Il a fait anormalement chaud dans le Grand Nord canadien cet automne

Dans certaines villes du Nunavut, pas moins de 80 % des journées ont été marquées par des températures plus chaudes qu’à l’accoutumée.

L’automne a été chaud dans le Grand Nord canadien.

Littéralement.

Eric Dykes, un météorologue d’Environnement Canada, dit avoir observé une « une anomalie généralisée de la température plus chaude dans l’Arctique ».

« Les anomalies de température qui dépassent de cinq degrés la normale se produisent un peu plus facilement que par le passé », ajoute-t-il.

Les données de l’Arctique le prouvent.

À Inuvik, dans les Territoires-du-Nord-Ouest, les températures ont été supérieures à la normale chaque jour du 1er septembre au 11 novembre. Pond Inlet, au Nunavut, n’a connu qu’une seule journée sous les températures normales. À Cambridge Bay et à Pangnirtung, ce sont pas moins de 80 % des journées qui ont été marquées par des températures plus chaudes qu’à l’accoutumée.

Les températures n’ont pas que plus chaudes que la normale : elles ont été remarquablement plus chaudes que la normale.

Par exemple, la station météorologique des Forces armées canadiennes d’Alert, au sommet de l’île Ellesmere a enregistré le 6 septembre une température de six degrés supérieure au précédent record.

Pond Inlet a même vécu une journée au cours de laquelle la température a été supérieure à 11 degrés à la normale.

Resolute, au Nunavut, a vu ses températures être supérieures de la variation normale de la température une trentaine de fois. C’est le cas aussi de Kugluktuk.

La National Oceanic and Atmospheric Administration américaine dit avoir constaté que la banquise avait atteint son plus bas en octobre depuis que cette donnée est colligée (1979). Sa superficie a même reculé de 32 % par rapport à la moyenne des années 1981 à 2010.

« Cet automne, nous avons assisté à un réchauffement beaucoup plus généralisé, souligne M. Dykes. Non seulement cela, les stations ont relevé des températures chaudes qu’au cours des deux automnes précédents ».

Andrew Arreak, membre d’un groupe de Pond Inlet qui aide la population à juger de la sécurité de la glace de mer, indique qu’une partie de la surface n’était pas encore recouverte de glace près de sa collectivité, la semaine dernière.

« Les gens peuvent habituellement se rendre sur la glace dès le début du mois de novembre. Je n’ai pu le faire qu’hier », raconte-t-il.

Ce n’est pas le seul changement. « Les observations d’épaulards sont plus fréquentes, mentionne M. Arreak. Des insectes qui ne sont généralement pas présents dans la région ont été signalés. On ne connaît même pas leur nom. »

Les choses ont changé, remarque le chef des pompiers de Cambridge Bay, Keith Morrison. « Beaucoup de gens remarquent que la glace n’est plus ce qu’elle était. »

M. Morrison raconte l’exemple de deux jeunes hommes qui ont marché sur la glace.

« L’itinéraire qu’ils ont emprunté était celui qu’ils avaient emprunté pendant toute leur vie sans trop de problèmes. Mais cette fois-ci, la glace était mince et elle a cédé sous leur poids. »

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Ça fait plusieurs années que l’Arctique se réchauffe et cette année confirme la tendance. Par exemple en 25 ans le glacier d’Ilulissat au Goenland a reculé d’une vingtaine de kilomètres dans le fiord; en 1994 j’ai traversé le fiord en bateau à partir d’Ilulissat et le glacier se trouvait à vêler près de l’embouchure du fiord mais aujourd’hui il vêle à une vingtaine de km à l’intérieur…

Le pergélisol est aussi en train de fondre depuis quelques décennies, ce qui fragilise les infrastructures qui sont bâties sur pilotis. Même les pistes d’atterrissage doivent être reconstruites car elles ont la fâcheuse tendance à s’enfoncer dans le sol quand le pergélisol dégèle. L’Arctique est le « canari dans la mine » et si la tendance se maintient, l’avenir sera loin d’être facile…

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