Il faut sauver le multilatéralisme, soutient le secrétaire général de l’OCDE

MONTRÉAL — Le secrétaire général de l’OCDE a soutenu lundi à Montréal que les pays doivent faire front commun pour contrer les menaces qui pèsent sur le multilatéralisme, notamment la transformation numérique, les guerres commerciales et la montée du protectionnisme.

«Il est temps de relever le défi et de prendre au sérieux les menaces contre le multilatéralisme», a estimé Angel Gurria, dans une allocution à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal, lundi matin. Selon lui, on ne peut revenir en arrière sur le multilatéralisme, car la planète est maintenant intrinsèquement interconnectée.

Le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) participera mardi à une rencontre ministérielle sur les politiques sociales, qui doit réunir à Montréal des ministres d’une trentaine de pays membres. C’est la première fois qu’une telle rencontre ministérielle se tient ailleurs qu’à Paris, siège de l’OCDE.

En attendant, le gouvernement canadien était l’hôte lundi d’un forum sur les politiques sociales réunissant des ministres et des représentants internationaux du milieu des affaires et des centrales syndicales, des universitaires et des membres de la société civile.

Les échanges de biens et de services ont augmenté de plus de 30 pour cent depuis dix ans dans le monde, et le nombre de personnes qui franchissent les frontières est aussi en croissance. Or, le multilatéralisme tel qu’on le connaît est à la croisée des chemins, a estimé M. Gurria, et ce système doit maintenant s’adapter à de nouveaux défis économiques, financiers et politiques.

Il faut par exemple s’assurer que les entreprises et les États pourront concurrencer tout à fait librement, sans que des gouvernements offrent des traitements de faveur à des fournisseurs locaux. Il faudrait aussi éliminer les écarts entre les pays au chapitre des normes du travail et des règles environnementales, afin que tous puissent concurrencer sur un même pied.

Ainsi, l’agriculture constitue un secteur où les disparités sont énormes: les producteurs de 50 pays reçoivent 585 milliards $ US en subventions gouvernementales chaque année. Dans le secteur de l’acier, la surproduction provoque une chute des prix et des pertes d’emplois.

De son côté, la transformation numérique soulève de nouvelles questions en matière de concurrence et de taxation. M. Gurria a d’ailleurs indiqué que l’OCDE était prête à devancer d’un an l’adoption d’un modèle de taxation pour les géants du numérique, actuellement prévu pour 2020.

Les changements technologiques et l’automatisation menaceraient environ un emploi sur sept au cours des 10 ou 15 prochaines années, et un emploi sur trois sera perturbé par ces bouleversements, a estimé M. Gurria dans un échange avec les journalistes. La transformation numérique augmente aussi les risques de criminalité transnationale, alors que la cybercriminalité planétaire pourrait coûter plus de 1000 milliards $ US chaque année.

«On ne peut plus reculer sur l’intégration ou simplement se déconnecter», a soutenu M. Gurria. «Notre monde, nos emplois, notre culture, nos espoirs et nos rêves sont tous intrinsèquement interconnectés.»

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