Il y a un an, la COVID-19 frappait un premier patient Canadien

TORONTO — À son arrivée à l’urgence, le patient semblait souffrir d’une légère pneumonie. Comme il ne semblait pas être si mal au point, on aurait pu le renvoyer chez lui.

Mais…

L’homme revenait de Chine où une nouvelle maladie virale se propageait comme un feu de brousse. Ses radiographies thoraciques étaient également inhabituelles.

«Nous n’avions jamais vu un cas comme celui-là, se souvient le Dr Jerome Leis. Je n’avais jamais vu une radiographie comme celle-là.»

C’était le 23 janvier 2020. Le Sunnybrook Health Sciences Centre de Toronto a décidé d’admettre le patient de 56 ans. Le même jour, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, chercha à rassurer la population.

«Le risque d’épidémie au Canada reste faible», avait-elle déclaré. Un refrain que reprendront maints responsables de la santé au pays.

Moins de deux jours après son admission à l’hôpital, l’homme deviendrait le «Patient Zéro»: le premier cas de COVID-19 au Canada.

Le Dr Leis — le directeur médical de la prévention et du contrôle des infections de l’hôpital — l’anticipait depuis des semaines. Il était au courant depuis la fin du mois de décembre de l’épidémie qui frappait Wuhan, en Chine. Il suivait les informations publiées par les autorités chinoises sur ce nouveau pathogène et ses effets.

S’appuyant sur les leçons tirées de l’épidémie de SRAS, il y avait déjà quelques années, le personnel de dépistage du Sunnybrook posait déjà de nouvelles questions spécifiques aux patients. Les protocoles avaient été affinés. Ce matin-là, en fait, les résidents et les professeurs de médecine interne avaient fait un rappel sur l’équipement de protection.

«Nous soupçonnions fortement qu’il s’agissait du nouveau coronavirus qui avait été décrit, raconte le Dr Leis. On a l’impression que cela s’est passé il y a fort longtemps, mais, en même temps, ça semble ne s’être déroulé qu’hier.»

La Dre Lynfa Stroud, l’interne généraliste de garde et cheffe de division de médecine interne générale à Sunnybrook, avait été informée de l’admission du nouveau patient.

«Nous ne savions pas exactement à quoi nous avions affaire, mentionne la Dre Stroud. Nous avions reçu des rapports préliminaires sur la maladie et sur l’évolution des patients. Nous étions un peu nerveux, mais nous nous sentions très bien préparés.»

Le lendemain, la Chine fermait la province du Hubei. De son côté, le responsable de la santé publique en Ontario, le Dr Peter Donnelly, a été interrogé si des mesures de confinement devaient être prises au Canada. «Absolument aucune, avait-il répondu. Si un cas se présente ici, et il est probable que nous en aurons un, ce sera comme d’habitude.»

Rapide confirmation

Le laboratoire de la Santé publique ontarienne, qui avait travaillé d’arrache-pied pour mettre au point un test de dépistage approprié, a confirmé les soupçons des médecins du Sunnybrook.

«Ils nous ont envoyé un échantillon dans un taxi», relate la Dre Vanessa Allen, cheffe de la microbiologie et des sciences de laboratoire à Santé publique Ontario.

Ce serait le début d’un vaste effort pour tester et retester les nouveaux échantillons.

«La dernière chose dont vous avez besoin est un faux résultat ou une sorte de malentendu», souligne la Dre Allen.

Vers midi, le 25 janvier, le laboratoire était sûr d’avoir identifié le nouvel organisme qui allait bientôt conquérir le monde.

«On ne l’appelait pas COVID-19 à l’époque», ajoute la Dre Allen.

À Sunnybrook, le Dr Leis a reçu la confirmation sans grande surprise.

«C’était cohérent avec ce que nous voyions et ce que nous soupçonnions, dit-il. J’étais en fait satisfait que le laboratoire ait pu confirmer nos soupçons.»

En quelques heures, les autorités de santé publique annoncèrent que le premier cas du «nouveau coronavirus de Wuhan» avait été identifié au pays, même si une nouvelle confirmation du Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg était en attente.

Peu après, la femme du «Patient Zéro» serait elle aussi atteinte de la COVID-19, mais elle a pu se soigner chez elle.

Le traitement du «Patient Zero» et de sa femme a permis de tirer de précieuses leçons sur ce qui était alors une maladie très mal connue. Il est devenu évident que la plupart des personnes atteintes n’auraient pas besoin d’être hospitalisées, ce qui est extrêmement important étant donné le nombre massif d’infections et les pressions qui en résultent sur les unités de soins intensifs.

«Pour être honnête: nous aurions renvoyé ce patient à la maison après l’avoir examiné à l’urgence, relate la Dre Stroud. Nous l’avons admis parce qu’à ce moment-là, on ne savait pas très bien quelle était l’évolution de la maladie.»

Aujourd’hui, «Patient Zero» et sa femme se sont rétablis. Leurs cas marquèrent la première étape de la lutte canadienne contre ce qui deviendra une pandémie mondiale. Cela a aussi marqué le début d’une longue lutte incessante pour le personnel de première ligne du réseau de la santé.

«Nous travaillons essentiellement sans interruption depuis janvier dernier et cela n’a pas encore ralenti, confie le Dr Leis. Les équipes de soins de santé sont fatiguées. L’épuisement professionnel est très préoccupant. C’est sûr que cela a été difficile.»

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