Il ne serait pas nécessaire de traiter le prédiabète de tout le monde

MONTRÉAL — Il ne serait pas nécessaire de traiter le prédiabète de tous ceux qui en souffrent avec de la médication, puisque le problème pourra fréquemment se résorber de lui-même ou simplement en modifiant quelques habitudes de vie, montrent de nouvelles recherches.

Par exemple, dans une étude publiée récemment par le journal médical JAMA Internal Medicine, un retour à des niveaux normaux de glycémie a été plus fréquent qu’une progression au diabète pendant les six années de suivi chez les sujets qui souffraient de prédiabète. Cette étude portait sur quelque 3400 adultes dont l’âge moyen était de 76 ans.

«Si on a un sujet qui n’a pas de comorbidités, je dirais en bon français qu’on le laisse tranquille, a commenté le docteur Jean-Marie Ekoé, du CHUM. Pour celui qui a des comorbidités associées, (…) à ce moment-là on peut penser à un traitement, et là de nouveau ce n’est pas un traitement agressif.»

L’intervention de premier choix pour le prédiabète doit être une modification des habitudes de vie et non la médication, ajoute-t-il. 

Face à un patient de 65 ans qui présente un petit surplus de poids, la chose à faire sera tout d’abord de l’inciter à mener une vie un peu plus saine.

«Misez sur le simple fait qu’il faudrait modifier les habitudes de vie avant de penser à de la médication», a dit le docteur Ekoé.

Seulement environ 10 % des patients chez qui on détecte un prédiabète finiront éventuellement par souffrir de diabète en bonne et due forme. En revanche, entre 40 et 60 % d’entre eux verront le problème disparaître par lui-même.

Pour ceux qui restent dans la zone du prédiabète, a ajouté le docteur Ekoé, le pronostic vital est comparable à ceux qui n’ont pas de prédiabète, s’il n’y a pas de comorbidités.

«Quand on regarde des sujets qui ont un prédiabète et d’autres qui n’en ont pas, la mortalité est identique, a-t-il dit. Donc, le rôle du prédiabète sur la mortalité chez des sujets de 65 ans et plus, sans comorbidités, n’est pas du tout différent des sujets ‘normaux’, donc qui n’ont pas de prédiabète, disons sur cinq ans.»

Certains médecins qui ne se fieront qu’aux chiffres, sans considérer le patient dans son ensemble, attaqueront agressivement le prédiabète, déplore le docteur Ekoé, ce qui entraînera un risque de surtraitement et pourra causer une «angoisse inutile» à certains.

Le risque de complications cardiovasculaires ou même de diabète chez une personne âgée de 65 ans et plus qui présente uniquement une glycémie à jeun entre 5,6 et 6,9 est tellement faible que des traitements agressifs seront inappropriés, selon lui.

D’autant plus, rappelle-t-il, qu’une modification des habitudes de vie pourra être encore plus efficace que la médication pour combattre le problème.

«Prendre un médicament sur le long terme, c’est peut-être un peu plus difficile que modifier des habitudes de vie qu’on peut maintenir un peu plus longtemps», a-t-il dit.

Tout cela met de nouveau en lumière l’importance de l’activité physique et d’une saine alimentation. Non seulement de telles habitudes de vie pourront-elles réduire le risque de souffrir de prédiabète un jour, mais le cas échéant, les modifications à apporter seront moins importantes qu’après des décennies de laisser-aller.

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