevue avec la revue Châtelaine, que le Parti conservateur du Canada croit aux principes fondamentaux de l’égalité pour les femmes et de l’égalité des chances pour elles», argue la sénatrice de l’Ontario.

Elle fait valoir que plusieurs membres de la députation conservatrice ont appuyé le projet de loi en Chambre, dont la chef adjointe Lisa Raitt, la leader parlementaire Candice Bergen et la députée Michelle Rempel.