Il ne faut pas refuser le visa à des Russes qui pourraient être dissidents, dit Joly

OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, estime qu’il ne faut pas suivre l’exemple de pays européens qui interdisent aux Russes d’obtenir des visas, arguant que la menace grandit pour les dissidents russes.

Mme Joly a également déclaré que la Russie devait être poursuivie en justice pour avoir envahi illégalement l’Ukraine, un point de vue que Moscou a rejeté tout en ajoutant des dizaines de Canadiens à sa liste noire jeudi.

Le président russe Vladimir Poutine a fait pression pour recruter plus de combattants pour sa guerre en Ukraine après que Kyiv eut repris de larges pans de territoire.

«De toute évidence, ce que nous faisons fonctionne, mais nous devons faire plus», a déclaré Mme Joly aux journalistes lors d’un appel jeudi depuis New York.

Elle a soutenu que le régime devenait désespéré, posant un risque pour les dissidents.

C’est pourquoi la ministre a rejeté les demandes du président ukrainien Volodymyr Zelensky pour que les pays occidentaux cessent de délivrer des visas aux Russes.

Mme Joly a soutenu qu’il y avait des soldats russes qui étaient essentiellement prêts à défier les autorités et qui désertaient les rangs des forces armées et fuyaient le champ de bataille en Ukraine.

«Il y a beaucoup de Russes qui veulent quitter la Russie», a déclaré la ministre canadienne, affirmant que les interdictions de visa sont injustes pour les personnes qui ne sont pas d’accord avec Moscou.

L’ambassade de Russie s’est dite d’accord avec le Canada sur ce point.

«Nous pouvons convenir avec la ministre Joly qu’une interdiction de visa est une politique de punition collective», a déclaré Artem Kalabukhov, conseiller politique de l’ambassade de Russie à Ottawa.

Cette semaine, quatre régions occupées d’Ukraine ont annoncé des référendums sur l’opportunité de rejoindre la Russie. Mme Joly les a qualifiés de «référendums bidon», que la Russie pourrait utiliser comme prémisse pour affirmer que c’est l’Ukraine qui est l’agresseur dans cette guerre.

Elle a également déclaré que le Canada travaillait avec des alliés pour voir si les tribunaux internationaux existants, ou même un nouveau, pourraient poursuivre la Russie pour avoir envahi illégalement l’Ukraine.

Dans une entrevue, M. Kalabukhov a rejeté ces caractérisations.

Il a fait écho aux points de discussion du Kremlin selon lesquels le soulèvement ukrainien de 2014 a entraîné des violences qui n’ont jamais été jugées, et a rejeté les enquêtes internationales sur les charniers signalés à Izioum et Boutcha comme «une provocation mise en scène».

M. Kalabukhov a également souligné la déclaration du président Zelensky il y a un an selon laquelle les habitants de la région occupée du Donbass qui s’identifient comme Russes devraient déménager dans ce pays.

Cependant, la Russie a justifié son annexion de la Crimée en 2014 par un référendum qui, selon de nombreux groupes de défense des droits humains, avait été fait sous la menace.

François Legault sur la liste noire de la Russie

Jeudi, le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé qu’il avait ajouté 87 citoyens canadiens à ce qu’il a appelé une «liste noire» qui interdit l’entrée en Russie.

Les nouveaux noms incluent des responsables militaires, des lieutenants-gouverneurs, des premiers ministres comme François Legault et des membres du groupe non partisan Le Centre parlementaire, qui milite pour la démocratie à l’étranger.

Le président et chef de la direction de Bombardier, Éric Martel, et les chefs de diverses entreprises technologiques qui ont fait des dons à l’Ukraine ou ont discuté de l’éventualité de fournir de l’équipement à son armée ont également été sanctionnés.

M. Kalabukhov a déclaré que ces ajouts étaient en réponse directe aux sanctions existantes du Canada, que Mme Joly a promis jeudi d’intensifier bientôt.

«Toutes ces sanctions contre la Russie sont de nature symbolique et incapables d’affecter l’économie russe, et le gouvernement canadien le sait très bien», a-t-il soutenu.

Mme Joly a déclaré qu’elle prononcera un discours national lundi avec un accent particulier sur le soutien du Canada à l’Ukraine.

Le Congrès des Ukrainiens Canadiens a appelé à une interdiction de visa, arguant que les actions de la Russie constituent un génocide qui devrait empêcher ses citoyens du privilège de voyager à l’étranger.

Le président du Congrès, Ihor Michalchyshyn, a également appelé le Canada à envoyer plus d’armes à l’Ukraine, ce que Mme Joly a déclaré envisager.

«Plus vite les armées russes seront vaincues, plus vite la paix reviendra en Europe», a écrit M. Michalchyshyn.

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