Immigration: Pablo Rodriguez ne veut pas «présumer» du prochain seuil au Québec

OTTAWA — Le lieutenant politique du fédéral pour le Québec, Pablo Rodriguez, ne veut pas «présumer» que le gouvernement de François Legault maintiendra bel et bien le seuil d’immigration de la province à 50 000 nouveaux arrivants par année.

Le premier ministre du Québec fraîchement réélu a fait campagne en s’engageant à pareil seuil, soutenant qu’il en allait de la survie et de la vitalité du français.

«Je ne peux pas présumer de la décision de Québec. Il peut évidemment faire le choix qu’il veut à ce niveau-là», a dit M. Rodriguez mardi à sa sortie d’une réunion du conseil des ministres.

Un peu plus tôt, son collègue Sean Fraser, à l’Immigration, a annoncé de nouvelles cibles d’immigration à l’échelle du Canada. L’objectif est d’accueillir 500 000 nouveaux arrivants par année d’ici 2025.

Appelé à dire s’il considère que hausser de la sorte le seuil pancanadien met de la pression pour que Québec accepte d’accueillir plus d’immigrants s’il ne veut pas voir son poids démographique décliner, M. Rodriguez n’a pas répondu directement.

«Je pense que c’est une opportunité pour le Québec», a-t-il soutenu avant d’ajouter que les immigrants aident les employeurs aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre.

Comme il l’a fait par le passé, M. Rodriguez a fait allusion à l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration, qui permet à la province d’accueillir jusqu’à 28 % des immigrants reçus au pays chaque année. Actuellement, elle en accueille environ 12 %.

«C’est évidemment Québec qui décide du nombre d’immigrants qu’il va accueillir, en très grande partie, alors s’il veut l’augmenter, il a cette opportunité-là de le faire et d’avoir 100 % des immigrants qu’il accueille qui soient francophones», a affirmé le lieutenant pour le Québec des libéraux fédéraux.

Or, la ministre québécoise de l’Immigration, Christine Fréchette, a maintenu dans une publication sur Twitter que le seuil de 50 000 immigrants est nécessaire «afin de respecter (la) capacité d’accueil, de francisation et d’intégration» du Québec.

«Notre position demeure la même: on a besoin de (plus) de pouvoirs en immigration si on veut protéger le français», a-t-elle ajouté.

De l’avis du leader parlementaire bloquiste, Alain Therrien, il est clair qu’Ottawa place Québec face à un «dilemme cornélien» entre son poids politique et son seuil d’immigration déterminé en fonction de la protection du français.

Selon lui, le gouvernement aurait dû appuyer une initiative de sa formation politique pour garantir que 25 % des sièges de la Chambre des communes reviendrait en tout temps à la province. Les libéraux ont plutôt fait adopter le projet de loi C-14 qui prévoit qu’aucune province ne pourra subir une réduction de son nombre de sièges au moyen d’une «clause grand-père». La mesure législative ne fixe toutefois pas de pourcentage pour le Québec.

«La seule façon d’éviter un choix aussi déchirant, c’était d’arriver avec une position où on reconnaît au Québec un pourcentage du nombre de (députés) de façon à ce que ce soit toujours fixé et de façon à ce qu’on n’ait pas de désavantage à dire « nous, on ne peut pas accueillir autant d’immigrants. On veut y aller à notre rythme et avec le respect qu’on doit à ces immigrants-là (ainsi qu’)au tissu francophone québécois »», a-t-il dit.

Le lieutenant des conservateurs pour le Québec, Pierre Paul-Hus, a déclaré que les cibles fixées par Ottawa au niveau pancanadien répondent aux attentes de sa formation politique. Questionné sur la position dans laquelle cela pourrait placer le Québec, le député est resté vague.

«Les demandes du Québec concernent surtout la langue et c’est là le défi qu’il y a au niveau fédéral de trouver des accommodements pour avoir des immigrants qui parlent le français ou peuvent l’apprendre très rapidement», a-t-il dit en mentionnant que les conservateurs poursuivront leurs discussions avec le gouvernement Legault au sujet de l’immigration.

Il y a quelques semaines, le premier ministre Justin Trudeau avait dit sans détour qu’il souhaite voir davantage d’immigrants reçus par le Québec.

«On sait que l’immigration est une source de richesse et de croissance pour le Québec. On va continuer d’être là pour assurer qu’il y ait plus d’immigration au Québec et on est très content de travailler avec le premier ministre», avait-il déclaré. Il avait lui aussi mentionné la pénurie de main-d’œuvre.

Le Conseil du patronat du Québec a fait écho mardi à ces commentaires. «Avec ses nouvelles cibles, le gouvernement fédéral reconnaît qu’on doit faire une plus grande place à l’immigration dans les prochaines années dans le contexte de rareté de main-d’œuvre. Alors que toutes les autres provinces vont en profiter, Québec doit davantage considérer cette avenue», a fait valoir le vice-président de l’organisation en politiques de développement de la main-d’oeuvre, Denis Hamel.

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