Il y aurait une entente à Washington pour l’Accord Canada-États-Unis-Mexique

Ottawa a été invité lundi à prendre fermement position pour défendre l’industrie canadienne de l’aluminium et ses travailleurs, qui se retrouvent principalement au Québec, alors qu’une entente de principe pour réviser le nouvel accord de libre-échange nord-américain semblait sur le point d’être conclue à Washington.

L’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui modernise l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) conclu il y a 25 ans, a été signé par les leaders des trois pays il y a un an, mais sa ratification aux États-Unis est au point mort depuis des mois. Les démocrates au Congrès et les syndicats se chamaillent avec le Mexique au sujet des droits du travail ainsi que des dispositions de l’accord sur l’acier et l’aluminium.

Certains craignaient que l’accord ne puisse être approuvé avant la suspension des travaux au Congrès jusqu’en 2020 — alors que l’attention au Capitole se tournera vers l’élection présidentielle de novembre prochain. Plusieurs médias suggèrent toutefois que l’impasse pourrait être dénouée après une fin de semaine d’intenses négociations à Washington.

La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, qui a veillé aux négociations, s’est montrée prudente, lundi. «Nous avons travaillé intensément, y compris lors de nombreuses conversations ce week-end et ce matin avec nos partenaires américains, pour finaliser l’accord», a-t-elle dit à Ottawa, sans vouloir vendre la peau de l’ours.

Une percée semble avoir été enregistrée lorsque le Mexique a accepté la demande américaine de resserrer la définition d’«acier nord-américain» dans une section de l’ACEUM sur l’origine des voitures et des pièces automobiles — avec une période de mise en oeuvre progressive de cinq ans.

Les États-Unis veulent s’assurer que pour être considéré comme «fabriqué en Amérique du Nord», l’acier doit clairement être fondu et coulé au Canada, aux États-Unis ou au Mexique, et pas seulement y être fini. Il s’agit de l’une des principales demandes des syndicats américains.

Le Mexique n’acceptera pas, toutefois, la même définition pour l’aluminium, car les matières premières pour ce métal ne sont pas produites au Mexique, a prévenu le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard.

Droit du travail au Mexique

Le Mexique a également rejeté l’exigence de Washington d’envoyer des inspecteurs américains pour s’assurer que les travailleurs mexicains de l’automobile sont vraiment payés 16 $ de l’heure en moyenne. Le président mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, a toutefois déclaré lundi que des responsables américains avaient accepté l’offre du Mexique d’autoriser les groupes spéciaux de règlement des différends de l’ACEUM à s’assurer du respect des dispositions.

Les syndicats américains devaient être informés lundi des modifications proposées dans l’espoir qu’ils accepteraient les changements, ce qui ouvrirait la voie aux dirigeants démocrates pour qu’ils accordent leur appui. L’administration de Donald Trump ainsi que les gouvernements canadien et mexicain seraient alors invités à accepter formellement l’accord modifié, avant de le présenter aux élus pour ratification.

Les détails des modifications n’avaient pas encore été communiqués lundi à l’industrie et aux syndicats canadiens, mais ceux qui représentent le secteur de l’aluminium et ses travailleurs n’étaient pas très heureux. «Nous ne sommes pas du tout satisfaits, c’est sûr, car ça signifie simplement que le Mexique veut garder une porte ouverte aux métaux étrangers en provenance de Chine, du Moyen-Orient, de l’Inde», a déclaré le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard.

Notant que ce secteur avait souffert des tarifs douaniers américains l’année dernière, M. Simard a ajouté: «Le Canada a défendu le dossier de l’aluminium autant que de l’acier jusqu’à présent et nous nous attendons certainement à ce que la ministre Freeland et le gouvernement canadien maintiennent leur position à ce sujet comme ils l’ont fait jusqu’ici.»

Les trois producteurs d’aluminium de première fusion au Canada, Alcoa, Aluminerie Alouette et Rio Tinto, exploitent neuf usines — huit au Québec et une en Colombie-Britannique.

Ken Neumann, directeur national au Canada du syndicat des Métallos, qui représente les employés des industries de l’aluminium mais aussi de l’acier, a également critiqué la demande du Mexique pour une redéfinition d’ici cinq ans de l’«acier nord-américain» dans l’ACEUM. «Nous espérons fortement que notre gouvernement va défendre nos travailleurs de l’aluminium», a-t-il déclaré. «Nous allons donc garder les doigts croisés. Nous allons consulter le gouvernement du Canada pour nous assurer qu’il défendra ce qui est bon pour l’industrie sidérurgique et pour nos travailleurs de l’aluminium.»

M. Neumann et d’autres membres de l’équipe de direction des Métallos du Canada devaient d’ailleurs se rendre aux États-Unis pour être informés mardi des détails des modifications proposées.

Les syndicats américains

«À cette étape-ci du jeu, tous les regards sont tournés vers la position des syndicats américains sur les dernières propositions du Mexique», a estimé Dan Ujczo, un avocat de l’Ohio expert en commerce canado-américain. «Si ces syndicats sont d’accord, il est probable que les démocrates de la Chambre les approuveront aussi.»

Bien qu’il demeure possible qu’un projet de loi de ratification de l’ACEUM soit présenté cette semaine au Congrès et adopté avant le 20 décembre, M. Ujczo prévient qu’il pourrait encore y avoir des obstacles inattendus au détour. «Personne n’a vu le texte du projet de loi de mise en œuvre», a-t-il déclaré. «C’est la fin de la phase 1 du processus de négociation; la phase 2 nous obligera tous à examiner le projet de loi.»

L’ALENA, qui a éliminé la plupart des droits de douane et autres barrières commerciales entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, a fait l’objet de plusieurs critiques aux États-Unis, notamment de M. Trump, des syndicats et de nombreux élus démocrates. Ils ont qualifié l’ALENA de «voleurs de jobs», parce qu’il a encouragé des usines américaines à déménager au sud de la frontière, où elles pouvaient tirer profit d’une main-d’oeuvre bon marché avant de retourner les produits au nord sans payer de droits de douane.

Le Mexique a ratifié l’ACEUM en juin et a prévu plus d’argent plus tard cette année pour fournir les ressources nécessaires à la mise en oeuvre de l’accord. Ottawa attend un signal favorable de Washington avant de soumettre l’ACEUM au Parlement pour un vote de ratification.