Immigration: la CAQ soupçonne les libéraux d’avoir des intérêts électoralistes

QUÉBEC – La Coalition avenir Québec (CAQ) soupçonne le premier ministre Philippe Couillard de vouloir augmenter le nombre d’immigrants par intérêt électoral.

La députée caquiste Nathalie Roy a souligné, mardi lors d’un point de presse, que les immigrants votent généralement pour le Parti libéral du Québec.

«Il pourrait fortement y avoir des intérêts électoralistes derrière le fait de vouloir augmenter le nombre d’immigrants au Québec de façon aussi importante, a-t-elle dit. On peut se poser la question mais je dois rester polie.»

La semaine dernière, dans une politique sur l’immigration, le gouvernement a constaté que l’accueil de 60 000 immigrants par année permettrait d’éviter au Québec «un recul de sa population en âge de travailler en dessous de son niveau de 2011 et cette population augmenterait à nouveau et de manière plus marquée à long terme».

Même si Mme Roy reconnaît que les autres partis peuvent également tenter d’obtenir l’appui d’immigrants, elle a constaté l’intérêt des libéraux à augmenter le nombre accueilli chaque année, actuellement de 50 000.

«Force est de constater que les immigrants votent la plupart du temps, souvent, pour le Parti libéral, beaucoup, a-t-elle dit. Parce qu’ils sont accueillis ici lorsque c’est le Parti libéral qui est au pouvoir et c’est comme une tradition, probablement.»

Selon Mme Roy, M. Couillard a décidé de faire passer le nombre d’immigrants à 60 000, même si les plans gouvernementaux doivent être révisés au printemps.

«Il a décidé que ce serait 60 000 avant même qu’il y ait les consultations sur le plan pluriannuel», a-t-elle dit.

Le premier ministre a donné une indication claire lorsque la question lui a été posée en Chambre la semaine dernière, a plaidé la députée.

«M. Couillard nous a bien fait comprendre par son langage corporel, quand je posais la question, a-t-elle dit. Il me faisait un grand oui que c’était 10 000 de plus, il n’y a aucune caméra qui l’a capté mais son idée est faite.»

Mardi, la CAQ a demandé à M. Couillard de soumettre toute hausse du nombre d’immigrants à l’approbation des deux tiers de la Chambre.

Les libéraux n’ont pas la légitimité de prendre une décision aussi importante après avoir reçu 41 pour cent des suffrages lors de la dernière élection, a indiqué Mme Roy.

«Non, il n’est pas légitimé de faire ça seul, de décider du seuil d’admission des immigrants seul, parce que ça lui tente que ce soit 10 000 de plus, que ce soit 20 pour cent de plus, parce que, selon lui, ça ferait son affaire et ce serait bon, a-t-elle dit. Au contraire, c’est un débat de société que nous devrions tous avoir, et nous croyons que tous les députés à l’Assemblée nationale, qui représentent l’ensemble de la population du Québec, devraient avoir leur mot à dire.»

En Chambre, le chef caquiste François Legault s’est inquiété que la hausse du nombre d’immigrants accueillis chaque année ait un impact sur la place du français au Québec.

«On sait qu’il y a déjà une partie importante des immigrants qui arrivent au Québec qui ne parlent pas français, et, parmi ceux-ci, une partie importante qui ne suivent pas de cours de français, a-t-il dit. Donc, nous, ici, à la CAQ, on pense que, dans ce contexte-là, on ne devrait pas augmenter de 20 pour cent le seuil du nombre d’immigrants.»

Dans sa réponse à M. Legault, M. Couillard a affirmé que le gouvernement prendra sa décision après des consultations en commission parlementaire.

«L’immigration au Québec est un facteur de prospérité et de bénéfice pour notre société, y compris pour notre langue française, notre langue commune, a-t-il dit. Il préfère présenter l’immigration comme étant une menace envers le Québec.»

La semaine dernière, M. Couillard avait accusé M. Legault de souffler «sur les braises de l’intolérance» en s’inquiétant des impacts d’une hausse de l’immigration.

Mardi, M. Legault a réclamé des excuses à M. Couillard, pour ces propos qu’il a rapprochés de ceux qui ont mené le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, à faire amende honorable.

«On peut traiter un chef de l’opposition d’intolérant, de presque xénophobe et que ce soit sans conséquence, a-t-il dit en point de presse. Moi, je pense, ce n’est pas le genre de politique que les Québécois souhaitent.»

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau a pris la défense de M. Legault, en soutenant que ses interrogations sont légitimes, notamment dans une perspective d’emploi.

«Ce n’est pas conforme à une politique pour créer des emplois que de susciter ce genre de commentaires qui sont faits à l’intérieur d’une question tout à fait légitime de la part des partis d’opposition», a-t-il dit.