Il faut parler de racisme à l’école, selon la Commission canadienne pour l’UNESCO

MONTRÉAL — Tandis que le débat sur la liberté académique divise la population, le Centre mondial du pluralisme, en collaboration avec la Commission canadienne pour l’UNESCO, a fait paraître cette semaine une série de recommandations à l’intention des instances gouvernementales pour aborder le racisme à l’école.

Ces pistes de réflexion ont été élaborées à la suite de formations qui ont été données, dans les deux langues officielles, à plus de 500 membres du personnel de l’éducation, partout au Canada. 

Les commentaires des participants ont été recueillis lors des webinaires qui ont eu lieu durant les mois de juin à septembre, dans la foulée des manifestations pour l’égalité raciale qui ont secoué la planète l’été dernier. 

Les séances ont notamment orienté les principales recommandations de ce guide créé par Nicole Fournier-Sylvester, la gestionnaire du programme d’éducation, au Centre mondial du pluralisme situé à Ottawa. 

Celle qui était auparavant enseignante a d’ailleurs conçu la formation initiale. Et c’est la conseillère en engagement civique de la Commission canadienne pour l’UNESCO, Elsa Mondésir Villefort, qui animait les webinaires en français. 

«Ce document répond à un besoin et la demande est là, a dit  Mme Mondésir Villefort. Parce qu’il y a un malaise de la part des enseignants.» 

Plusieurs professeurs ont exprimé la peur de se faire poser des questions auxquelles ils n’ont pas forcément les réponses, la peur de faire une erreur ou encore de dire la mauvaise chose, offre en exemple Mme Mondésir Villefort. 

Alors, comment vaincre ce malaise?

La conseillère de l’UNESCO suggère «d’aborder la question de front». Selon elle, il faut que le milieu de l’éducation soit un espace où les enjeux de discrimination raciale puissent être discutés. 

Elle affirme que le temps est venu de le faire sans tabou parce que la peur d’en parler vient du fait qu’on ne sait pas comment l’aborder, d’où l’idée de ce document. 

La conseillère en engagement civique dit qu’il faut passer à une autre étape, celle de l’échange «parce qu’en ce moment on est en mode réaction». En établissant un dialogue, les professeurs ne se sentiront plus nécessairement pris par surprise. 

Les deux collaboratrices disent d’emblée que les gens vont faire des erreurs, d’où l’importance d’entretenir ce dialogue en usant de bienveillance les uns envers les autres. 

Il faut «normaliser la conversation», propose Mme Fournier-Sylvester. «On se sent de moins en moins à l’aise de parler avec tout ce qui entoure la culture de l’annulation», remarque-t-elle. 

Culture de l’annulation

Mme Mondésir Villefort pense que le la culture de l’annulation, qu’on appelle aussi «cancel culture» est le résultat d’une prise de parole réprimée. 

«Les gens se sentent brimés dans leur liberté d’expression», avance-t-elle, ce qui explique pourquoi «beaucoup de monde crie à la censure». 

Selon elle, la réaction serait moins forte si on abordait déjà ces questions librement et si on discutait sur la définition des mots, par exemple. 

«Ce ne serait pas un aussi gros problème, croit-elle. Mais en ce moment personne ne veut parler de racisme.» 

Il faut pourtant en parler, avise la conseillère, «parce que les jeunes vont le faire de toute façon», alors autant les guider. 

Préciser la problématique

L’idée de faire ces recommandations auprès des instances gouvernementales, par exemple inclure la lutte au racisme dans la formation des enseignants, a fait son chemin dans la tête de Mme Fournier-Sylvester au lendemain des attentats à la mosquée de Québec. 

Elle réfléchissait à la façon d’aborder la tragédie en classe. 

Elle se trouvait chanceuse de pouvoir enseigner au cégep où le cadre est, selon elle, moins rigide qu’au secondaire ou même l’université. Elle se posait toutefois la question pour ses autres collègues professeurs.

En discutant avec eux, ils lui ont fait part de leurs questionnements: «Qu’est-ce que ça fait si je dis ce mot-là?». Ou encore: «Comment je réagis s’il se passe telle situation dans mon cours?».

Celle qui dirige le programme d’éducation au Centre mondial du pluralisme insiste sur la nécessité de créer un environnement favorable au dialogue. 

Il faut, croit-elle, s’éloigner du concept du débat. «On n’est pas en train de se battre ou de jouer à qui a raison», dit-elle. 

Elle prône plutôt la capacité de se mettre à la place de l’autre et de comprendre comment il ou elle résonne. 

«De la réflexion à l’action: aborder le racisme anti-noir dans les écoles canadiennes», a été conçu pour proposer des suggestions et des actions concrètes aux professeurs, commissions scolaires, directions d’écoles et aux ministères de l’Éducation du pays. 

Le document adresse spécifiquement la question du racisme envers les communautés noires «parce que plus on est précis dans ce qu’on mentionne comme problématique, plus on peut amener des solutions précises», explique Mme Mondésir Villefort. 

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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