Il pourrait exister un lien entre la violence conjugale et les tueries de masse

Avant de se lancer dans son carnage en Nouvelle-Écosse, l’homme à l’origine de l’un des pires massacres de masse dans l’histoire du Canada a attaqué son amie de coeur de longue date, une histoire qui, selon des experts en matière de violence conjugale, est sinistrement familière.

Selon les autorités policières, cet assaut a possiblement été l’élément déclencheur de l’horrible folie meurtrière qui a fait 22 victimes la semaine dernière.

Selon des chercheurs et des militants, de nombreuses tueries commencent par des agressions sur les gens les plus proches. Pour prévenir de telles tragédies, les autorités ont besoin de prendre conscience de la menace que pose la violence conjugale au grand public, affirment-ils.

«Lorsque des femmes sont en danger dans notre collectivité, les hommes, les femmes et les enfants sont tous en danger, déclare Peter Jaffe, un psychologue qui étudie la violence contre les femmes et les enfants depuis 40 ans. Ce n’est plus seulement une question de violence contre les femmes. Habituellement, ça tend à indiquer qu’il y a des raisons d’être inquiet au sujet du malfaiteur.»

Ce professeur à l’Université Western, en Ontario, est le coauteur d’une étude pour le compte de l’Initiative canadienne sur la prévention des homicides familiaux qui a analysé 418 cas d’homicides familiaux au Canada entre 2010 et 2015. Les chercheurs ont découvert que 13 % des cas impliquait le meurtre d’une tierce partie, incluant des membres de la famille, de nouveaux partenaires et de témoins passifs.

Un récent rapport de l’organisation américaine Everytown for Gun Safety note également que dans plus de la moitié des tueries survenues aux États-Unis entre 2009 et 2018, le malfaiteur a abattu un partenaire, ancien ou actuel, ou un membre de sa famille.

Quelques-unes des tueries les plus meurtrières au Canada correspondent à ce scénario, selon M. Jaffe.

À Edmonton, un homme soupçonné de violence conjugale a tué six adultes et deux jeunes enfants avant de s’enlever la vie en 2014, le pire massacre dans l’histoire de la ville.

En 1996, à Vernon en Colombie-Britannique, un homme, furieux de la requête en divorce de sa femme, l’a tuée ainsi que huit membres de sa famille avant de se suicider.

M. Jaffe souligne que l’homme qui a tué 14 femmes à l’École polytechnique de Montréal en 1989 avait connu la violence à la maison pendant son enfance. Cela laisse croire, estime-t-il, que le cycle de la violence peut avoir des répercussions d’une grande portée — parfois mêmes fatales — au fil des générations.

Dans bien des cas, ajoute M. Jaffe, des membres des forces de l’ordre ou de la communauté sont au courant de cas de violence conjugale de la part du malfaiteur avant que ne commence la tuerie de masse.

Julie Lalonde, une militante des droits des femmes, est d’avis que les victimes de violence conjugale choisissent souvent de demeurer avec leur abuseur parce qu’elles ont peur que leur départ laissera d’autres personnes à risque.

Mme Lalonde déplore que la société désapprouve les femmes qui restent avec leur abuseur tout en considérant les victimes qui réagissent comme étant responsables d’autres actes de violence subséquents.

«(Cette femme) doit vivre dans un monde où circule un message selon lequel que si, peut-être, elle n’avait pas résisté, elle aurait été la seule personne tuée ce soir-là», a-t-elle ajouté en parlant de l’amie de coeur du tueur

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